Interview d’Alexe, dessinatrice de Lancelot (Soleil)

Alors que le premier tome de la série Lancelot est actuellement dans toutes les bonnes librairies, le Peuple féerique profite de l’événement pour poser quelques questions à la dessinatrice Alexe. Une série autour du plus connu de tous les chevaliers de la Table Ronde mais qui en surprendra plus d’un puisque son Lancelot est une fille !!! Et puisque l’album s’ouvre sur une assemblée de créatures féeriques du Petit Peuple, nous ne pouvions vraiment pas passer sous silence cette très belle réussite autant graphique que scénaristique.

Lancelot, une histoire de filles ?
En fait Lancelot est une histoire de coïncidences. Jean-Luc ne cherchait pas particulièrement de fille pour dessiner sa série, comme nous n’en cherchions pas nécessairement pour en faire les couleurs. Tout ça s’est, au final, parfaitement bien emboîté. Il me l’a proposé parce qu’il pensait que mon style collerait bien et nous avons fait de même avec Elodie. Mais avant elle, il y avait eu des essais avec des coloristes masculins à l’instar des essais dessin avant que je n’arrive sur le projet.

Comment s’est passé le travail du dessin, comment avez-vous procédé techniquement ?
D’une certaine manière, les deux ans qu’il m’a fallu pour réaliser ce tome 1 m’ont permis de me former, grâce à Jean-luc qui m’a poussé à m’améliorer sans cesse. On a décidé très tôt qu’il ferait le story-board juste sur ce premier tome, pour que je me concentre sur le dessin et puis aussi parce qu’il le faisait largement mieux que moi. Donc, à chaque story que je recevais, je faisais un crayonné très poussé, qu’on corrigeait ensemble suivant les besoins. Une fois ce crayonné validé je l’imprimais en bleu et passais au N&B. Pour le tome 2, ça n’a pas beaucoup changé, hormis que je réalise le story. Nous avons tout travaillé à fond, le dessin/design des personnages, le travail sur les décors, l’émotion des persos, etc. Au final, ces deux ans ont été nécessaires pour moi afin que je me lâche et que je développe plus de dextérité.

 

On vous connaissait comme coloriste, un travail confié à Elodie Jacquemoire pour cette série. Pourquoi ?
Pour les mêmes raisons que le story-board. Il fallait que je me concentre uniquement sur le dessin, sans me soucier du reste. Je préfère ça. Au final, ça me permet d’avoir un regard critique plus « objectif » que je n’avais pas lorsque je faisais mes propres couleurs, par exemple pour les Légendes de la Table Ronde T3. Et puis Elodie est très douée, pourquoi s’en priver ? Je l’ai beaucoup accompagnée, elle m’a aussi beaucoup épatée, donc nous sommes tous les trois ravis de cela. Ça me permet de m’éclater en couleurs sur mes illus à côté et d’y retrouver un réel plaisir… Mon expérience de coloriste, qui a été fort enrichissante, m’a un peu lassée de la colorisation d’album. Je préfère dessiner ou peindre.

Vous dessinez particulièrement bien les personnages féminins. Certains dessinateurs avouent que c’est leur difficulté. Pensez-vous qu’il soit plus facile pour une fille de dessiner des filles et pour les hommes de dessiner des hommes ?
Oui. Au même titre que je trouve mes personnages masculins encore un poil trop féminin par moments. On dessine mieux ce que l’on connaît très bien. Il y a aussi une histoire « d’état d’esprit ». Lorsque je dessine un homme, j’essaye de me mettre dans cet état de « rage masculine » en essayant d’en faire rejaillir une certaine puissance. Lorsqu’il s’agit d’une femme, cela devient plus lunaire, plus mystérieux avec un certain jeu de séduction suivant le sujet. Dans les deux cas, je travaille beaucoup sur l’émotionnel, tout du moins j’essaye de le faire. Je rentre au maximum dans mes personnages, pour pouvoir en tirer le meilleur de ce que je peux faire.

Du dessin à la colorisation…Vos personnages encapuchonnés sont également une grande réussite. Ils dégagent une force mystérieuse efficace. Est-ce difficile de dessiner des visages dans l’ombre d’une capuche ?
Difficile techniquement non. Ce qui l’est, comme je le dis précédemment, est de rentrer dans le bon état d’esprit et de comprendre ce qui doit s’en dégager. Par exemple pour Iweret, l’enchanteur « obscur », j’ai beaucoup pensé à l’Empereur de Star Wars lorsque je le dessinais. Il faut saisir les mécanismes et codes graphiques de ce qui va rendre tel personnage obscur, mystérieux, etc. Enfin, j’ai une affection toute particulière pour ces personnages mystiques… C’est mon penchant pour l’occulte qui doit ressortir.

Qu’avez-vous eu de plus difficile à dessiner ?
La refonte totale de mes personnages masculins, pour les raisons que nous avons évoquées. Mais globalement, j’ai bossé à fond sur tout : les costumes, les décors, etc. En fin de compte on a tout revu de A à Z, Jean-Luc et moi. Ce qui explique la grande marge graphique entre les Légendes de la Table Ronde T3 et Lancelot T1.

Cette série plonge Lancelot dans une histoire assez différente de celle que tout le monde connaît. N’est-ce pas un pari osé ?
Je ne pense pas qu’elle soit si différente de l’originale dans le fond, hormis bien sûr le fait que notre Lancelot soit une femme. Ce « détail » est une des raisons qui m’a fait accepter le projet. Je trouvais ça culotté et surtout bien vu. Car j’ai toujours trouvé que le personnage de Lancelot avait ce côté paladin, extrémiste et psychorigide qui sied bien au caractère parfois entier et obsessionnel des femmes (et ça n’est pas une critique, j’en suis une :D). Il en est même souvent agaçant et perçu de manière très antipathique… Ceci dit, la façon dont Jean-Luc le révèle dans cette série, permet de nuancer un peu tout ça. En égratignant le mythe du Chevalier parfait, on l’humanise aussi. Lancelot a ce côté « personnage de tragédie grecque » accablé et révélé par un destin qu’il subit mais également suffisant et vaniteux, donc finalement très humain.
Et puis, il a souvent été montré avec une certaine ambiguïté, notamment au travers de ses relations distantes avec les autres Chevaliers et au contraire excessivement proches avec Arthur.

Dans ce premier tome, Lancelot s’appelle Galaad, son nom de baptême mais en l’utilisant n’y avait-il pas de risque pour les lecteurs de le confondre avec son fils ? Pourquoi n’avoir pas juste utilisé « Lancelot » ?
Non, je trouve que c’est suffisamment bien expliqué pour que ça ne prête pas à confusion. Le nom de « Lancelot » est son nom de Chevalier. Hors, il ne devient chevalier que plus tard… et notre souci dans cette série est de montrer toute l’évolution du personnage, son initiation. Il deviendra Lancelot dans les prochains tomes, lorsqu’il le sera devenu intrinsèquement. En attendant c’est Galaad, ce qu’il aurait pu rester si le destin n’en avait pas décidé autrement…

 

Le premier tome s’ouvre sur une assemblée du Petit Peuple. Aimez-vous dessiner ces créatures féeriques ?
Au début, j’avais beaucoup d’appréhension à le faire, car c’était une première. Au fur et à mesure de ces deux pages (les seules où ils apparaissent) j’y ai pris du plaisir, ça m’éclatait.

Quel est votre créature féerique préférée et pourquoi ?
Le Dragon, j’ai toujours été fasciné par les dragons, qu’on retrouve dans beaucoup de cultures très différentes. Il y a, dans ma vision, une quintessence de puissance, de sagesse et de mystère. Et puis franchement, un dragon, ça pète bien quand même ! Enfin, je changerai peut-être d’avis, le jour où on me demandera d’en dessiner…

Vos projets à venir ?
Et bien du Lancelot et encore du Lancelot. Nous avons une série de 5 tomes à faire et je ne compte pas bosser sur quoi que ce soit d’autre en attendant.

Propos recueillis par le Peuple féerique
le 29 octobre 2008

Retrouvez toute l’actualité d’Alexe sur son blog STUDIO CAMELEON

Voir le site de la série LANCELOT

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