L’incontournable René Hausman

L’univers de René Hausman

Il y a des hommes pour qui le monde de Féerie ne demeure pas invisible. Ces humains, touchés par la grâce des fées, ont l’insigne honneur de pouvoir vivre aussi bien au milieu de leurs congénères que s’échapper de temps à autre pour festoyer avec le Petit Peuple. Très souvent, ces élus des elfes, sont reconnaissables à leur attrait particulier pour les bonnes choses de la vie. Ils ne rechignent pas devant une bonne bière bien mousseuse ou encore quelque rôtisserie lors de fêtes populaires… Mais on les reconnaît également à leur don particulier: celui de porte-parole des êtres des bois, amoureux de la Nature et véritable artiste dans l’âme. Partons à la rencontre d’un des plus talentueux de ces personnages incontournables de la scène féerique…

La Nature mène à Féerie…

C’est à Verviers en 1936 que naît René Hausman. Déjà tout petit, il se passionne pour l’illustration en découvrant les portraits d’animaux sur les chromos distribués avec des chocolats. Coup de foudre pour le futur illustrateur, qui se met à copier et recopier ces petits animaux, apprenant par là les premiers rudiments du dessin en parfait autodidacte.

Alors qu’il servait sous les drapeaux, Hausman collabore au journal Le Moustique, puis rencontre Raymond Macherot, le papa de Chlorophylle. De cette rencontre naîtra pour Hausman, une envie de faire de la BD. A 21 ans, il crée les personnages de Saki et Zunie, petits êtres préhistoriques, qui orneront les pages du journal Spirou dès 1958. Zunie deviendra très vite une figure populaire, disparaîtra quelques années pour revenir en force dans les années ’80 (aux éditions Chlorophylle) et, enfin, dans les années 1998, sortira même un « album solo » : Zunie: enfin seule (chez Noir Dessin Productions).
A côté des histoires de Saki et Zunie, René Hausman s’amusera de quelques histoires bien coquines pour le magazine Fluide Glacial (voir notes). Il réalisera également, et principalement, pour Dupuis, des centaines d’illustrations d’animaux. Préférant même l’illustration à la bande dessinée (son truc à lui, c’est « faire des livres »), il fera bénéficier de son talent les contes de Perrault, les Fables de La Fontaine, le roman de Renard, et autres bestiaires fantastiques.

Sa passion pour les animaux, la nature et les contes le mettra tout naturellement sur le chemin de Pierre Dubois, elficologue de son état. Les deux compères relateront dans les pages de Spirou des descriptions minutieuses des créatures de la forêt. L’un usant de sa plume et l’autre de ses pinceaux, nos deux artistes revenaient de leurs voyages en Faerie avec toujours plus de détails, de découvertes de peuples curieux et de créatures étranges. Ces portraits étaient rassemblés sous le titre générique du Grand Fabulaire du Petit Peuple.

Laïyna : la révélation

 

La complicité de Pierre Dubois et René Hausman les mènera en 1985, a créer le personnage de Laïyna . Deux tomes paraîtront : La forteresse de pierre et Le crépuscule des elfes. En 2001 sortira des presses Dupuis l’intégrale revêtant le doux nom de l’héroïne: Laïyna. Ce récit nous plonge au coeur de la destinée du Petit Peuple troublée par la venue en leur monde d’une petite fille orpheline. Recueillie par les êtres de Féerie, Laïyna grandira en recueillant sagesse et savoir de ces êtres merveilleux. Mais l’appel du monde humain est irrésistible et la jeune fille se frottera à la haine et à la stupidité des hommes…

La série qui propulsa Hausman sur le devant e la scène avec son grand complice Pierre Dubois.
En 1993, Hausman fait à nouveau parler de lui en tant que dessinateur BD lorsqu’ il réalise un autre album intitulé Les trois cheveux blancs, sur un scénario amer de Yann. Un conte cruel qui part du souhait d’une belle princesse de conserver à jamais sa beauté. Trois cheveux blancs sont pour elle intolérables et elle ira jusqu’à se soumettre à la Bête pour conserver sa jeunesse, au détriment de son honneur… et de sa vie… Mais avant de disparaître elle fera naître un enfant maudit…
C’est très certainement avec cet album que la popularité acquise avec Laïyna s’ancre fermement chez les passionnés d’imaginaire et les amateurs de bande dessinée. Quelques années passent et Hausman remet le couvert en compagnie de Yann pour nous émerveiller une fois de plus en 1998 avec Le prince des écureuils. Cette fois le héros de l’histoire est un petit écureuil qui se prendra de passion pour une naine… Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’histoire est loin d’être toute rose…

 

Lorsque Beauté rime avec Cruauté…

 

 

Les Trois cheveux blancs

Les Trois cheveux blancs

Ce qui caractérise les oeuvres de René Hausman c’est ce sentiment étrange qui nous émerveille tout en nous laissant un arrière-goût amer. Les histoires nous plongent dans des mondes féeriques, un pays de rêve, un conte de fée. La couleur directe (Hausman colorise directement ses planches) donne un cachet de grande valeur aux réalisations et le dessin sublime nos regards. Malgré tout, il y a quelque chose de triste, de perdu, de nauséeux. Une injustice, un cri étouffé, un malaise. On sait que l’humour a quelque chose de léger alors que la tristesse est un gouffre. C’est cette tristesse que le dessin d’Hausman explore. Le côté sombre de nos âmes. Un côté sombre qui est d’autant plus mis en valeur que les personnages d’Hausman nous apparaissent d’une fragilité étonnante. La cruauté des puissants envers les faibles en est renforcée. C’est toute notre culture des contes à la Grimm qui reçoit une claque puissante. Ici les fées sont frivoles, les lutins luttent pour leur survie. Ici, il n’y a pas de miracles à la Disney. Les héros meurent, le sang coule, discrètement, mais il se répand vraiment. Parce qu’il sait rester vrai tout en nous emmenant dans l’Imaginaire, René Hausman a su toucher nos âmes de passionnés.

Des héroïnes au physique particulier

Autre point commun dans les bandes dessinées d’Hausman cette façon de se représenter l’idéal féminin qui est loin des canons de beauté « à l’américaine ».
Ici pas de grande blonde pulpeuse mais plutôt de petites brunes un peu potelées. Et lorsqu’on sait que la sensualité réside dans la chair, ces petites héroïnes pourraient bien pousser à quelque péché! La sensualité et un certain érotisme ne sont donc pas absents. Discrets chez Laïyna, ces aspects se font particulièrement présents dans Les trois cheveux blancs (Le sexe étant même une trame primordiale à l’histoire!).
Et pourquoi surtout des brunes? Sans entrer dans les goûts personnels de René Hausman (mais il y a de ça, sans doute), l’auteur s’est inspiré, pour Laïyna, d’un personnage de La Source d’Ingmar Bergman. Il s’agit de la servante de l’héroïne. Cette jeune femme brune, enceinte et sorcière… Le rapprochement physique est certain, Laïyna a tout de cette “sauvageonne”.

On ne saurait trop recommander aux passionnés des mondes féeriques de compter au nombre de leurs trésors les albums dessinés par Hausman. C’est un style unique auquel on prend très vite goût. Bien entendu, il faut vous mettre en garde. Entre les bandes dessinées et les illustrations, il n’y a qu’un pas. Vous vous retrouverez rapidement ensorcelés, courant d’expositions à festivals, de magasins spécialisés à brocantes, à la recherche éperdue de quelque ex-libris, sérigraphie ou affiche signée Hausman. Comme si ce joueur de Cornemuse (voir notes) avait composé une mélodie insolite, charme magique pour vous envoûter et mener votre âme à rechercher toute entrée vers un royaume invisible et pourtant si présent…

– pour ceux que les coquineries intéressent, la période Fluide Glacial d’Hausman se retrouve dans un album intitulé: « Allez couché, sale bête! », aux éditions Dupuis, 1991.
– René Hausman est un artiste pluridisciplinaire comme on les aime ! Illustrateur, sculpteur, il est également musicien. A son actif un disque paru chez Alpha en 1974 : Les Pêleteus.
– René Hausman a décoré un restaurant à Verviers (Belgique), situé rue Pont-Saint-Laurent. A l’Ogre de Barbarie, on y mange bien (surtout les moules !) et on se délecte du décor…
– Un site où vous pourrez découvrir de nombreuses oeuvres d’Hausman :
http://www.ifrance.com/bdeuro/hausman/
– Enfin, pour ceux qui aiment à remonter les courants, René Hausman a pour maîtres à penser : Calvo (surtout!), Rabier, Pellos Gus Bofa et Trnka


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