Fées noires & Dames sombres – La Dame Blanche

La Dame Blanche

dameblanche
© Pascal Izac

 

Dessous ses habits d’un blanc éclatant, sa peau est diaphane. Toute goutte de sang a déserté depuis longtemps ses veines et artères. On la rencontre le plus souvent sous un arbre, au bord d’une route. Fantôme ou fée, les avis sont partagés. Elle est le souvenir d’une mort tragique ou annonciatrice de celle-ci. Si vous la prenez en stop, elle hurlera avant de disparaître, provoquant bien souvent votre propre accident mortel.

 

Minuit. L’heure des fantômes. La route menant à la ville voisine était silencieuse. C’était un mardi et le mardi, personne n’empruntait ce chemin à minuit. Pourtant, au loin, dans les méandres que traçait cette route déserte au cœur de la campagne, deux phares indiquaient clairement qu’une voiture venait dans cette direction. La brume qui s’étale chaque matin sur les champs et les prés tissait de fins lambeaux que le véhicule accueillit sans que son conducteur prenne la peine d’activer les feux antibrouillard. Sa vision était claire, le chemin dégagé.

A cause des virages incessants que comportait ce bout du voyage, la voiture ralentit sa course. Il valait mieux faire preuve de prudence que de terminer dans l’un des larges fossés bordant l’asphalte. Au volant, un homme aux tempes grisonnantes. Il était vêtu d’un costume qui ne lui allait pas. Trop grand, trop large, il dessinait aux épaules des plis qui témoignaient d’un manque de goût ou tout simplement que le port du costume-cravate chez cet individu était occasionnel. C’était le cas. David revêtait rarement ce genre d’habit de cérémonie. Sauf lorsqu’une affaire importante l’exigeait. Ce soir-là, il avait fêté la signature l’après-midi d’un emprunt qui permettrait à sa ferme de prendre un nouvel envol. La torture du costume avait porté ses fruits et la signature avait mérité un bon repas au restaurant. Voilà pourquoi il revenait si tard de la ville et roulait seul sur cette route de campagne.

A hauteur d’une boulaie, il ralentit encore. Il venait d’apercevoir sur le bas-côté une femme qui lui faisait signe. Elle était blanche. Aussi bien de par ses habits que par la couleur de son teint. Il s’arrêta. Elle monta à l’arrière. Machinalement, il redémarra. Tout en roulant, il posait des questions. Où allait-elle comme ça en pleine nuit ? D’où venait-elle ? Il ne semblait pas la connaître et pourtant, il connaissait tous les gens de la région. A ces questions, la femme ne répondait pas. Elle fixait la route, droit devant elle, muette. David commença à trouver la présence dérangeante. Inquiétante, même. Jetant un œil dans le rétroviseur, il tentait d’observer sa passagère, mais parvenait avec difficulté à saisir ses traits. Tout en gardant les mains sur le volant, il se retourna. La fée hurla, poussa un cri puissant. David porta les mains aux oreilles tout en faisant face à nouveau à la route, une seconde avant que la voiture ne heurte un chêne tombé en travers.

Il apprit plus tard, alors qu’il était en convalescence que les pompiers n’avaient trouvé que lui dans la voiture. Nulle trace de cette Dame Blanche, étrange passagère d’un soir dont le cri l’avait averti du danger, lui semblait-il. A sa sortie de l’hôpital, il lui fallut encore trois semaines avant de pouvoir conduire à nouveau. Un soir, il se força à prendre la route de l’accident. Sur les lieux même du crash, une Dame Blanche l’attendait. Cette fois, elle ne le manquerait pas.

Richard Ely

Né en Belgique, j'ai passé toute mon enfance à Ellezelles, village sorcier. J'ai ensuite étudié les fées, elfes et lutins à l'université tout en croisant les chemins de Pierre Dubois, Claude Seignolle, Thomas Owen... En 2007, après avoir parcouru bien des forêts et des légendes, je crée Peuple Féerique. Spécialiste du folklore féerique, auteur d'encyclopédies, de livres, d'albums, je poursuis mon exploration de ce Petit Monde de Merveilles pour le partager avec vous.

2 lutineries sur “Fées noires & Dames sombres – La Dame Blanche

  • 2 juin 2017 à 20 h 12 min
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    Il ne va quand même pas la reprendre en stop, tout de même !

    « Fonce, David ! Fonce… t’arrête surtout pas ! Mets les gaz, mets la gomme. »

    Répondre
  • 3 juin 2017 à 16 h 16 min
    Permalink

    Une histoire bien sombre et flippante, comme je les aime… ^_^
    Tssss, pas très futé, ce fermier.

    Répondre

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