Interview de Béatrice Bottet

Béatrice Bottet est une spécialiste du fantastique et de l’ésotérisme, auteure d’une vingtaine d’ouvrages, elle a notamment signé la série Le Grimoire au rubis, l’encyclopédie du fantastique et de l’étrange, Sirènes et autres dames des eaux, Fées et autres dames extraordinaires, etc. Ouvrages parus aux éditions Casterman. Le Peuple féerique l’a rencontrée pour un petit échange à propos des fées…

Dans le tome consacré aux fées de la Bibliothèque fantastique parue chez Casterman, vous distinguez quatre catégories de fées dont les fées emblèmes. Pouvez-vous nous les présenter ?

Il y a énormément de genres de fées et il est vraiment difficile de les classer. Néanmoins, tentons l’opération, dans les grandes lignes :

– Les fées dites “vertes” peuplent la nature, quand elle n’est pas trop polluée. Ce sont de petits êtres enjoués et dynamiques qui accomplissent les phénomènes naturels (ouverture des fleurs au printemps, par exemple) et passent une partie de leur temps à activer le monde en dansant. Ce sont leurs traces que l’on voit quand il y a dans l’herbe des ronds de champignons, lesquels sont les sièges sur lesquels elles s’asseyent quand elles reprennent souffle, si elles sont fatiguées de danser.

Les fées vertes sont rapides, lumineuses, évanescentes et ne frôlent qu’à peine le monde des humains. La fée Clochette de Peter Pan appartiendrait assez à cette catégorie.

On les trouve en forêt, dans les jardins, près des sources et des fontaines, dans les arbres creux… Elles se réveillent au printemps et cessent leurs activités quand revient le froid.

– Les fées marraines se trouvent volontiers au détour des grands contes. Ce sont des femmes majestueuses, richement vêtues, et qui dotent de dons les enfants royaux, quand elles sont invitées aux réjouissances du baptême. Elles sont protectrices, bienveillantes, parfois autoritaires, toujours de bon conseil. Elles protègent d’une façon plus attentive encore les enfants nés un dimanche.

– Certaines fées, un peu campagnardes, sont plus évoluées que les petites fées vertes et participent assez volontiers aux activités humaines. Ce sont elles qui, discrètement, aident les femmes dans toutes leurs tâches, en particulier lors des accouchements et dans toutes les activités maternelles. Ces fées comblent de bienfaits ceux qui leur veulent du bien. Presque toutes cherchent à acquérir une âme, quand bien même ce serait au détriment de leurs prérogatives féeriques. Pour cela, une seule solution : le mariage. Hélas, les mariages entre un homme et une fée sont rarement couronnés de succès, car si le mari ne respecte pas suffisamment sa fée-épouse et transgresse telle directive qu’elle lui a imposée, elle disparaît à tout jamais, le laissant inconsolable.

– Les fées emblèmes ne se rencontrent, à vrai dire, qu’assez rarement. Ce sont des fées qui sont à l’origine de familles nobles, qui vénèrent leur souvenir légendaire et les mettent dans leurs armoiries. La plus célèbre est Mélusine, à l’origine de la maison de Lusignan, dont le mariage avec Raymondin fut interrompu, après une longue vie conjugale couronnée par dix enfants, parce que Raymondin avait passé outre à ses instructions : ne pas la regarder quand elle était au bain, le samedi. Mélusine se transformait alors en femme-serpent. Quand Raymondin la surprit, Mélusine s’envola, fit trois tours au-dessus du château et disparut…

Toutes les fées ont en commun quelques caractéristiques :

– elles ne vieillissent pas, ou alors seulement par choix ;

– elles ne meurent pas, mais perdent peu à peu de leur substance, devenant de plus en plus diaphanes, au point de finir par disparaître ;

– elles ont une très longue vie, certains pensent qu’elles atteignent trois cents ans et plus ;

– elles sont bienveillantes à tous ceux qui leur veulent du bien et les respectent, les comblent d’or, de bienfaits, de dons ;

– elles sont susceptibles et irascibles : il ne faut pas les mettre en colère ni leur déplaire. Leur rancune peut être terrible ;

– elles cherchent à acquérir une âme, car comme tous les êtres du Petit Peuple, elles n’en possèdent pas.

Vous opposez souvent en ces pages les fées à la pollution…

Bien sûr. Les fées sont des esprits de la nature, en particulier de la nature sauvage, brute, dans toute sa beauté et toute sa violence. Que la nature disparaisse et le monde féerique disparaît également. A-t-on jamais vu une fée dans une banlieue lugubre, dans une décharge, dans un parking ? Les fées, droites, pures, gaies et proprettes, vite dégoûtées par la vulgarité et la saleté, s’éloignent irrémédiablement des lieux pollués ou sinistres.

Lors d’un débat sur le réenchantement du monde, vous avez d’ailleurs souligné que ce ne serait pas les différents mouvements écologiques qui changeraient profondément nos comportements mais bien les fées…

En travaillant sur les fées, je me suis sentie plus sensible à toutes les manifestations de la vie, en particulier de la vie végétale. Voyez-vous, moi qui suis pourtant née dans le béton parisien, je possède un jardin. Je peux vous assurer que depuis que j’ai enquêté sur l’imaginaire féerique qui a imprégné notre civilisation depuis deux mille ans et plus, j’ai mieux compris comment ces croyances avaient pu s’installer dans nos esprits. Voir la nature à l’œuvre, en particulier lors de l’explosion végétale du printemps, est à la fois magique, merveilleux et poétique. Mon regard sur la nature a changé, en parallèle avec ce travail sur les fées. Comment ne pas penser à ces petits êtres qui, dès que vous avez le dos tourné, s’activent à ouvrir les fleurs, à lisser les pétales, à réveiller les papillons et les abeilles ? Comment ne pas ressentir d’étranges présences dans les forêts profondes, sur les rochers, la mousse, au bord des ruisseaux ? Je crois que la civilisation urbaine a perdu une certaine qualité de regard émerveillé et naïf, et travailler sur ces sujets me l’a fait redécouvrir. Et si je me sens un peu plus écolo, c’est moins parce qu’on me fait sentir à coups de statistiques, d’alertes, d’objurgations et d’impératifs qu’il faut respecter la nature, mais c’est parce que depuis mes travaux, je la vois avec un œil très différent. Je me sens davantage en synergie avec la terre.

Dans le livre, vous prétendez que la fin des fées correspond à la Révolution de 1789, lors du débat, vous parliez de la période d’après-guerre. En quoi ces deux périodes ont-elles combattues les fées ? Et peut-on dire que cela est plus le cas en France qu’en Angleterre par exemple ?

Le XVIIIe siècle, en se tournant résolument vers la philosophie, la raison et le modernisme, amorce, me semble-t-il, un premier tournant. La chasse aux sorcières est à peu près terminée (la dernière sorcière a été condamnée au milieu du XVIIIe). La philosophie des Lumières, qui s’intitule elle-même “éclairée” (par la raison et la pure pensée) rejette les antiques croyances, et même les traite de haut. Certes, dans les campagnes, on n’abandonnera pas de sitôt les croyances et les superstitions, mais le mouvement a démarré. Les lettrés n’ont que mépris cinglant pour les pauvres retardés qui persistent à penser que leurs fontaines sont magiques ou que dans leur forêt vivent des elfes et des fées.

La Révolution vient en coup de tonnerre confirmer le changement radical de mentalité.

Néanmoins, malgré l’ironie des esprits forts, le fantastique n’a pas tout à fait abandonné le terrain. Il faudra encore un siècle et demi. Je pense que peu à peu, après la Seconde guerre mondiale, une nouvelle étape est franchie. Le fantastique n’a quasiment plus droit de cité dans un monde (occidental s’entend) qui se modernise à grande vitesse, qui se veut carré, sérieux, technique pour ne pas dire technologique, scientifiquement organisé, ou doit être démontrable, prouvable. C’est le sens du progrès. Le fantastique n’y a évidemment pas sa place. La littérature de l’imaginaire (car on ne peut se passer d’imaginaire, bien sûr) devient elle aussi carrée, technique, scientifique, et ce sera la grande époque de la science-fiction, qui semble mieux adaptée aux mentalités du temps.

Mais chassez le fantastique à votre porte, il rentre par la fenêtre… Quand J.K.Rowling invente Harry Potter et introduit dans ses romans tous les grands thèmes du fantastique occidental, c’est un raz de marée, et elle ouvre une brêche dans laquelle s’engouffrent bien des auteurs. A mon avis non pas parce que c’est à la mode et que ça se vent, mais aussi parce que lecteurs et auteurs attendaient ce moment. Ils étaient frustrés de cette dimension, ils peuvent enfin se laisser aller à leur pente naturelle. A une des pentes naturelles de l’esprit humain. A quoi bon se priver de cette dimension de nous-mêmes ? Nous mutiler des richesses de notre imaginaire ? Je crois que nous attendions tous plus ou moins cela. Nous les amateurs de fantastique, s’entend. Ou la partie de nous-même qui l’est. Car je vous assure qu’à part cet intérêt pour nos traditions, croyances et légendes, je suis une personne tout à fait ordinaire et rationnelle !

L’Angleterre, bien qu’elle ait amorcé la révolution industrielle et se soit montrée plus inhumaine que bien d’autres pays quant à ses colonies, ses ouvriers, ses prolétaires et ses enfants, l’Angleterre, longtemps pétrie dans l’ambiance corsetée de l’époque victorienne et la morgue insupportable, est pourtant une terre de fées. Comment cela est-il possible ? Parce qu’elle n’a connu ni la Révolution, ni la guerre sur son territoire ? Peut-être. Parce que c’est une terre de riants paysages et de jardins ? Peut-être. Parce que l’imaginaire celtique l’a plus imprégnée que sur le continent (sauf en Bretagne) ? Peut-être. Je n’ai pas de réponse. On ne peut que constater la réalité.

Vers la fin du XIXe siècle ou le début du XXe, Arthur Conan Doyle (oui, le créateur de Sherlock Holmes) lança dans un journal une enquête sur l’existence des fées. Il reçut quantité de réponses de témoins oculaires lui assurant que les fées existaient bel et bien. Et pendant la guerre de 14-18, deux petites filles s’employèrent à photographier des fées. Ce n’étaient que des montages, mais il y eut une énorme polémique : pour ou contre l’authenticité de ces photographies ?

On voit bien à ces exemples très proches que certains Anglais sont encore totalement convaincus, et avec flamme, de l’existence des fées sur leur territoire.

Vous écrivez « Les fées protégent plus volontiers les femmes que les hommes ». Pourquoi ?

Pendant des siècles, la vie de tous était difficile, mais celle des femmes plus encore que celle des hommes. Un coup de main extérieur n’était alors pas à négliger, pour toutes ces occupations, activités et étapes de la vie typiquement féminines, à commencer par la maternité. De plus, les femmes avaient la réputation (forgée de toutes pièces par ces messieurs, mais ceci est une autre histoire) d’être plus imaginatives, moins rationnelles, plus sensibles aux superstitions et, disons-le, à une sorte de bêtise.

Dans la vie difficile des femmes, sentir qu’une aide occulte pouvait vous être apportée les aidait probablement, psychologiquement.

Et puis, les fées agissaient par solidarité féminine, tout simplement.

Les fées marraines le sont généralement de petites filles, dans les contes. Les bonnes ménagères seront qualifiées de fées du logis. Les fées, invisibles et efficaces, aident la femme à concevoir, surveillent la grossesse, participent à l’accouchement et veillent sur les enfants.

Quel est le lien unissant les fontaines aux fées ?

Les fées qui hantent et protègent les fontaines sont les descendantes des antiques nymphes, semble-t-il. Cela nous remet en perspective avec la question précédente. L’eau est, selon la vieille tradition, un élément féminin (l’eau et la terre sont féminines, le feu et l’air masculins, et pas seulement grammaticalement). Ce sont les femmes qui vont la puiser. C’est là qu’elle rencontreront donc les fées qui garantissent la pureté de l’onde, entre autres. A noter : il est des contes dans lesquels l’héroïne, en allant chercher de l’eau au puits, tombe au fond et pénètre ainsi dans l’Autre Monde, où elle rencontrera des êtres féeriques. Lisez à ce propos le conte des frères Grimm “Dame Holle”.

Les Dames, Bonnes Dames désignent les fées. Il en résulte que tous les lieux comportant « Dames » sont à attribuer aux fées ?

Oui, il semble bien que les Roche aux Dames, Chemin des Dames, Bois des Dames, Pont aux Dames et ainsi de suite fassent référence à des lieux habités par les fées.

Et cette tradition où les taupes sont des fées punies par Dieu contre lequel elles s’étaient révoltées, d’où vient-elle ?

Je l’ignore, je me rappelle l’avoir lu dans un de ces innombrables ouvrages qui recensent les façons dont les fées ont croisé notre route. Mais vous voyez bien comme la taupe, lourde, aveugle, épaisse, grise, vivant sous terre, est l’antithèse de la fée. Peut-il être pour elles une punition plus cruelle que de ne plus voir le jour, ni voir tout court, de ne plus sautiller et danser, de ne plus être vive, avec de longs cheveux blonds et des robes légères et diaphanes ?

Comment vous êtes-vous documentée pour ce tome consacré aux fées…

Il y a beaucoup d’ouvrages qui évoquent nos anciennes croyances et je dois dire que j’ai pioché un peu ici et là. Les grands contes sont là pour nous dire, sous une forme particulièrement stable, une partie de ces croyances anciennes. J’aime beaucoup les contes de Grimm, bien plus que ceux de Perrault, très marqués par le genre classique. Les contes des frères Grimm, recueillis bien plus tardivement, ont pourtant un côté plus ancien, plus brut, plus authentique, pour tout dire. Perrault, comme madame d’Aulnoy, est plus précieux et plus moralisateur d’ailleurs.

Mais il n’y a pas que les contes. Il y a le gigantesque ouvrage de Paul Sébillot, qui au début du XXe siècle compila toutes les légendes, les mythes et les croyances de France. Il y a les merveilleux ouvrages de Pierre Dubois, qui m’a ouvert de nombreuses perspectives, ceux de Jean Markale, de Claude Lecouteux, d’Edouard Brasey, les dictionnaires des superstitions, les dictionnaires des symboles, et aussi beaucoup d’ouvrages que j’achète ici ou là, parfois dans des brocantes.

Quelquefois, une petite notation dans un ouvrage de voyage, du genre “Dans le château de NNN vivait un baron qui avait épousé une fée”.

Je me suis toujours intéressée au fantastique, aux croyances, aux légendes, aux superstitions et aux mentalités, à la richesse de notre imaginaire, mais je reconnais bien volontiers que je ne suis pas une spécialiste, en tout cas pas une théoricienne ni une universitaire. Je suis plutôt une curieuse, j’adore lire ce qui concerne ces sujets. Ce qui reste dans ma mémoire ou mes notes et se retrouve dans mon travail, c’est cela que vous pouvez lire. Je rends grâce de tout cœur à ceux qui font un travail plus approfondi que le mien…

Cette collection s’adresse aux adolescents. Quel a été l’argument de base pour sa création ?

Il s’agissait de donner une information sur tous les grands sujets fantastiques, du genre “Tout ce que vous devez savoir sur tel ou tel grand sujet du fantastique est dans cet ouvrage”. C’est une collection de Casterman qui a vu le jour après le succès de l’Encyclopédie du fantastique et de l’étrange, toujours chez Casterman, que j’avais rédigée. Il y avait trois tomes et on peut actuellement trouver cette Encyclopédie en un seul volume sous le titre de l’Intégrale du fantastique et de l’étrange. Cela permettait de développer des sujets qui avaient dû être traités un peu rapidement dans l’Encyclopédie, sous une forme “vrai-faux documentaire”, presque scientifique, mais un peu décalé. De plus, les informations ne sont pas fantaisistes, elles sont de l’ordre de l’histoire des mentalités et des traditions séculaires, dans toute leur variété.

La Bibliothèque du Fantastique comporte plus de tomes sur des êtres féeriques que sur des créatures véritablement liées au courant fantastique. L’ordre de parution correspond-il aux attentes du public aujourd’hui ? A ses premiers intérêts ? Connaissez vous le tome qui s’est le plus vendu ?

Les ouvrages de cette collection correspondent beaucoup aux attentes des auteurs, qui sont intéressés par tel ou tel sujet ! C’est l’éditeur qui décide de lancer tel ou tel ouvrage, et qui choisit l’ordre de parution. Je crois que le tome le plus vendu est celui des Dragons, de mon collègue Jean-Luc Bizien.

On voit beaucoup de livres sortir sur la féerie, des festivals naître un peu partout. Pensez-vous qu’il y ait réellement plus d’attraction pour la féerie ces dernières années qu’auparavant ? Si oui, quelle en est la cause ?

Oui, le fantatique refait surface et intéresse tout le monde, si bien que les festivals fleurissent. Je pense que c’est dû en partie à ce vieux fonds qui depuis Rowling ne demande qu’à se réveiller, comme je l’ai dit précédemment. Peut-être y a-t-il aussi une attirance vers le fantastique, et surtout vers le côté magique, car ce serait si bien de pouvoir faire tous ces exploits sans effort ! Ce serait si bien si on pouvait vraiment devenir invisible, influer sur le réel, se déplacer dans l’espace et dans le temps d’une façon occulte ! Ce serait si bien si les grimoires donnaient la bonne solution ou la bonne recette à tous vos problèmes, tous vos désirs !

Mais bien sûr, dans ce cas, c’est tout simplement par paresse d’affronter le vrai réel bien terre à terre !

Revenons à l’attraction pour les fées, ou plutôt, ai-je envie de dire, pour le fantastique. La beauté, l’imaginaire, la résolution de tous vos problèmes, qui ne serait irrésistiblement attiré ?

A titre personnel, je trouve que dans de nombreux cas, les festivals sont pleins d’excellentes surprises, et les livres sur ces sujets sont tout bonnement merveilleux.

Quelle est votre créature féerique préférée et pourquoi ?

Je ne suis pas sûre d’avoir une créature féerique préférée.

S’il faut vraiment choisir, ce serait la Dame Holle des frères Grimm. C’est une fée plus toute jeune peut-être, mais si bonne. Quand elle secoue ses couettes, édredons et oreillers, il se met à neiger sur la terre. J’aime beaucoup cette image poétique.

Mais ce n’est pas une réponse « sentimentale », et la question d’avoir une créature préférée me parle peu.

Vous aurez peut-être compris que pour moi, il est davantage question de croyances et de traditions qui se sont forgées au fil des siècles, ont sédimenté dans nos imaginaires et continuent à vivre en nous, d’une façon quelquefois très lointaine, comme une vieille réminiscence. Ces croyances ont forgé nos mentalités, elles sont pour nous comme un terreau d’une richesse exceptionnelle. Nos traditions fantastiques nous ont laissé non seulement des croyances, mais aussi des livres, des contes, des œuvres d’art, des sculptures d’églises et de cathédrales, des chansons, des pièces de théâtre, des opéras. Leur trace est partout et si l’on est un peu curieux, on a vite fait de les débusquer, dans un nom de village, sur un chapiteau d’église. C’est cette richesse-là qui m’intéresse. Peut-être parce qu’elle est pittoresque, mais surtout, je crois, parce qu’elle est la preuve que l’esprit humain ne s’arrête pas aux simples contingences “raisonnables”, “rationnelles”, un peu trop technocratiques à mon goût.

J’aime bien penser que la vie ordinaire peut parfois être frôlée par le fantastique, et voilà pourquoi j’écris aussi des romans où les personnages sont comme vous et moi (bien que les intrigues se situent dans le passé), mais bénéficient d’une aide “venue d’ailleurs”, venue des richesses des anciennes traditions. Ce qui n’empêche pas qu’ils doivent relever leurs manches et se colleter avec leurs problèmes.

J’aimerais à cet égard vous signaler que viennent de paraître “Rue de la Mandragore” et “Le château de la Dame blanche”, chez Casterman. Dans ces romans, qui font partie de la série “Le Grimoire au rubis”, nous sommes au XIXe siècle et les héros voient leur vie bouleversée par la présence d’un grimoire écrit au Moyen Age. La série a connu une trilogie Moyen Age, une trilogie Renaissance, nous voici au Second Empire. J’ai beaucoup aimé écrire cette série. Elle représente justement ce que j’apprécie dans notre contact avec le fantastique : dans des vies ordinaires, l’intervention magique, quasiment féerique, qui permet aux héros d’avoir une autre vision du réel, plus riche et plus ouverte à la fois, pour avoir croisé la route de l’irrationnel…

Propos recueillis par le Peuple féerique en juin 2009

Richard Ely

Né en Belgique, j’ai passé toute mon enfance à Ellezelles, village sorcier. J’ai ensuite étudié les fées, elfes et lutins à l’université tout en croisant les chemins de Pierre Dubois, Claude Seignolle, Thomas Owen…
En 2007, après avoir parcouru bien des forêts et des légendes, je crée Peuple Féerique. Spécialiste du folklore féerique, auteur d’encyclopédies, de livres, d’albums, je poursuis mon exploration de ce Petit Monde de Merveilles pour le partager avec vous.

2 lutineries sur “Interview de Béatrice Bottet

  • 2 juin 2009 à 16 h 37 min
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    Une interview vraiment fournie! L’auteure a envie de parler de sa passion et de la sympathie naît immédiatement pour elle. Merci.

    Répondre
  • 5 juin 2009 à 10 h 23 min
    Permalink

    Interview très très intéressante et très RICHE ! Béatrice Bottet nous livre toute sa passion avec générosité et je découvre là une auteure qui m’intéresse beaucoup. MERCI à vous !

    Répondre

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