Fées noires & Dames sombres – La Glésine

La Glésine

Si la Glésine séduit de prime abord, c’est parce qu’il est difficile de deviner sous sa belle et ample robe, cette moitié de corps caprin qui l’associe à l’étrangeté monstrueuse des siens. C’est donc en parfaite insouciance que l’homme qui la croise accepte de danser avec elle, de tourner et tourner encore jusqu’à l’ivresse. Son corps ainsi abandonné aux joies d’une telle beauté ne réagira même plus lorsque la Glésine plongera ses crocs dans la nuque offerte. Si elle est avide de jeunes et robustes mâles, la fée se montre plutôt bienveillante envers les démunis, les enfants et les paysans qu’elle aide volontiers.

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Eugène Grasset

Tout mène à croire que la Glésine qui habitait près d’un torrent du côté du bois des fées avait un caractère qui tantôt la rendait sympathique, tantôt épouvantable. Les gens des environs avaient pris l’habitude de poser leur regard sur les pieds des jeunes inconnues qu’ils croisaient le soir sur les chemins. Ses sabots de chèvre la trahissaient et lorsqu’il la rencontrait, le paysan prenait ses jambes à son cou, se réfugiant dans le premier bistrot venu pour y conter sa mésaventure, noyant ce souvenir dans une douzaine de chopines bienvenues. C’est que, voyez-vous, la Glésine avait cette fâcheuse habitude de vous inviter à danser. Lorsqu’un homme lui plaisait, elle proposait quelques pas de danse, une ronde gracile, une valse entraînante que peu d’hommes lui refusaient. La Glésine était charmante, du moins de ses hanches à la tête, car ses jambes qu’elle dissimulait dans de belles et amples robes n’étaient que deux maigres pattes de chèvre. Elle présentait un visage d’ange, deux lèvres douces, des yeux profonds, une peau claire et une chevelure défaite parfumée de l’odeur sauvage des bords de rivière. Celui qui acceptait son invitation, était emporté dans une danse sans fin, mené plus que menant, tournant encore et encore jusqu’à ne plus pouvoir regarder le paysage alentour. Les yeux se contentant alors du spectacle ravissant de ce visage enchanteur. Le corps pressé contre celui de la fée, l’homme pouvait deviner une poitrine généreuse et ses mains posées sur les hanches lui renvoyaient la promesse d’une suite qui lui faisait battre le cœur. C’était l’effet recherché. Lorsque le cœur du cavalier battait à tout rompre, lorsque ses veines se gonflaient de désir, la Glésine plongeait le visage dans son cou et d’une morsure puissante, crevait l’artère et vidait le malheureux de son sang. Voilà l’affreuse vérité, la Glésine était aussi fée que vampire. Elle se nourrissait d’un sang enrichi d’envie, de passion.

Mais cette redoutable créature pouvait tout aussi bien se montrer aimable. Son amour pour les bêtes la poussait souvent à garder les troupeaux. Le berger s’éloignait alors pour la laisser faire craignant plus pour sa vie que pour celles de ses moutons. Plusieurs enfants perdus dans les bois furent ramenés sur la route de leur village par la même fée qui était tant redouté par leurs pères. C’est ainsi qu’elle est la Glésine. Tantôt accomplissant de petits gestes qui la rendaient bien sympathique, tantôt entraînant un homme vers une mort affreuse, dévoilant la part épouvantable de son être.

Richard Ely

Né en Belgique, j’ai passé toute mon enfance à Ellezelles, village sorcier. J’ai ensuite étudié les fées, elfes et lutins à l’université tout en croisant les chemins de Pierre Dubois, Claude Seignolle, Thomas Owen…
En 2007, après avoir parcouru bien des forêts et des légendes, je crée Peuple Féerique. Spécialiste du folklore féerique, auteur d’encyclopédies, de livres, d’albums, je poursuis mon exploration de ce Petit Monde de Merveilles pour le partager avec vous.

Une lutinerie sur “Fées noires & Dames sombres – La Glésine

  • 3 décembre 2017 à 11 h 33 min
    Permalink

    Y’a pas à dire, la Glésine est flippante !
    Curieux qu’elle soit tout de même gentille avec certains… est-ce pour endormir la méfiance des humains, tenter de leur faire oublier son côté mauvais et ainsi attirer plus facilement des proies dans ses filets ?

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