Voyage en Ecosse féerique – Aberfoyle et la République mystérieuse du Révérend Kirk

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Pour un passionné de féerie tel que moi, un voyage en Ecosse sur la trace des fées ne pouvait se concevoir sans un détour obligé par Aberfoyle. C’est ici, au coeur de l’Ecosse, qu’un pasteur du nom de Robert Kirk vécut au 17ème siècle. Le révérend Kirk était connu pour sa passion à propos du folklore et des légendes. Il est l’auteur de La République mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables. Un ouvrage écrit en 1691 et seulement publié en 1815 en Angleterre. A mon arrivée à Aberfoyle, je fus de suite séduit par cette charmante petite ville et au hasard des chemins, tombais nez à nez avec son cimetière. Les cimetières d’outre-Manche sont des plus agréables. Les tombes s’éparpillent au milieu des herbes et des fleurs sauvages conférant à l’ensemble une aura toute particulière.

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Je me suis donc plu à m’y promener, rêvassant sur tout ce qui avait pu se passer en ces lieux, toutes ces personnes qui, avant moi, s’étaient rendues sur la tombe du révérend Kirk tel mon ami Pierre Dubois, le célèbre elficologue français.  La vue depuis le cimetière était autant superbe que reposante…

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Au détour de l’ancienne église aujourd’hui en ruines, une tombe accrocha directement mon regard, celle du révérend Kirk !

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Je ne saurais conter mon émotion. c’est comme si, après des années d’exil, je rentrais enfin à la maison. J’ouvris Le Grand Livre des Esprits de la Nature et j’entrepris de lire le passage suivant:

« Avant d’être réduits en taille, les Siths, Aos sí, Aes sidhe, Daoine sith, Shee, Síodh, étaient des dieux ou demi-dieux de taille humaine aux « corps légers et fluides (comme ceux dits astrals), quelque peu de la nature d’un nuage condensé et plutôt visible au crépuscule » comme le précise le Révérend Kirk, expert en la matière pour avoir collecté nombre de témoignages sur leur nature, avoir fréquenté des personnes les ayant vus et sans doute avoir été lui-même une de leurs victimes. Ce peuple qui vit sous les collines, les Mounds d’Irlande, d’Ecosse et de toutes les contrées autrefois peuplées des enfants de Dana y va et y vient à son gré : « ces corps d’air congelé sont quelquefois transportés en haut, d’autres fois rampent sous différentes formes, et se rendent à leurs habitations ordinaires par n’importe quel trou ou crevasse de la terre par où l’air peut passer ». Le Révérend Kirk nous informe encore que les Siths sont un peuple voyageur, qui ne réside jamais au même endroit et en change tous les trois mois. On peut donc suspecter leur présence un peu partout dans le monde aujourd’hui.

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Invisibles, éthérés, ils se nourrissent pour certains « en suçant une subtile liqueur spiritueuse, qui pénètre comme de l’air pur et de l’huile ; les autres se nourrissent plus grossièrement de l’essence ou substance des grains et liqueurs, ou du blé lui-même qui croît à la surface de la terre ». Habiles artisans, ils cuisent un pain délicieux, forgent des outils et des armes magiques, tissent admirablement. Ils séjournent dans des palais ou de grandes maisons où brûlent des feux qui n’ont besoin d’aucun combustible. Ils ont la mauvaise réputation d’enlever des femmes pour en faire les nourrices de leurs enfants ou encore d’échanger leurs enfants avec les nôtres. Ces enfants difformes et étranges sont alors appelés changelings.

Parfois, ils prennent forme humaine, apparaissent devant nous comme des hommes et femmes normaux si ce n’est leur manière un peu ancienne de se vêtir, leur façon bizarre de parler, leur regard aussi intense que souvent vide, absent. Ils arborent une langueur et une tristesse qui en disent aussi long sur leur histoire que sur leur nature.
Seul un Tabhaisver ou voyant peut les voir sous leurs autres apparences, lui seul possède le pouvoir de les faire apparaître mais ô combien grand son malheur de voir ces êtres et leurs faits sans pouvoir maîtriser le moment et le lieu. Cela lui cause de grandes frayeurs, sursautant à chacune de leurs apparitions, souffrant de savoir les malheurs et les décès avant qu’ils ne surviennent. Et il se sait soumis à leur humeur changeante, première victime de leur courroux, bientôt enlevé ou elf-shoté !

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Enfin, contrairement à une croyance répandue, ils ne sont pas immortels. Ils vivent bien plus longtemps que nous mais finissent par disparaître eux aussi. Cette différence de longévité a été maintes fois expérimentée par quelque aventurier s’étant égaré dans leurs royaumes ou par de jeunes hommes ou jeunes filles enlevés par les Siths. Une fois rentrés chez eux, tous constatent avec horreur que leurs parents, leurs enfants appartiennent à un lointain passé. D’autres, revenant de leur captivité, tombent en poussière une fois le pied posé à terre. Alors, méfiez-vous des collines, des monts et des Sithbhruaich ! (Extrait du Grand Livre des Esprits de la Nature, éditions Véga, 2013)

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Le livre refermé. Il était temps de poursuivre ma route sur les pas du Révérend Kirk. L’homme suivant chaque jour le même chemin, le conduisant au sommet de la Doon Hill à quelques lieues du cimetière et de son église. A mes pieds, toujours ces coquelicots jaunes, des pâquerettes timides, des jonquilles, des cardamines m’ouvraient le chemin… et des paysages d’où émanaient les cris des oiseaux, corneilles mantelées, hirondelles et choucas…

 

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Soudain, se dressait devant moi la Doon Hill. Colline reconnaissable entre toutes à cette tache sombre en son sommet. C’est le pin géant où, dit-on, l’âme du Révérend est emprisonnée depuis sa disparition, vengeance des elfes qui n’avaient pas supporté qu’on livre leurs secrets.

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Le chemin qui mène au sommet de la colline traverse un bois mystérieux. Ici, le silence est rarement rompu d’un cri, parfois on dirait des chuchotements. Il n’est pas rare qu’on devine dans la végétation couverte de mousse et de lichen, un visage, une figure, la forme d’un corps monstrueux.

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Pourtant, tout y est serein, comme arrêté depuis des siècles. Après quelques dizaines de minutes, je débouche sur le haut de la colline et là, ma respiration se coupe. J’entrevois le pin de Kirk ! Il se dresse fièrement là, au milieu d’arbres où pendent déjà des tissus colorés, offrandes faites aux elfes dans l’espoir d’une guérison, d’un souhait exaucé…

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Je m’approche de l’âme du Révérend Kirk, la touche du bout des doigts et repense à ces siècles passés. L’endroit est magique, rempli des mystères de cette République cachée, invisible, de ces esprits veillant, de ces gardiens de la Nature…

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Les offrandes sont variées, des bouts de tissus multicolores, des statuettes, des pièces de monnaie, des photos d’enfants, de vieillards, de disparus… Tout ici respire un parfum oublié. Quelques malheureux sacs en plastique, bouteilles abandonnées gâchent un peu le site mais cela n’empêche pas la lumière de passer.

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Avant de repartir, je passe sous la lessive des fées, cette banderolle tendue non loin du pin. J’emprunte un chemin, fais demi-tour, en trouve un autre qui me conduit en bas de la colline. Le chemin du retour est parsemé lui aussi d’ambiances étranges. De temps à autre, dans le creux d’un tronc, on peut y voir briller quelques piecettes. Là, un pic épeiche s’envole dans un petit cri de surprise…

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Avant de quitter Aberfoyle où je passai deux nuits au pied de la colline, je m’arrête un instant sur le panneau touristique évoquant l’histoire du Révérend Kirk, tout au fond du Visitor Center. A vrai dire, on ne fait pas grand cas de toute cette affaire ici. Et c’est tant mieux ! Les fées ne sont pas un phénomène de foire, les Ecossais l’ont bien compris. Je quitte, émerveillé, cette bourgade délicieuse et me porte vers un autre lieu, une autre aventure, une nouvelle rencontre…

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Une réponse à “Voyage en Ecosse féerique – Aberfoyle et la République mystérieuse du Révérend Kirk”

  1. Celtique-Lady dit :

    Je viens de terminer la lecture du livre du Révérend Kirk, qui vient d’être traduit et réédité en français (éditions Elf-Shot). J’y ai trouvé une vision des elfes et fées à laquelle nous ne sommes pas habitués, il me semble. Le livre donne une sensation de « pas fini », comme si le révérend n’avait pas mis d’ordre dans ses écrits, et que tout cela demandait à être complété. Lire ce livre est l’occasion de découvrir comment un esprit sérieux (le révérend était théologien) étudie en homme qui s’intéresse à beaucoup de choses et sans préjugés- avec la mentalité scientifique du XVIIème siècle, ce domaine des êtres invisibles…

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