Il était une fois la neuvième fée…

Il y a des créatures en Féerie qui ont toujours inspiré les auteurs du neuvième art. Les fées sont de celles-là. Véritables muses en ce Royaume, elles savent comment faire chavirer le cœur des hommes… ou les manipuler. De notre chasse, voici quelques bandes dessinées qui ont rempli les mailles de notre filet…
Un royaume oublié
Les hommes ne croient plus aux fées ! Voilà le postulat de départ de plusieurs auteurs pour qui leurs histoires doivent permettre au lecteur de s’évader. Par l’entremise des contes et légendes, ils réaniment en chacun d’eux la part de rêve qu’ils ont perdue et parviennent à leur redonner l’envie de croire aux fées. La tâche n’est pas facile car il faut aller au-delà de son esprit cartésien pour retrouver son esprit légendaire. Telle est la seule façon de ne pas voir mourir le monde de Féerie. C’est pourquoi la déesse mère envoie un lutin, qui représente le Bien, et un troll, qui représente le Mal, au chevet de deux petites filles, pour renouer les liens entre les Fées et les humains et pour influencer leurs destinées (Déesse Blanche Déesse noire, Servais, Dupuis coll. Aire Libre). C’est encore pour retrouver ce temps où elles étaient adulées et ne pas perdre de leur lumière, que les fées des quatre saisons achètent aux hommes quelques moments d’éternité. Mais, ne savez-vous pas qu’il faut se méfier du chant ensorceleur des fées ? (Les Contes de Brocéliande, T.2, « Le temps oublié », Debois, Sentenac, Sicilia, Soleil).
C’est aussi cette disparition de l’imaginaire que Civiello dénonce dans La graine de folie (Civiello, Mosdi, Delcourt). Au Moyen Âge, le christianisme prend le pas sur les croyances ancestrales. Le peuple des fées est en danger. Décidée à sauver le royaume, la Reine des fées envoie un alchimiste elfique sur les traces du Seigneur Ténébreux et du Cœur de Cristal, le joyau symbolisant le pacte de paix entre les hommes et les fées.
En redonnant vie au Royaume féerique, les auteurs donnent aussi leur version sur l’origine de la naissance des fées. Car peu de personnes connaissent la vérité sur la provenance de ces grandes magiciennes. A vrai dire, même parmi les créatures de Féerie, très rares seraient celles dans la confidence… Dès lors, toutes les hypothèses sont permises et toutes les histoires sont possibles. Rien n’empêche de chercher mais attention, car si un tel mystère subsiste, c’est sans doute car sans mystère, il n’y aurait pas de magie…
Quand fées et humains font alliance…
Les fées sont des grandes figures romantiques. Insouciantes, elles aiment jouer dans la clairière, danser autour des cercles magiques, se baigner dans la rivière. Dès l’instant où un humain rencontre une fée, souvent dans un endroit aux frontières de leurs deux mondes, il est ébloui par sa merveilleuse beauté. Un sourire et le voilà épris pour la belle jusqu’à la fin de ses jours. Pas insensibles aux charmes des mortels, les fées leurs imposent cependant de respecter quelques règles. Ainsi, avant de devenir sienne, la fée du récit « L’épouse féerique » (Les contes du Korrigan, Ronan Lebreton, Sandro, Soleil) demande à son prétendant de trouver son prénom, et ensuite, de ne jamais la heurter avec le fer qu’il a forgé. Mais le temps est une force mystérieuse et l’homme a bien du mal à ne jamais transgresser les règles…
La fascination qu’exercent les fées sur les humains tourne également la tête aux gens les plus sensés. Iriacynthe sait l’effet qu’elle fait aux hommes. Complètement sous son emprise, le baron Boisier est prêt à mettre sa vie en danger pour conquérir la belle jeune femme aux gestes évanescents. Dans Iriacynthe (Casterman), Servais nous dresse le portrait d’une femme libre mais condamnée à une errance éternelle. Mi-fée, mi-humaine, la porte de son monde lui est désormais fermée à tout jamais. Dans le dernier conte de la Tchalette (Le Lombard), Servais nous fait vivre une autre rencontre bouleversante d’un homme et d’une fée…
Malgré ces histoires dramatiques, Edouard Brasey soutient que la destinée de l’homme ne serait en fait que « faire alliance avec la fée ». Car, « faire alliance avec la fée, c’est faire alliance avec la vie, avec la magie de la vie et l’amour infini qu’elle contient ». Comme l’illustre aussi Servais dans Déesse Blanche, déesse noire, faire alliance avec une fée, c’est faire alliance avec le bien, c’est-à-dire la meilleure part de nous-même. La déesse mère incarne physiquement le Bien et le Mal. Maud, la jeune fille blonde bien intentionnée, se dressera du côté du visage féerique de la déesse blanche et de ses fées, contrairement à Vanessa, la brune révoltée, qui sera attirée par le côté sombre de la déesse noire et de ses sbires…
« On dit qu’en son regard, l’enfant se voyait prince… Le vieil homme se sentait riche d’avenir… Et l’homme aux pensées malades… doué d’humanité… »
(Fée et Tendres Automates, T.2. p38, Tehy, Tillier, Vents d’Ouest).
Les visages des fées
Qui a dit que les fées n’existaient que dans les contes pour enfants ? Bien sûr les petites fées ont une place de premier choix dans les dessins animés de l’oncle Walt. Il n’y a qu’à se rappeler les bonnes fées Flora, Pâquerette et Pimprenelle (interrompue par l’arrivée de la fée Maléfique) qui se penchent sur le berceau de la Belle au Bois Dormant, ou Cendrillon dans sa jolie robe de bal suite au voeu de sa marraine à la baguette magique. Aujourd’hui encore, les livres pour enfants explorent de nouveaux contes de fées qui transportent les petits aux pays des songes. Les bandes dessinées adressées au jeune public n’hésitent pas non plus à jouer la carte de l’humour. Tel est le cas de Mélisande, cousine-fée de Mélusine (Mélusine, Clarke, Gilson, Dupuis), qui fait preuve d’un Q.I. très en dessous de la jolie sorcière. Dans la série humour, petit clin d’œil avec les Léturgie père-fils cette fois, qui, dans une des 35 histoires courtes de Space Cake (T.1, p.16 – Vents d’Ouest), s’amusent à transformer l’imposant sergent Zoud en charmante Fée Clochette
Mais cette image tout en rondeur des contes de fées ou un peu loufoque des BD jeune public sont loin de l’imaginaire original d’Olivier Ledroit. Pourtant, L’Univers féerique est un projet qui date du moment où il voulait faire de l’illustration pour enfants. Vingt ans après les premiers dessins qui composent ce recueil, ce chef de file de la BD gothique étonne par cette nouvelle facette de son talent. Avec L’Univers Féerique, Olivier Ledroit ouvre la porte à des esprits mystérieux et insaisissables aux doux noms de Nolenn, Abondance, Epinéa, Silis, Viviane, Louisette, Méline, … Mais méfiez-vous, car si toutes frappent par la beauté de leurs ailes, toutes n’appartiennent pas à la même catégorie : il y a les fées poupons, qui s’inquiètent du sort des nouveaux-nés ; les fées diaphanes aux corps transparents ; et enfin les fées grotesques. Papillons de jour ou papillons de nuit, toutes se côtoient sur le poster Les fées de l’ancien monde paru aux éditions Daniel Maghen.
Les fées revêtent donc bien des apparences et font preuve de personnalités diverses. La fée Clochette de Loisel (Peter Pan, Vents d’Ouest) qui fait certainement partie des fées les plus célèbres du neuvième art, est susceptible, jalouse, et prête à tous les mauvais coups pour garder l’attention de Peter. Les fées de Froideval et Larme (Les Fées. Fées pas braire !, Dargaud) sont malicieuses, querelleuses et toujours promptes à semer la zizanie. Oui, les fées ne sont pas toutes bien intentionnées. Parfois, elles vont même jusqu’à enlever des nouveaux-nés pour les substituer à leurs propres enfants appelés alors changelings. (Le Clan des chimères, Corbeyran, Suro, Delcourt). Sur fond de faits réels, la série fantastique Les fées noires de Pécau et Damien (Delcourt) unit les auteurs dramatiques Nerval, Dumas, Nodier et le colonel d’Empire d’Herlon au lendemain des guerres napoléoniennes et explore le côté obscur des fées avec une muse démoniaque, jadis bannie par les chrétiens, qui veut aujourd’hui assouvir sa vengeance.  La dernière fée du pays d’Arvor, de Michaux et Arnoux (Glénat), n’est autre qu’Astrée, une jeune fille qui s’est vu offrir un pouvoir magique par les fées. Elle est l’héritière des fées, celle qui doit être sauvée par Folianne la bergère et Ombreux le preux chevalier… Et puis il y a Elle, de Fées et Tendre Automates (Téhy, Tillier, Leclerc, Vents d’Ouest). Elle, c’est une fée inachevée par son créateur et qui est l’objet des désirs les plus intenses de Jam, un automate, un brouillon…
Les nouvelles venues
La profusion actuelle des parutions celtiques témoigne de l’importance accordée au monde de Féerie et aux êtres magiques qui l’habitent. Lancées sur le marché fin 2006, deux nouvelles séries inspirées de ces mythiques légendes bretonnes, donnent une fois encore aux fées l’occasion de dévoiler leur véritable nature. Ainsi, Les larmes des fées (Debois, Mika, Soleil) met en scène une dryade, une nymphe de la forêt, qui fait pleurer les fées par ses poèmes. Dans cette série prévue en 3 volumes et situé à la fin du 19ième siècle en Bretagne, une femme de marin perd son mari en mer et cherche à comprendre ce qui a provoqué cet accident. Son enquête l’amène inexorablement aux créatures de Féerie… Les chemins d’Avalon (Jarry, Lissonet, Soleil) dresse le portrait d’un sombre trafic : de petites fées sont capturées pour le compte du mystérieux Lord Lumbley. Deux orphelins, Solen et son frère Colin, se sont mis en tête de les délivrer coûte que coûte. Pendant ce temps, un inspecteur venu de Londres enquête sur d’étranges meurtres et se verra confronter à des monstres redoutables : les trolls. Ajoutons ici que Wisher (De Vita, Latour) paru dans la nouvelle collection fantastique Portail (Le Lombard), nous présente aussi ces êtres magiques emprisonnés dans des cannes après qu’ils aient trahi les féeriques.
A la fin de cette petite chasse aux fées, tous les doutes sont levés. Bonnes ou mauvaises, les fées existent ! Nombreux en sont témoins, tous ces écrits le prouvent. Alors, poussez la porte du monde imaginaire et laissez s’échapper les fées. Et surtout n’oubliez pas : pour les rencontrer, il n’y a pas de secret, le plus important, c’est d’y croire.

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