Petit Peuple

Le Petit Peuple de Féerie

Par Richard Ely

Le Petit Peuple connaît un certain regain d’intérêt ces dernières années. On se complaît à posséder l’une ou l’autre effigie sur les étagères de sa bibliothèque ou de petites créatures dissimulées dans la verdure de son jardin. On collectionne les ouvrages, les cartes postales, les affichettes à leur image. On voit fleurir échoppes d’artisans, marchés féeriques et autres festivals ou expositions leur rendant hommage. Un intérêt que le mouvement celtique, la littérature et le cinéma de Fantasy ainsi que certaines envies de renouer avec la Nature expliquent en grande partie. Mais d’où vient ce Petit Peuple ? D’où sont-ils donc issus ces êtres farceurs et qu’on a tant de mal à rencontrer lors de nos balades nocturnes en forêt ?

Edward Robert Hughes nous présente une belle vision du Petit Peuple

Certains prétendent que la religion chrétienne a transformé les divinités celtes ou encore romaines, bref païennes, en ces êtres aujourd’hui cachés. D’autres racontent que ce sont des esprits de la Nature qui existent depuis la nuit des temps et se manifestent de temps à autre.

Toutes ces divinités ou créatures mythiques auraient alors formé le Petit Peuple, ce que les anglais nomment Fairies et qui comprend tous les lutins, elfes, fées, gnomes formant ce peuple invisible, caché. Toujours dans cette optique divine, ils seraient ces dieux que les hommes ont progressivement abandonnés, ce manque de foi les auraient relégués à un certain «arrière-plan». D’autres soutiennent encore que ce sont les Tuatha De Dannan qui ont trouvé refuge sous terre et que leurs descendants sont devenus ces créatures féeriques.

Diverses légendes formulent d’autres explications de l’origine des Faeries… Des anges déchus, d’anciens druides ou encore des enfants non baptisés étaient pour les chrétiens du Moyen-Age des personnes ni assez mauvaises pour aller en Enfer, ni assez bonnes pour le Paradis. Elles erreraient ainsi sur Terre… Une croyance nordique voudrait que Eve cacha aux yeux de Dieu une partie de ses enfants qu’elle n’avait pas encore lavés. Puisque ces enfants Lui avaient été dissimulés, ils le seraient aussi aux yeux du monde… On raconte encore qu’il s’agirait d’anciens peuples ou tribus chassés par l’avancée des celtes et qui se seraient progressivement soustrait aux yeux de leurs ennemis… Enfin, Sir James M. Barrie propose la version selon laquelle le premier rire du premier enfant se brisa en mille morceaux qui s’élancèrent de partout en créatures merveilleuses… Cette jolie explication rappelle encore l’histoire de cet homme rencontrant sur sa route une petite créature. Voyant qu’elle ne l’effrayait point, celle-ci se mit à grandir monstrueusement. Mais l’homme ne frémit pas le moins du monde et dit à la créature que seul le fait d’entrer dans cette noisette pourrait l’impressionner. Aussitôt dit, aussitôt fait et tout aussitôt l’homme emporta la noisette chez le forgeron qui réduisit le fruit en d’infimes particules. Chacune d’entre elles devenant un être de Faerie !

Alors quelle est l’histoire vraie ? Toutes nous semblent receler une étincelle de Vérité… A vous de choisir votre préférée !

Cicely Mary Barker et son Petit Peuple des jardins…

Le saviez-vous ?

Shakespeare par sa pièce Songe d’une Nuit d’été contribua beaucoup au succès du Petit Peuple. En proposant des personnages issus des mythologies celtique et grecque pour ses esprits de la Nature, il témoigne de l’intérêt porté sur le sujet au 16ème siècle.

Des fées et des morts…

Souvent liés aux tertres funéraires, à un monde souterrain, les fairies se sont fait une réputation mortelle. Il n’est pas rare que l’apparition d’une des créatures soit annonciatrice d’une mort prochaine…

Des êtres si familiers…

Dans les croyances antiques, nombre de petites divinités étaient liées à la maison et la famille. Doit-on y déceler l’origine de certains membres du Petit Peuple si familiers dont farces et péripéties trouvent place en nos demeures ? Même aujourd’hui, ne raconte-t-on pas que ce serait les gremlins qui saboteraient nos ordinateurs ?

 

Quelques lectures féeriques indispensables…

A Dictionary of Fairies de Katherine Briggs, Pantheon Books

Les contes du petit peuple de Pierre Dubois, illustré par Claudine et Roland Sabatier, aux Editions Hoëbeke et bien entendu ses trois Encyclopédies magiques !

Fairy & Folk Tales of Ireland de W.B. Yeats, First Collier Books

Le Grand Livre des Esprits de la Nature, de Richard Ely, Frédérique Devos (illus), aux éditions Vega

Le Grand Livre des Esprits de la Maison, de Richard Ely, Frédérique Devos (illus), aux éditions Vega

L’univers féerique d’Edouard Brasey, Edition Pygmalion.

Les Gnomes de Wil Huygen et Rien Poortvlie, aux éditions Albin Michel

Les Fées, d’Alan Lee et Brian Froud, aux éditions Albin Michel

A la recherche de Féerie de Jean-Baptiste Monge et Erlé Ferronière, Au Bord des Continents

Le Grand Livre des Korrigans, de Pascal Moguérou, Au Bord des Continents

Vie et mœurs des lutins bretons, Françoise Morvan, Editions Babel

Gnomes, lutins, korrigans, farfadets, trolls et autres génies du monde, textes rassemblés par Dominique Besançon et Sylvie Ferdinand, Editions Terre de Brume

De quelques créatures féeriques et autres monstres de nos marais, montagnes, rivières, mers et forêts…

Badaruc, Basilics, Belitres, bête blanche, Bête de Brielles, Biche Blanche, Bigorne, Biherou, Birette, Blandes, Chasse Gallery, Ch’cot Blanc, Chien blanc, Chair salée, Cheval Bayard, Cheval sans arrière-train, Cheval Gauvin, Cheval Mallet, Cheval rouge, Chèvre blanche, Chèvre d’or, Chien Barrai, Chien blanc, Chien de la Valette, Citres, Cocadrilles, Cocodrilles, Coquatrix, Coulobre, Daruc, Dée, Dragon de Feu, Dragon Nua, Firandefioule, Fureulles, galipote, gargouille, gargourite, Grand bête, Grand’queue, Graouilli, Guenne, Jument blanche, Karnabo, Labernes, Letices, Levrette blanche, Liche-Galerne, Loup maigre, Machecroûte, Mahwôt, Malabestjo, Mandagot, Mandragot, Mandragore, Mirtils, Piterne, Plavines, Poisson d’or, Salamandre, Scherponchia, semiots, simiots, Souffles, Sourds, Tabaran, Taranne, Tarasque, Titres, Trého, Trolls, Vert Bouc, Vouivres, Wivres, Warabouc

Ogres et Géants

En féerie, si les fées, nains, lutins, ondines et sirènes sont les plus communs des êtres, on conte aussi de terribles histoires de géants…

Géants et autres titans

Les géants dans les mythologies antiques sont nés du Ciel et de la Terre. Ils furent les ennemis des dieux. Zeus combattit les Titans et Odin, dans la mythologie nordique s’opposa aux géants.

De nombreuses légendes attribuent aux géants la formation des montagnes et collines. Leurs combats sous terre auraient provoqué ces soulèvements du sol. On impute encore aux géants toutes sortes de constructions titanesques et naturelles. Les géants sont de grands bâtisseurs.

Les ogres

Le mot ogre provient du latin Orcus qui désignait une divinnité infernale. Les contes de fées regorgent d’ogres mangeur de chair humaine et croquemitaines des petits enfants.

Certains prétendent que le mot dériverait également de Hongre (Huns) et du souvenir de leurs terribles invasions en Europe…

Leur côté gigantesque et leur goût pour la chair humaine les rapprochent des cyclopes antiques et des géants mythiques.

Autres ogres et géants célèbres : Basa-Jaun, Becuts, Buard, Crussolo, Galants, Galaffre, Gargantua, Géants, Goliath, Le Grand Bissetre, Hok-Bras, Mamu, Marre, Marses, Michel Morin, Morand, Orco, Pelut, rannou, Roege, Roland, Samsom, Sire de Malassis, Tantugou

John Bauer et ses célèbres représentations de trolls nordiques…

Les Trolls

De toutes les créatures étranges, il en existe une au nom connu de tous, mais dont la représentation diffère d’une imagination à l’autre. Gigantesque ou minuscule, méchant ou pourvu de bonnes intentions, farceur ou guerrier… Cet être mal défini, n’en reste pas moins intéressant. C’est pourquoi l’article suivant essaye de vous donner un maximum d’indices pour partir à sa rencontre…

Il est bien difficile aux humains de décrire un troll car ils vivent en grande partie sous terre ou la nuit, craignant la lumière du jour qui les pétrifient ou les fait se gonfler subitement et éclater. Bien peu d’humains peuvent donc se vanter d’avoir vu un troll. C’est en fait essentiellement grâce aux Krägntrolls, de petits tas de pierres assemblés par les trolls pour laisser trace de leur passage que l’on sait qu’ils existent et qu’ils vivent, dans des pays du Nord de l’Europe, surtout la Norvège, où nombre de légendes les évoquent.

A priori, les trolls ne sont pas sympathiques, on se les imagine parfois petits, de 25cm à 1m, maigres, 2kg en moyenne, à la peau brunâtre, aux cheveux hirsutes, aux yeux sombres et peu accueillants, et plutôt enclins à faire de mauvaises blagues. Mais il arrive qu’on les décrive assez grands : de 1m20 à 3m, aux longs bras, mais aussi trapus, aux courtes jambes et plutôt rondelets. Ou encore, on se les représente comme de véritables géants coiffés de sapins. Barbus, ils sont aussi très laids, des boutons plein le visage, un gros nez, et sentent, paraît-il, très mauvais. Râblés et costauds, ils sont au combat d’une force impressionnante et sont célèbres pour de nombreux faits d’armes autour desquels sont organisés la plupart des rites et des fêtes. Ces armes sont fabriquées au cœur de la terre, dans des grottes étranges et sombres, d’où les trolls tiennent les secrets des métaux. Cela les rapproche des nains, avec qui on a tendance à les confondre. La différence avec les lutins ou les gnomes n’est d’ailleurs pas toujours claire. Pourtant, si ces personnages viennent à se croiser, ce sera la plupart du temps le troll qui sera au service du mal. Si un gnome rencontre un troll, il passera un sale quart d’heure ! Ce n’est pas que le troll soit véritablement méchant, mais il est extrêmement bête. Il taquinera le gnome, lui fera sans doute mal, mais ne le tuera jamais : on dit qu’il ne fait le mal que par ignorance.

Les trolls ont des mœurs bizarres : vivant en tribus de cinq ou six, on n’ose même pas décrire leurs comportements sexuels tant ils sont ignobles ! Ils mangent n’importe quoi, surtout des choses gluantes. Ils ne construisent pas de maisons et sont nomades, sans doute en raison de leurs problèmes de voisinage. Si certains disent qu’il y a parfaitement moyen de cohabiter avec eux, du moment qu’on ne les ennuie pas, la plupart des gens des pays où les trolls vivent évoquent plutôt leur sale caractère. Enfin, signalons que le troll aime le jeu, il ne rechigne donc pas à résoudre les énigmes ou à essayer de battre quiconque le met au défi, même si, là encore, sa naïveté ou sa bêtise lui jouent souvent de vilains tours… Mais si, par hasard, un humain rencontre un troll, il y a aussi quelques précautions à prendre. Par exemple : ne pas le regarder dans les yeux, par crainte de le provoquer; l’écouter parler et ne surtout ne jamais sous-entendre qu’il est idiot, sous peine de le fâcher. Et mettre un troll en colère, ce n’est vraiment pas conseillé !

Dorothy Lathrop nous rappelle que sirènes et ondines font également partie de ce magnifique Petit Peuple

Sirènes & Ondines

Créatures marines présentes dans les océans et les mers, les sirènes étaient à l’origine des femmes-oiseaux au chant hypnotiseur. Elles attiraient les marins grecs vers les rivages et leurs rochers mortels. Ulysse les défie en s’attachant au mât de son navire, ses marins ayant pour leur part les oreilles bouchées de cire (le mot grec seirên signifiant « attacher avec une corde). Au Moyen-äge, un livre, le Liber Monstrorum, décrit la sirène comme une femme à la queue de poisson. Cette image sera reproduite dans de nombreuses décorations d’églises comme le symbole de la tentation de la chair et du Mal. Andersen et sa petite sirène contribueront à adoucir l’image de la sirène et d’en faire cette belle créature qui fait briller les yeux des petites filles et rêver les marins…

A noter qu’une sirène est aujourd’hui un signal servant a avertir d’un danger et plus à l’y mener…

L’origine des ondines est à rechercher du côté des nymphes antiques. Ces jeunes femmes sont liées à l’eau douce, à l’onde : rivières, fleuves, étangs ou lacs. On les imagine la plupart du temps, assises sur un rocher occupées à peigner leur longue chevelure d’or. Elles sont cousines des Nixes qu’on reconnaît au bas de leur robe perpétuellement mouillé. La plus célèbre des ondines est la belle Lorelei du Rhin allemand.

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