Fées noires & Dames sombres – La Teugghia

La Teugghia

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© Pascal Izac

La Teugghia fut autrefois rejetée par les fées d’Italie à cause de sa méchanceté. Un trait de caractère qui se lit sur la moitié gauche ravagée, racornie, vieillie de son visage ou se devine à ses habits qui affichent également pour partie lambeaux et déchirures alors que la moitié droite rayonne de beauté. Celle du Val d’Aoste est célèbre pour commettre ses rapines avec une horde d’orchons, créatures malingres et malfaisantes qu’on prétend être de ses enfants.

 

L’histoire se passe tout au nord de l’Italie, au pied des Alpes naissantes, là où courent les forêts de sapins depuis les sommets des montagnes jusqu’à engloutir les vallées. Plusieurs cavernes étaient hantées du peuple des fées. L’une d’elle faisait beaucoup parler les conteurs, les anciennes et les paysans. Cette fée, qu’on nomme là-bas la Teugghia, avait une progéniture un peu particulière. Les Orchons, ses enfants, ressemblaient à des êtres velus, grognant plus qu’ils ne parlaient et qui s’infiltraient de nuit dans les habitations pour y commettre de nombreux larcins. Ils y volaient principalement de la nourriture, du pain et du lait qu’ils rapportaient à leur mère aimante. Pour les faire fuir, les villageois disposaient un peu partout des plantes de fenouil. Leur odeur repoussait les créatures et si par malheur ils ingurgitaient du pain préparé avec quelques graines de fenouil, la mort les saisissait quelques heures plus tard.

 

Un jour, un homme qui descendait la montagne vit la Teugghia près de l’une des grottes. La fée était occupée à fendre des bûches. Se gardant bien de présenter sa face vieille et laide, elle fit signe à l’homme de venir l’aider. Elle lui parlait en se tenant de profil, ne laissant apercevoir d’elle que le côté jeune et beau. Elle voulait que le paysan fende toutes ses bûches et le gratifia d’un demi-sourire, lui promettant une bien belle récompense si celui-ci se mettait au travail. L’homme n’était pas dupe. Il avait reconnu la mauvaise fée. Il prétexta que sans cognée, il ne pouvait effectuer la tâche demandée. « Si cela ne tient qu’à cela ! », répondit la fée tout en joignant les deux mains juste au-dessus de la première bûche, « Cogne donc là-dessus, paysan, et n’aies pas peur de frapper. Cela suffira à fendre le bois ! ». L’homme se saisit de la masse posée tout à côté, l’éleva dans les airs et la rabattit de toute la force qu’il possédait. Le choc fut violent et les mains jointes de la Teugghia traversèrent la bûche pour aller s’enfoncer dans le tronc qui servait d’enclume. Elle se retrouva les mains bien coincées et l’homme éclata d’un rire gras. « Te voilà bien attraper la fée », s’écria-t-il. Et sans demander son reste, il partit rejoindre le village et y raconter comment il s’était joué d’une Teugghia. On entendit des jours et des nuits durant les cris de la fée le maudissant, appelant ses fils pour venir l’aider. Mais les Orchons qui étaient aussi bêtes que laids eurent toutes les peines du monde à tirer leur mère de cette misère.

Le Peuple féerique se met en veille pendant l’été…

L’été, c’est le temps des vacances en famille, des randonnées et des plongées au cœur de la nature ! Alors le blog se met en veille durant tout juillet et août. En vous souhaitant deux jolis mois !

 

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Durant tout l’été, Merveilles et Légendes des Forêts Enchantées est en vente dans les Offices du Tourisme, les boutiques de souvenirs et les librairies en Bretagne ! Pour le reste de la France, n’hésitez pas à le découvrir ou le commander chez votre libraire. Un joli livre pour enchanter votre été ! Éditions Au Bord des Continents.

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Ma dernière publication, Fées, diables & lutins à la croisée des chemins. Un livre à transporter avec vous cet été pour repérer les créatures croisées aux carrefours et sur les sentiers des vacances. Disponible en librairie (en rayon ou sur commande). Éditions Terre de Brume.

 

Belles et féeriques vacances à toutes et tous !

Richard Ely

Artistes de Féerie – Sara Burrier

Chaque mois, le Peuple féerique vous fait découvrir un artiste de Féerie. Sculpteur, peintre, illustrateur…  Respectable Ancien ou délectable moderne. Peu de mots, mais de belles images pour vous laisser vous immerger dans ces mondes fabuleux.
Ce mois-ci :

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Sara Burrier vit aux Etats-Unis dans L’Iowa. Elle signe des oeuvres très colorées. Un univers fait de portraits de fées, d’anges et de créatures féminines ailées. Profitez de cette découverte pour visiter son site et sa boutique ! www.sarabillustration.com

 

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Et la photo gagnante de notre concours « Merveilles et Légendes des Forêts Enchantées » est…

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Voici la photo gagnante de notre concours ! Une merveille de nature avec un soupçon de magie ! Vous l’avez beaucoup plébiscitée et cette fois, les fées vous ont écoutés. A bientôt pour un nouveau concours…

 

Le lot était un exemplaire dédicacé de « Merveilles et Légendes des Forêts Enchantées ». Si vous appréciez les dédicaces de Séverine Pineaux, n’hésitez pas à la rencontrer dans de prochains salons et festivals. Elle sera notamment présente le week-end du 23 et 24 juillet aux Rencontres de l’Imaginaire, qui auront lieu au Château de Comper-en Brocéliande avec le Centre de L’imaginaire Arthurien ( invité d’honneur Alan Lee ! ).

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Askeladen, un conte norvégien pour deux auteurs français !

Laurent Peyronnet est un habitué du Grand Nord pour avoir été longtemps guide en scandinavie. De cette passion nordique, il tire aujourd’hui son inspiration pour nourrir de ses mots les illustrations trollesques de Godo, un ami de la Féerie depuis qu’il est tombé dedans tout petit. Les deux compères nous revienennt avec un beau conte norvégien aux éditions NATS. Petite conversation avec les deux auteurs…

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D’où est venue l’idée de cette édition du célèbre conte norvégien ?

Lorsque j’étais en Norvège, je racontais souvent des contes et, parmi ceux-ci, il y en avait que j’aimais plus que d’autres. En en discutant avec Godo, nous nous sommes dit que ça serait intéressant d’en proposer des versions illustrées car en éditions françaises, s’il existe quelques recueils (éditions esprit ouvert et l’école des loisirs), je ne connais pas de contes norvégiens sous forme d’album. C’est  dommage car ces contes sont de grandes qualités. Partant de ce constat, nous avons fait  Soria Moria (que le peuple féerique avait chroniqué lors de sa sortie) et  maintenant « Askeladen et le pari contre le troll ».

Askeladen est le plus jeune des enfants. Un motif qui se répète souvent dans les contes, le plus fragile est souvent le plus malin…

Les contes sont une œuvre d’esprit et, en tant que tels, place celui-ci au sommet de leur échelle de valeurs.
Un conte raconte la plupart du temps, une expérience de transcendance. Que ce soit dans un registre comique où grave, il s’agit toujours d’une expérience  initiatique qui transforme le héros.  Et cette transformation est toujours la même : de faible et inadapté, il devient solide et respecté. En somme, d’enfant, il devient adulte. Le fait que, dans les contes, le plus fragile physiquement compense par son intelligence et son courage est, en effet  un thème récurant car les mots sont l’apanage de l’esprit et la force brute se passe de langage. On retrouve cet élément structurel ainsi que d’autres  dans les contes du monde entier. Pour les lecteurs que ce sujet intéresse, je conseille la lecture de l’excellent livre de Vladimir Propp «  Morphologie du conte. »

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Face à l’intelligence du gamin, la force sauvage du troll, est-ce là un peu ce que représente un troll, une matière brute issue des anciennes croyances, la force vive de la Nature ? Que sont les trolls pour les Norvégiens ?

Toujours dans la symbolique opposant la force physique à l’intelligence, le conflit entre l’enfant et le troll est celui de la culture face à la nature. L’esprit contre la force brute des éléments. Mais en Norvège, le troll représente plus que ça. Il fait partie de l’identité du pays. Sa naissance remonte au haut  moyen âge et il a traversé les siècles aux côtés des norvégiens. On peut raconter l’histoire de la Norvège à travers l’histoire du troll, tant il est présent à chacune de ses étapes, c’est d’ailleurs l’objet d’une de mes conférences.

Le présent live existe en version bilingue français-allemand. Y a-t-il des différences d’envies, de sujets entre le public français et le public allemand qui se rejoignent ici ?

Nats éditions qui publie «  Askeladen et le pari contre le troll » est une maison d’édition française basée en Allemagne, c’est l’une des raisons pour lesquelles le livre sort en version bilingue. L’autre raison est que le public allemand est toujours très curieux de la culture scandinave. Ils sont voisins, les langues scandinaves font partie de l’ensemble des langues germaniques. Beaucoup d’allemand vont passer leurs vacances en Suède ou en Norvège. Il y a là une grande affinité culturelle et l’histoire de la Scandinavie est très liée à l’histoire allemande, notamment par la ligue hanséatique qui domina le commerce nordique du 12e au 17e siècle.

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Godo, tu as opté pour un travail monochrome, teintes sépia, une contrainte éditoriale ou une envie de poser une certaine ambiance ?

Non, ce n’est pas une contrainte éditoriale, c’est vraiment  une orientation choisie. Certaines illustrations sont des crayonnés sur lesquels sont ajoutés des jus de brou de noix ce qui donne un petit coté parchemin que j’aime beaucoup utiliser pour poser cette ambiance de contes qui semblent sortir d’un autre âge. Les autres sont des aquarelles mais gardent une gamme restreinte de couleurs de terre de roche et de mousses qui me semblent les plus propices à exprimer l’environnement de nos amis… les trolls.

Quelles ont été tes sources d’inspiration pour poser l’univers graphique ?

Picturalement, les sources d’inspiration qui ont nourri mon imaginaire depuis bien longtemps ont du toutes ressortir dans ce projet. Elles viennent principalement de deux  illustrateurs que j’affectionne tout particulièrement :  John Bauer et  Arthur Rackham. Les atmosphères de Bauer sont magiques, on est plongé dans l’intimité de la nature. Ses scénettes de forêts sont très fortes de simplicité et pourtant suggèrent tout un monde de mystères que pourraient vivre les héros de ses histoires.

Vos prochaines dates de dédicaces ?

Nous dédicacerons « Askeladen et le pari contre le troll » les 25 et 26 juin à la boutique Mandragore à Lyon puis, nous retrouverons nos lecteurs au festival des légendes, le week end du  10 septembre, dans les Ardennes.