Fées noires & Dames sombres – Leannán sí

La leannán sí

leanan

© Pascal Izac

 

Qui rencontre une leannán sí ne peut qu’être séduit par cette ténébreuse beauté. Si elle vous emprisonne le cœur, en retour, elle libère l’esprit. Muse parfaite, sa présence à vos côtés pousse à la créativité. Attirée par le poète naissant, le jeune peintre ou l’artiste en ses débuts, elle offre gloire et inspiration à ceux-ci en échange de leur vie. L’immortalité de l’œuvre n’a de pendant que la brièveté du souffle de son créateur.

 

 

La galerie d’art n’avait jamais connu autant d’affluence. La foule se pressait pour découvrir les œuvres exposées ce jour. Il faut dire que la part de mystère qui les entourait avait fait couler beaucoup d’encre dans la presse. Un homme avait découvert les tableaux dans une vieille maison qu’il venait d’acquérir en vente publique. L’ancien propriétaire n’avait pas d’héritier. C’était un homme solitaire, qui parlait peu et qui avait toujours habité seul, d’après les habitants du village. La découverte des toiles avait été une véritable surprise pour le nouveau propriétaire. Il ne s’y connaissait pas vraiment en peinture, mais ce qu’il avait devant les yeux était si envoûtant qu’il se douta immédiatement de la valeur des tableaux. Il en embarqua un et choisit de le montrer à une galerie d’art de la ville voisine. Le directeur de la galerie n’avait jamais rien vu de tel. Il appela un de ses confrères et une heure plus tard les deux experts parlaient en gesticulant et d’une voix forte de la merveilleuse beauté qui se dégageait d’un tel chef d’œuvre. D’autres experts furent appelés encore et une galerie se porta acquéreuse de l’ensemble des tableaux à un prix qui permettait au propriétaire des lieux de jouir d’une existence tranquille pour le reste de sa vie. La collection fut alors soumise aux plus grandes analyses, on vit passer des reproductions dans les magazines spécialisés d’abord, dans les médias de masse ensuite, tellement l’émerveillement devant ces portraits provoquait de sentiments. Car chaque tableau représentait toujours la même femme, insaisissable, trouble, mais dont les traits dessinés reflétaient l’image de la beauté la plus pure qui soit. On se mit à rechercher l’histoire du peintre. On ne trouva trace de lui que dans sa prime jeunesse. Des études artistiques, son installation dans la campagne irlandaise. Un long voyage en Ecosse, dans les îles anglaises et puis, à vingt ans à peine, une vie de reclus. Mais le point le plus intrigant de son histoire était qu’il n’y avait nulle trace d’un modèle. Qui était la femme représentée dans les portraits ? Etait-elle née de son imagination ? La maîtrise parfaite du modèle ne semblait pas épouser cette piste. Une muse secrète, une femme entraperçue au village ? Les explications les plus farfelues allèrent bon train. C’était le souvenir d’une mère défunte, d’une sœur ? Un fantôme ou une fée qui lui rendait visite ? Jamais on ne put percer le mystère. A voir les visages des visiteurs de l’exposition d’aujourd’hui, une chose semble certaine, la femme des portraits possédait un pouvoir d’attraction sans nul autre pareil.

 

 

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