Fées noires & Dames sombres – L’Empuse

L’Empuse

L’Empuse est terrifiante. On la dit gardienne des enfers, monstrueuse créature, bœuf, mulet ou encore chien mal fichu d’une patte d’âne et d’une autre d’airain. Mais c’est sous l’apparence d’une magnifique jeune femme aux traits aguicheurs qu’elle se fait nettement plus dangereuse. Difficile de résister au désir de l’approcher et si facile de tomber dans son piège et de finir par elle dévoré !

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Carl Schmidt-Helmbrechts

La journée avait été particulièrement chaude. Et la chaleur ne semblait pas vouloir quitter l’air de ce soir d’été. Le jeune homme qui habitait l’appartement du premier avait tout le mal du monde à trouver le sommeil. Sa transpiration lui collait à la peau et le contact d’avec le matelas lui était insupportable. Il se leva pour aller boire un verre d’eau à la cuisine, passa par la salle de bains pour se rafraîchir avant de regagner la chambre et d’ouvrir tout grand la fenêtre. Il s’allongea à nouveau. Une très légère brise balayait maintenant la pièce et cela suffit à endormir le jeune homme, étendu de tout son long sur le lit dépourvu de draps.

Deux heures plus tard, seules les étoiles furent témoin de la chose qui rampait dans le jardin. Celle-ci se traîna jusqu’au pied de l’immeuble, grimpa le long du mur pour se glisser dans la chambre à la fenêtre ouverte. L’ombre regardait le corps nu du jeune homme. Elle prit tout son temps pour s’en approcher, le frôler avant de le couvrir complètement. Au contact de cette masse sulfureuse, le jeune homme entrouvrit les yeux. Il devait rêver, une sublime femme l’enlaçait, l’embrassait, le couvrait de ses caresses chaudes et tant agréable qu’il se laissa aller dans ce rêve aussi délicieux que sensuel. Le jeu de la créature et de l’homme devint de plus en plus vif, entraîné dans ce corps à corps, l’état d’éveil de l’amant lui criait maintenant que tout cela était vrai. Il eut un moment de lucidité, tentant de repousser la fée qui se tenait au-dessus de lui. Il ouvrit grand les yeux, vit le visage de celle-ci changer de forme, passant d’une femme en pleine extase à un ricanement animal. La créature aboyait, hurlait, reniflait, en proie à un délire qui finit par effrayer son amant. Poussant de toutes ses forces, il parvint à se dégager de l’étreinte mortelle de la dame. La créature se débattait seule sur le lit. Elle avait les membres couverts de poils, et l’une de ses jambes se terminait par un sabot. Par réflexe, le jeune homme se mit à l’insulter, à l’exhorter de quitter sa chambre. Voyant que les mots avaient une certaine emprise sur l’Empuse, il s’encouragea encore et encore à la couvrir d’injures. Portant ses mains aux oreilles, la fée recula jusqu’à la fenêtre et se jeta dans la nuit. Le jeune homme alluma les lampes, ferma la fenêtre. Il vit que du sang s’écoulait le long de ses bras. Il se rendit à la salle de bain où le miroir lui renvoya l’image d’un corps meurtri, battu, couvert de coups et de morsures. Affaibli, il tomba évanouit sur les carreaux de la pièce. Dans le silence de cette nuit d’été, on ne percevait plus qu’un léger bruit grinçant. Des ongles grattaient à la fenêtre.

Richard Ely

Né en Belgique, j’ai passé toute mon enfance à Ellezelles, village sorcier. J’ai ensuite étudié les fées, elfes et lutins à l’université tout en croisant les chemins de Pierre Dubois, Claude Seignolle, Thomas Owen…
En 2007, après avoir parcouru bien des forêts et des légendes, je crée Peuple Féerique. Spécialiste du folklore féerique, auteur d’encyclopédies, de livres, d’albums, je poursuis mon exploration de ce Petit Monde de Merveilles pour le partager avec vous.

Une lutinerie sur “Fées noires & Dames sombres – L’Empuse

  • 3 novembre 2017 à 13 h 48 min
    Permalink

    Eh bien, quelle charmante créature !
    Ça ne donne pas envie de laisser sa fenêtre ouverte, que ce soit en été ou une autre saison.
    Curieux que la créature soit si sensible aux injures…

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