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	<title>Peuple féerique - Le petit monde des fées, elfes, lutins, gnomes et dragons &#187; interview féerique</title>
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	<description>Fées, lutins, elfes, gnomes, dryades, sylves, ondines, sirènes, korrigans, trolls, géants, dragons et autres créatures féeriques</description>
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		<title>La Grande Interview de l’Elficologue Pierre Dubois – extrait n°6</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Apr 2011 15:30:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[LA GRANDE INTERVIEW DE L’ELFICOLOGUE. L’ami des Nains, Gobelins, Pixies, Elfes, Fées, Ondines, Changelins, Kabouters, Tomtes, Gnomes, Géants, Sorcières, Ogres, Lavandières, Diablotins, Puck, Titiana, ]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Dubois]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans cette nouvelle partie de la Grande Interview de l’Elficologue, nous retrouvons Pierre Dubois sur les bancs de son école d’Art non dénué de coquineries… Richard Ely : Tu as fait de la gravure ? Pierre Dubois : J’ai commencé en déco, plâtre puis en gravure. Parce que la gravure me permettait de raconter des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/PierreDubois2011.jpg" rel="lightbox[4696]" title="PierreDubois2011"><img class="aligncenter size-full wp-image-4270" title="PierreDubois2011" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/PierreDubois2011.jpg" alt="" width="325" height="496" /></a></p>
<p><em><strong>Dans cette nouvelle partie de la Grande Interview de l’Elficologue, nous retrouvons Pierre Dubois sur les bancs de son école d’Art non dénué de coquineries…</strong></em></p>
<p><strong>Richard Ely</strong> : Tu as fait de la gravure ?</p>
<p><strong>Pierre Dubois</strong> : J’ai commencé en déco, plâtre puis en gravure. Parce que la gravure me permettait de raconter des histoires. Je dessinais à la plume, à l’encre. C’est pour ça que j’écris toujours à la main, je ne tape pas, moi j’écris à la main. J’écris presque comme je dessine et je dessine presque comme j’écris. Je me raconte des histoires en dessinant… J’étais pas un bon élève mais j’ai continué d’avancer dans ce que je voulais faire. Et ce Barriau l’avait bien compris. Un jour, il m’a demandé ce que je voulais qu’il m’apprenne. Je lui ai dit que je voulais apprendre à boire, parce qu’il buvait toujours du vin, et à « trouver le trou ». J’avais une petite amie plus âgée et j’étais empêtré… Je me débrouillais mal. Du coup, il m’enfermait avec cette jeune personne dans la réserve à plâtre pendant que les autres dessinaient. Pendant que les autres travaillaient, moi je m’escrimais à faire l’amour. C’est assez marrant qu’un prof te couvrait comme ça.<br />
Un jour, il m’a fait un tour. Disant qu’il n’avait pas la clé de la réserve à plâtre, il m’a proposé d’aller dans le bureau du directeur soi-disant absent. C’était Jules France. On a donc utilisé le bureau, la demoiselle avait ses pieds sur mes épaules et le directeur est arrivé. Et il a crié « <em>Dubois, qu’est-ce tu fais là ?</em> » Et comme j’avais un soulier tout près de moi je lui ai répondu : « <em>Je lui remets son soulier</em> ». Et il m’a dit de lui remettre son soulier huit jours dehors. J’ai donc été viré huit jours alors que finalement il aurait pu me virer. C’étaient les Beaux-Arts d’autrefois, y avait un esprit d’atelier. Ils m’avaient pris à la bonne finalement.<br />
Après les Beaux-Arts, j’ai donc fait ce service militaire puis rencontré Seignolle. Il ne m’a pas pris sous son aile. Je cherchais pas quelqu’un qui m’aide à trouver un éditeur mais il m’a écouté, a lu mes histoires, m’a présenté deux, trois gars, notamment la revue <a href="http://www.jahsonic.com/Vampirella.html"><em>Vampirella</em></a>, puis <a href="http://berniesblog.hautetfort.com/archive/2010/06/27/eerie-1-publicness.html"><em>Eerie</em> </a>dans lesquelles il faisait des nouvelles que j’ai illustrées… Il faut reconnaître qu’il s’est toujours passé des trucs bizarres, c’est pour ça que je crois aux récits initiatiques des contes de fées car si tu suis ton chemin… Dans <em>le Changeling</em> par exemple, on dit toujours va où te conduisent tes pas. C’est un peu ça. Je vais pas te raconter toute ma vie, pas très drôle. Mais j’ai, à cause d’un tas de péripéties, de malheurs, de deuils, j’ai quitté Valenciennes, je suis parti. J’ai fait un tour de France, j’ai fais du collectage. Seignolle m’avait dit comment il avait fait du collectage chez les vieux, etc.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/eerie02.jpg" rel="lightbox[4696]" title="eerie02"><img class="size-full wp-image-4698 aligncenter" title="eerie02" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/eerie02.jpg" alt="" width="272" height="400" /></a></p>
<p><strong>Richard Ely</strong> : C’est l’exemple de Seignolle qui t’a donné l’envie de faire pareil ? Mais au départ, c’était donc assez large, tu n’étais pas encore dans les fées et lutins…</p>
<p><strong>Pierre Dubois</strong> : Non, c’était le fantastique au sens large. Y avait des histoires de sorciers, meneurs de loups, fantômes, loups-garous mais bien entendu aussi de fées… J’étais très attiré par les histoires de fantômes d’autant que j’avais perdu quelqu’un de cher. La femme que je devais épouser a été tuée le jour de mon mariage dans un accident de voiture. Le jour du mariage en allant chercher sa robe de mariée, ça, ça te marque. J’avais besoin d’histoires, de savoir que la mort, la vie ne finissait pas. J’avais aussi fait un peu de protection de rapaces, j’habitais dans un petit village avec des oiseaux, des faucons et j’avais rencontré une jeune fille qui jouait joliment de la flûte, qui avait un côté fée sauvage, qui parlait aux oiseaux… J’ai commencé à faire du collectage et à écrire des histoires sur papier parchemin, illustré, tout à la plume d’oie.</p>
<p>J’ai commencé à faire du collectage, à récupérer des histoires et à écrire des histoires. J’ai écris sur du papier parchemin illustré, écrit à la plume d’oie et j’ai essayé de trouver un éditeur et c’était <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Pauvert">Pauvert</a>. J’ai décidé d’aller voir Pauvert. J’ai écris une histoire.. « <em>Monsieur Pauvert, j’aimerais vous rencontrer pour écrire, vous lire une histoire </em>»…</p>
<p><strong>Richard Ely</strong> : Et pourquoi Pauvert ?</p>
<p><strong>Pierre Dubois </strong>: Parce qu’à l’époque, y avait que lui et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Losfeld">Losfeld</a> pour éditer du fantastique, Sade, des bouquins bizarres, étranges. Losfeld faisait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Midi_Minuit_Fantastique">Midi Minuit fantastique</a>. Pauvert avait sorti <em>Alice au pays des merveilles</em> avec des dessins de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Tenniel">Tenniel</a>, donc je me reconnaissais là-dedans. Evidemment il a du se dire : « <em>qui est ce petit branleur qui veut me lire son histoire sur des dimensions de papier et deo gratias</em> ». J’avais deux histoires. Et des nouvelles fantastiques. Comme il m’a répondu que « <em>non, on ne donne pas de rendez-vous comme ça, envoyez nous votre manuscrit</em> ». J’ai pris un carton à dessin, j’ai rassemblé du papier et j’ai dessiné un faux de son catalogue. Il avait un catalogue bien particulier en hauteur comme ça avec marqué Jean-Jacques Pauvert. Moi j’ai marqué Pierre Dubois et j’ai fait une espèce de fac-similé, une copie de son truc avec des gravures où je citais mon bouquin de 325 pages un truc comme ça. Autre ouvrage probable, beau carton toilé avec trois ficelles une au-dessus, une au milieu. Tu vois, je me fichais de sa gueule en même temps et finalement ça l’a amusé et il m’a donné rendez-vous. Et je lui ai amené mon bouquin qui était un grimoire en parchemin, avec des signets, des feuilles d’arbre dedans, des bouts de racine, de la mousse, des plumes. Il m’a demandé ce que c’était, s’il pouvait le garder. Moi j’ai refusé, mais je lui ai lu. Il m’a dit que c’était un jardin, avec de belles choses, de belles pousses mais aussi des orties, des broussailles, qu’on s’y perdait un peu. « <em>Faudrait faire des sentiers, élaguer, tracer des sentiers sinon vos belles fleurs on risque pas de les voir. Revenez me voir plus tard </em>». Voilà ma première rencontre avec un éditeur. Après il y eut le service militaire, la rencontre avec Seignolle, puis le collectage des légendes…<br />
Entre-temps, j’étais retourné voir cette amie, j’avais un corbeau à l’époque sur l’épaule, qui s’appelait Nao. Et j’avais un copain, libraire sur Lille, Favreau, bouquiniste, qui m’aimait bien. Ses parents m’avaient acheté des dessins. Il m’a présenté un gars qui s’appelait Pierre Dupriez, il était auteur, producteur, il a écrit des choses. C’était un enthousiaste, un gars adorable, charmant, qui avait un beau poste aux PTT mais qui était passionné par le fantastique. Il avait un ton de voix formidable. Il adorait aussi la littérature populaire… Il venait sans arrêt chez ce bouquiniste où on trouvait encore des <em>Harry Dickson</em> en fascicules. Et je l’ai amusé avec ma cape noire, mon corbeau et tout ça. Et il a vu mes dessins qu’il a bien aimés. Et comme il connaissait <em>Eerie, Creepy, Vampirella,</em> Seignolle, qu&#8217;il avait vu mes dessins&#8230; il a fait une émission sur moi en radio. Et lors de cette émission, il y avait Catherine Clesse, réalisatrice de l’émission, elle avait mis en ondes cette émission. Et elle m’a demandé si dans le Nord il y avait suffisamment d’histoires pour faire une série d’émissions sur la sorcellerie, la magie, le folklore. Oui, j’ai dit qu’on pouvait même faire un an, et puis y avait la Belgique à côté avec ses géants, y a <a href="http://www.mons.be/default.aspx?GUID={EC0B8C13-BCC4-48BB-9681-5E54D2C6DAE7}&amp;LNG=FRA">Mons et le dragon</a>, le bouzouc à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Berlaimont">Berlaimont</a>. Et je suis rentré à l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Office_de_radiodiffusion_t%C3%A9l%C3%A9vision_fran%C3%A7aise">ORTF</a> à l’époque et au lieu de faire un an, j’y suis resté trente ans.</p>
<div id="attachment_4705" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/maisondubois05.jpg" rel="lightbox[4696]" title="maisondubois05"><img class="size-full wp-image-4705" title="maisondubois05" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/maisondubois05.jpg" alt="" width="500" height="448" /></a><p class="wp-caption-text">La maison de Pierre, ferme labyrinthique où en chaque pièce des dizaines de lutins se jouent des milliers d&#39;objets entassés...</p></div>
<p><strong>Richard Ely</strong> : Tu as donc vécu d’émissions radio et TV sur le légendaire ?</p>
<p><strong>Pierre Dubois </strong>: Sur le légendaire pendant trente ans, oui. C’est pour ça que quand on me demande si les fées existent, je dis oui, c’est clair !<br />
Si tu veux, j’ai fais des émissions de radio, de toutes les sortes mais pratiquement toujours sur le fantastique. J’ai eu une émission qui s’appelait <em>Histoires pour les veillées </em>où j’allais faire du collectage avec un magnétophone et un technicien. On allait dans les campagnes et comme j’étais d’une nature à accrocher facilement avec les gens je leur racontais quelques histoires et ils m’en racontaient d’autres. J’ai fait des tonnes d’émissions dans le genre avec Jeanne Devos par exemple, maintenant il y a <a href="http://wormhout.pagesperso-orange.fr/a_voir/musee.htm">un musée Jeanne Devos</a> près de Bergue, à Wormhout ça a été une amie, elle habitait un vieux presbytère. C’est devenu un musée chez elle et quand j’y vais, ça me fait drôle parce que j’ai dormi là, j’ai mangé là, là où on vient voir cette cuisine à la flamande. J’ai fait des émissions là-dessus, elle m’avait emmené voir un château hanté, hanté par le <a href="http://chateau-de-steenbourg.com/index.html">Zylof de Steenbourg</a>. J’ai rencontré des personnages étonnants, des auteurs bien sûr… Alors j’avais cette émission, je faisais les interviews mais les textes également. Après, j’ai fait des pièces radiophoniques, et après des émissions plus longues le soir dont une émission sur Jean Ray. C’est-à-dire que tous mes goûts littéraires, tous les gens que j’admirais, j’ai pu les rencontrer à partir de là, j’ai pu faire des émissions sur Paul Delvaux, André Delvaux, Félix Labissse, Vandewattyne, tout m’était ouvert. J’ai commencé à écrire de plus en plus et Catherine Clesse… En fait, j’avais une forme de complexe n’ayant pas été longtemps à l’école, j’avais du mal à me plier à certaines exigences et puis, surtout, je profitais de l’antenne pour balancer ce que j’avais envie de balancer sur les tyrans, les injustices. Catherine essayait de ménager tout ça, elle a été absolument adorable et elle m’a aidé aussi dans la mesure où elle m’a fait lire des bouquins, m’a fait écouter des choses, des musiciens, Stravinsky, Debussy, Ravel que j’aimais sans connaître. Et aussi, je faisais énormément de fautes d’orthographe et en radio ça ne se voyait pas. J’avais le vocabulaire, la musique mais je faisais des fautes d’orthographe et j’ai appris à écrire, j’ai fait des pièces radiophoniques, j’ai eu des prix. La maison que tu vois a été achetée grâce à mes pièces.</p>
<div id="attachment_4703" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/bureaudubois07.jpg" rel="lightbox[4696]" title="bureaudubois07"><img class="size-full wp-image-4703" title="bureaudubois07" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/bureaudubois07.jpg" alt="" width="500" height="335" /></a><p class="wp-caption-text">Le bureau: la pièce où les histoires naissent...</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p><strong>Richard Ely</strong>: Ça veut dire quoi, elle corrigeait tes textes, te forçait à revoir la syntaxe, etc ?</p>
<p><strong>Pierre Dubois </strong>: Oui, elle me corrigeait et puis à force d’écrire, de lire, j’ai commencé à comprendre certaines manières décrire. Un peu comme Jean Ray aussi, certains tiquent sur quelque unes de ses phrases qui ne sont en bon français. Après tout, il était flamand ! Mais il avait sa manière d’écrire comme moi, j’ai forgé la mienne. Le mot autodidacte, moi je l’aime bien. Très souvent, tu as des profs de littérature qui ne savent pas écrire parce qu’ils voient partout des références, ils sont bétonnés, ils sont cloisonnés, c’est devenu un travail plus un plaisir. J’ai eu une amie comme ça, son père était mon prof d’anglais et il ne voyait pas d’un très bon œil que je sorte avec sa fille. Pour lui, j’étais un mauvais élève… Sa fille, c’était une universitaire… Encore aujourd’hui, je l’ai revue des années après, elle m’a dit &laquo;&nbsp;<em>tiens il paraît que c’est bien ce que tu écris, j’ai une amie universitaire qui m’a dit que ton point de vue sur les fées était très correct, bien mieux que ce que d’autres peuvent écrire sur le sujet&nbsp;&raquo;</em>. Merci ! Elle avait le droit du haut de sa chaire de me dire que c’était bien.</p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/bureaudubois08.jpg" rel="lightbox[4696]" title="bureaudubois08"><img class="aligncenter size-full wp-image-4704" title="bureaudubois08" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/bureaudubois08.jpg" alt="" width="500" height="747" /></a></p>
<p><strong>Richard Ely</strong> : On peut dire aussi que c’est en radio que tu as développé cette musicalité et cette richesse de vieux mots ?</p>
<p><strong>Pierre Dubois </strong>: Oui, tout a fait, et j’écris tout haut. Je peux parfois passer une heure sur une phrase… J’ai emmagasiné une nombre infini de vieux mots, il y a en moi comme un humus dans lequel je vais puiser. Tu m’avais demandé d’amener trois objets, un des objets est ma maison. Parce qu’il y a plein d’objets dedans justement. J’ai besoin d’énormément d’objets autour de moi, des objets, des images. Si je me mets à écrire le changeling, ou les comptines assassines, si je prends Jack l’éventreur, je mets une musique adéquate, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gavin_Bryars">Gavin Bryars,</a> que j’écoute en boucle jusque quand la magie commence et je mets tout autour des objets qui me rappellent Whitechapel, des photos du London Hospital, un sifflet de flic de l’époque victorienne. Je vais fumer du tabac… Si je reviens au Moyen-Âge, je vais regarder des films de Robin de bois, du seul film, <em>La rose et la flèche </em>de Lester avec Sean Connery et Hepburn, ou encore les Eroll Flynn, écouter de la musique moyenâgeuse, je vais me mettre une flèche devant les yeux, une corne, un olifant, je vais me mettre de la mousse, du feuillage, des choses comme ça… Tu as vu où j’écris, c’est vraiment un capharnaüm en plus je ne touche pas à la poussière, aux toiles d’araignée, c’est vraiment mon antre, là où j’alchimise. Et quand j’écris, j’ai justement l’impression que ce sont des formules magiques qui traduisent mon état d’esprit ou pour capter l’histoire. C’est pour ça que je n’envoie pas les écrits à mes éditeurs, ils n’auront jamais un texte tapé, ils auront un texte écrit à la main sur papier quadrillé. J’essaye d’écrire au mieux, il y a vraiment une magie à atteindre. Donc si tu veux, j’ai appris à écrire, je n’ai été influencé que par mes lectures et les auteurs que j’ai choisis. Un bouquin bien écrit est un livre qui me donne une belle musique. Comme les héros de mon enfance, les auteurs m’ont influencé. Comme dans un beau paysage, ton âme va s’élever&#8230; Alors évidemment un mec qui écrit de l’écriture blanche, ça le dérange pas de taper sur l’ordinateur, il est dans un bureau qui ressemble à un ordinateur, il vit dans une ville qui ressemble à un ordinateur. C’est vraiment pas mon truc.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/roseetfleche.jpg" rel="lightbox[4696]" title="roseetfleche"><img class="aligncenter size-full wp-image-4701" title="roseetfleche" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/roseetfleche.jpg" alt="" width="377" height="501" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/2011/03/21/la-grande-interview-de-l%e2%80%99elficologue-pierre-dubois-%e2%80%93-extrait-n%c2%b05/">&lt;&lt; Précédent</a> – <a href="http://peuple-feerique.com/2011/07/08/la-grande-interview-de-l%e2%80%99elficologue-pierre-dubois-%e2%80%93-extrait-n%c2%b07/">L&#8217;interview de Pierre Dubois, Suite &gt;&gt;</a></p>
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		<title>L&#8217;interview video de Pascal Moguérou sur CapCanal</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Mar 2011 12:11:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[Illustrateurs]]></category>
		<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[Pascal Moguérou]]></category>

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		<description><![CDATA[Un très intéressant reportage sur Pascal Moguérou est visible sur le site de CapCanal. C&#8217;est par ici !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un très intéressant reportage sur Pascal Moguérou est visible sur le site de CapCanal. <a title="Interview de Pascal Moguérou sur CapCanal" href="http://www.capcanal.com/video.php?rubrique=3&amp;emission=10&amp;key=5Gndvof6yY">C&#8217;est par ici !</a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/pascalmogueroutv.jpg" rel="lightbox[4530]" title="pascalmogueroutv"><img class="size-full wp-image-4531 aligncenter" title="pascalmogueroutv" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/pascalmogueroutv.jpg" alt="" width="300" height="241" /></a></p>
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		<title>La Grande Interview de l&#8217;Elficologue Pierre Dubois &#8211; extrait n°1</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Jan 2011 09:26:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
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		<category><![CDATA[LA GRANDE INTERVIEW DE L’ELFICOLOGUE. L’ami des Nains, Gobelins, Pixies, Elfes, Fées, Ondines, Changelins, Kabouters, Tomtes, Gnomes, Géants, Sorcières, Ogres, Lavandières, Diablotins, Puck, Titiana, ]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Dubois]]></category>

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		<description><![CDATA[C’était un jour d’été 2010, le voyage n’avait duré que le temps d’un battement de paupière et je me retrouvais en pays enchanté. Dans son royaume du Nord, Pierre le Barbu vit au milieu des objets et livres qu’il apprécie tant. C’est donc au coeur de son dédale, de sa caverne d’Ali Baba, de son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/PierreDubois2011.jpg" rel="lightbox[4309]" title="PierreDubois2011"><img class="aligncenter size-full wp-image-4270" title="PierreDubois2011" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/PierreDubois2011.jpg" alt="" width="222" height="340" /></a></p>
<p><strong>C’était un jour d’été 2010, le voyage n’avait duré que le temps d’un battement de paupière et je me retrouvais en pays enchanté. Dans son royaume du Nord, Pierre le Barbu vit au milieu des objets et livres qu’il apprécie tant. C’est donc au coeur de son dédale, de sa caverne d’Ali Baba, de son antre de dragon, de cette ferme entourée d&#8217;un jardin sauvage où coule une rivière que nous l&#8217;avons rencontré. Il avait été accueilli en mon <a href="http://www.pays-des-collines.be">Pays des Collines</a> bien des années auparavant et y avait laissé sa marque. C’était donc au collinard que je suis de venir lui rendre visite cette fois, non sans lui rappeler les bons souvenirs d’<a href="http://www.ellezelles.com/">Ellezelles</a> et sa région sous la forme d’une délicieuse <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tarte_au_maton">tarte au maton</a> et de quelques bières <a href="http://www.brasserie-ellezelloise.be">Quintine, bière des sorcières</a>… Ce matin-là, le soleil brillait et l’<a href="http://www.tourisme-avesnois.com">Avesnois</a> avait comme un air enchanteur et enchanté… Ce matin-là, je me trouvais devant la porte de l’Elficologue pour un long entretien autour des livres et objets qu’il affectionne tout particulièrement. Après avoir longtemps <a href="http://peuple-feerique.com/?s=Pierre+Dubois">exploré ses oeuvres</a></strong><strong>, l&#8217;avoir interrogé sur <a href="http://peuple-feerique.com/2008/08/31/pierre-dubois-lelficologue/">ses productions</a> comme dernièrement la série de <em><a href="http://peuple-feerique.com/2010/06/07/rencontre-avec-pierre-dubois-et-xavier-fourquemin-autour-du-changeling/">La Légende du Changeling</a></em> avec Xavier Fourquemin</strong><strong>,</strong><strong> je décidai de m&#8217;attarder sur ses coups de coeur et ses inspirations. Une journée inoubliable partagée maintenant avec vous tous. Au vu de la longueur, j’ai choisi de publier extrait par extrait, ce qui vous permettra de passer quelques semaines, voire quelques mois en compagnie de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Dubois_(auteur)">Pierre Dubois</a>, ce qui est plutôt agréable, n’est-ce pas ?</strong></p>
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<div id="attachment_4322" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><strong><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/avesnois01.jpg" rel="lightbox[4309]" title="avesnois01"><img class="size-full wp-image-4322" title="avesnois01" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/avesnois01.jpg" alt="" width="500" height="423" /></a></strong><p class="wp-caption-text">L&#39;esprit du lieu, cher à Pierre Dubois, se devine aisément dans les paysages de l&#39;Avesnois...</p></div>
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<p><strong><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/avesnois02.jpg" rel="lightbox[4309]" title="avesnois02"><img class="aligncenter size-full wp-image-4323" title="avesnois02" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/avesnois02.jpg" alt="" width="500" height="335" /></a></strong></p>
<div id="attachment_4324" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><strong><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/portedubois.jpg" rel="lightbox[4309]" title="portedubois"><img class="size-full wp-image-4324" title="portedubois" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/portedubois.jpg" alt="" width="500" height="747" /></a></strong><p class="wp-caption-text">La porte d&#39;entrée a comme un air du vieux londres plein de mystères...</p></div>
<p><strong><br />
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<p><strong>Pierre Dubois</strong> : Le goût, l’amour des livres m’est venu vraiment tout de suite. Je suis né entre les pages d’un bouquin pratiquement. J’ai tout de suite été fasciné par le livre, Il y en avait très peu à la maison… Mais dans ma petite enfance, tout de suite, je me souviens du premier que je devais avoir, cela devait être <a href="http://www.bedetheque.com/serie-16498-BD-Bibiche.html">Bibiche</a>. Bibiche Bonne nuit et je rêvais sur Bibiche  sur cette espèce de petite fille, je ne me souviens plus très bien évidemment mais  j’ai encore des images vagues… J’étais un embryon pratiquement. Et puis il y avait Perlette, <a href="http://www.flickr.com/photos/taffeta/sets/72157624822275362/">Perlette goutte d’eau</a>.  L’histoire d’une petite goutte d’eau. Des livres d’alphabet.  Certainement des illustrés, on ne disait pas bande dessinée à l’époque.  Et même le dictionnaire, tout ce que je pouvais lire. J’ai donc des images comme ça… Et le poids du livre m’intéressait, j’étais fasciné par le livre.  Ce qui fait que je n’ai jamais trop fait la différence avec la grande littérature avec une centaine d’lllllllll  et la littérature de genre. Je crois que  quand Melville a écrit <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Moby_Dick">Moby Dick</a></em>… peut-être que s’il venait aujourd’hui avec son livre sous le bras chez un éditeur, l’éditeur, pour que cela rentre dans sa collection, lui dirait que comme c’est une chasse à la baleine, on va le faire dans la collection de la « vie quotidienne des harponneurs du Nantucket au XIXe siècle ». A ce moment-là vous me gommez toute la partie philosophique avec le capitaine Achab, les états d’âme du capitaine Achab et d’Ismaël, vous me balancez ça. Ah non, c’est un truc psychologique ? La baleine, c’est un symbole ? Alors, c’est autre chose… Alors vous me gommez toute la chasse à la baleine. On conserve les états d’âme de Starbuck et du capitaine Achab et on sort un Gallimard collection blanche.</p>
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<div id="attachment_4325" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/pierreduboiselficologue.jpg" rel="lightbox[4309]" title="pierreduboiselficologue"><img class="size-full wp-image-4325" title="pierreduboiselficologue" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/pierreduboiselficologue.jpg" alt="" width="500" height="400" /></a><p class="wp-caption-text">Une conversation entamée dans le jardin...</p></div>
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<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/Bibiche.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/Bibiche.jpg" rel="lightbox[4309]" title="Bibiche"><img class="aligncenter size-full wp-image-4310" title="Bibiche" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/Bibiche.jpg" alt="" width="340" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/perlette01.jpg" rel="lightbox[4309]" title="perlette01"><img class="aligncenter size-full wp-image-4311" title="perlette01" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/perlette01.jpg" alt="" width="384" height="346" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/Perlette.jpg" rel="lightbox[4309]" title="Perlette"><img class="aligncenter size-full wp-image-4312" title="Perlette" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/Perlette.jpg" alt="" width="384" height="347" /></a></p>
<p><strong>Richard Ely</strong> : Ça veut dire qu’aujourd’hui, tout te semble compartimenté ?</p>
<p><strong>Pierre Duboi</strong><strong>s</strong> : Oui, c’est compartimenté et ça m’emmerde ! Je peux prendre autant de plaisir à lire un policier, un thriller qu’un roman littéraire. Par exemple, j’aime beaucoup ce que fait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lapouge">Lapouge</a>. Alors c’est de la littérature ? De l’aventure ? Pour moi, c’est de l’aventure littéraire, ça me passionne plus qu’un Sagan qui m’enquiquine. Comme le dit très bien <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Le_Bris">Le Bris</a> c’est de la « littérature trois pièces cuisine », à qui on va donner des prix. C’est le livre qui m’intéresse. Donc, je ne fais pas trop de différence entre le fantastique et les autres.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/moby_dick.jpg" rel="lightbox[4309]" title="moby_dick"><img class="aligncenter size-full wp-image-4314" title="moby_dick" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/moby_dick.jpg" alt="" width="286" height="424" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em><a href="http://peuple-feerique.com/2011/01/14/la-grande-interview-de-l’elficologue-pierre-dubois-–-extrait-n°2/">Interview de Pierre Dubois, Suite &gt;&gt;<br />
</a></em></p>
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		<title>Marie-Charlotte Delmas sous le signe des Dragons&#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Nov 2010 09:20:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[dragon]]></category>
		<category><![CDATA[dragons]]></category>
		<category><![CDATA[fée]]></category>
		<category><![CDATA[fées]]></category>
		<category><![CDATA[Marie-Charlotte Delmas]]></category>

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		<description><![CDATA[Paru en octobre aux éditions Fetjaine, &#171;&#160;Le Légendaire des Dragons&#160;&#187; nous emmène à travers la France, la Belgique et la Suisse sur les traces de cet animal aussi fabuleux que fascinant. Marie-Charlotte Delmas en dresse le portrait en empruntant les pas et les écrits de nombreux témoins et folkloristes qui l&#8217;ont précédée. C&#8217;était l&#8217;occasion de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Paru en octobre aux <a href="http://www.fetjaine.com/">éditions Fetjaine</a>, &laquo;&nbsp;Le Légendaire des Dragons&nbsp;&raquo; nous emmène à travers la France, la Belgique et la Suisse sur les traces de cet animal aussi fabuleux que fascinant. Marie-Charlotte Delmas en dresse le portrait en empruntant les pas et les écrits de nombreux témoins et folkloristes qui l&#8217;ont précédée. C&#8217;était l&#8217;occasion de poser quelques questions à l&#8217;auteure&#8230;</h3>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/legendairedragons.jpg" rel="lightbox[4204]" title="legendairedragons"><img class="size-full wp-image-4063  aligncenter" title="legendairedragons" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/legendairedragons.jpg" alt="" width="252" height="326" /></a></p>
<p><strong>Le légendaire des dragons se limite à la France, avec un peu de Belgique et de Suisse. Quelle est la raison qui a déterminé ce sujet précis?</strong></p>
<p>Je n’aime pas survoler les thèmes que j’aborde, et sans vouloir prétendre à l’exhaustivité, j’essaie le plus possible de m’en rapprocher. La France étant déjà très riche en légendes de dragons, je ne pouvais pas embrasser un territoire trop large. A nos frontières, la Belgique et la Suisse se sont avérés être les pays qui apportaient le plus d’originalité quant à leur relation au dragon. Par ailleurs, il faut se méfier lorsqu’on traite ce type de sujet de surfer sur les continents car la culture et les systèmes de représentation sont différents. </p>
<p><strong>L&#8217;introduction situe les dragons à l&#8217;origine, à la création du monde au travers les mythologies influentes de notre monde occidental. Mais d&#8217;où vient finalement cette figure du serpent mythique ? Pourquoi a-t-il eu autant d&#8217;importance ?</strong></p>
<p>J’aimerais bien le savoir… Il y a différentes théories que j’évoque dans l’ouvrage et que je ne vais pas détailler ici, mais aucune, à ce jour, ne fait l’unanimité, et pour cause. Il y a toujours un risque à vouloir expliquer de façon univoque des croyances qui ressortent d’autres systèmes de pensée (religieux, culturel) et des récits qui sont produits dans des contextes différents et qui ont aussi des fonctions différentes.</p>
<p><strong>Vous consacrez un paragraphe de l&#8217;introduction au christianisme. Comme pour beaucoup de croyances païennes, le christianisme a joué un grand rôle de transformateur de mythes. En résumé, quelle était l&#8217;image du dragon avant et après le point de vue de l&#8217;Église ?</strong></p>
<p>Les dragons ont subi, comme la plupart des divinités des religions antiques, un reversement symbolique. Tu es dieu, tu deviendras démon !</p>
<p><strong>L&#8217;ouvrage vous a-t-il demandé beaucoup de temps? Comment avez-vous procédé pour le choix des légendes par région ?</strong></p>
<p>Il m’est toujours difficile de répondre à votre première question. La mise en forme du livre et le choix des légendes m’ont demandé un an de travail, mais cela fait plus de vingt ans que je fais des recherches sur les discours liés au surnaturel et que je collecte, dépouille, classe des centaines (voir probablement plus, je n’ai pas compté mes fiches) d’articles sur tous les êtres et les phénomènes surnaturels. Pour le choix des légendes, je procède toujours de la même façon. Premièrement, donner un éventail le plus large possible qui prend en compte la diversité des approches, montrer, le cas échéant, la récurrence de certains récits ou thèmes. Deuxièmement, aller chercher et publier les récits « source », en évitant les ouvrages de compilation qui abondent au fils du temps, se reprenant l’un l’autre, et finissent parfois par déformer l’histoire initiale.</p>
<p><strong>Vous assimilez au dragon les autres figures de serpent, vouivre, cocadrille, etc. Tout ceci ressort de la même essence ?</strong></p>
<p>Oui, je pense que les vouivres, les cocadrilles et tous les serpents fabuleux sont des formes plus modernes et folklorisées de dragons.</p>
<p><strong>Vous êtes parti de textes anciens, il aurait été intéressant de relier les légendes à certaines manifestations actuelles, folkloriques ou culturelles. Seriez-vous intéressée de partir sur les traces des dragons d&#8217;aujourd&#8217;hui? En avez-vous l&#8217;intention ?</strong></p>
<p>Je vais probablement vous décevoir, mais non, cela ne m’intéresse pas. Le dragon appartient désormais à la fiction et mon travail s’arrête aux croyances. Je laisse aux sociologues le soin de traiter ce sujet.</p>
<p><strong>Quelle est la légende qui vous a le plus marquée ?</strong></p>
<p>Voilà une question que me posent souvent les journalistes au sujet de mes anthologies et je suis toujours très ennuyée pour y répondre. Les textes, les légendes, sont pour moi des objets de travail. Chaque découverte d’un nouveau texte m’intéresse à défaut de me marquer. Si je devais avoir un petit penchant, ce serait pour les dragons populaires et les témoignages tardifs concernant les basilics ou les vouivres.</p>
<p><strong>La Suisse affiche un caractère particulier, ce sont des témoignages que vous présentez&#8230; A-t-on eu une explication ou des hypothèses sur le phénomène du dragon suisse ?</strong></p>
<p>D’abord, il faut savoir que les légendes populaires proviennent généralement de témoignages, de mémorats comme nous les appelons, qui se transforment au fil du temps. Si nous possédons autant de témoignages sur les « petits dragons » suisses, c’est tout simplement parce que des  naturalistes s’y sont intéressés et ont publié des livres sur ce sujet. Mais je n’ai aucun doute sur le fait que nous aurions pu collecter le même type de témoignages en France, par exemple. Quant à l’explication, j’ai en effet un début d’hypothèse qui englobe d’autres types de phénomènes (célestes en particulier), mais patience, tout cela va faire l’objet d’une prochaine étude…</p>
<p><strong>Le dragon est une créature qu&#8217;on associe souvent au feu à cause des flammes qu&#8217;il crache, à l&#8217;air parce qu&#8217;il possède souvent des ailes mais n&#8217;est-il pas d&#8217;abord une créature de l&#8217;eau ?</strong></p>
<p>Le dragon est un être ou un animal chthonien, et à ce titre il peut être rattaché à tous les éléments de la terre. Il vit sous la terre, rôde dans les marais, nage dans les fleuves et vole dans le ciel.</p>
<p><strong>Pour vous, personnellement, que représente le dragon ?</strong></p>
<p>Joker ! Le dragon en temps que tel est un animal hybride qui a évolué au fil du temps. L’image que nous en avons aujourd’hui, fixée par la littérature et l’imagerie, ne rend pas compte de sa diversité. Pour pouvoir répondre à votre question, il faudrait non pas prendre en compte « le dragon », mais chaque dragon particulier ou plutôt chaque type de dragons à chaque époque.</p>
<p><strong>Quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?</strong></p>
<p>Je travaille en parallèle sur plusieurs sujets dont je ne sais pas trop lequel sera abouti en premier. Je voudrais parvenir à terminer mon étude sur les sirènes, les hommes marins et les fées d’eau. Vaste sujet, qui à mon avis, n’a jamais vraiment été étudié sérieusement. En parallèle, je travaille aussi sur le passage du surnaturel au paranormal, et prépare un livre sur le phénomène des poltergeists (les fameux esprits frappeurs) qui va m’éloigner des livres illustrés et me rapprocher de mon travail de sémiologue. Je voudrais également publier un ouvrage sur les phénomènes célestes, mais c’est, peut-être, celui qui va le plus attendre. </p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en novembre 2010</em></p>
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		<title>Interview de Chloé Chamouton, sur les traces des  mystères du Doubs&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Sep 2010 08:46:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[Folklore & légendes]]></category>
		<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Chloé Chamouton]]></category>
		<category><![CDATA[De Borée]]></category>
		<category><![CDATA[Doubs]]></category>

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		<description><![CDATA[Les éditions De Borée ne se sont, une nouvelle fois, pas trompées en confiant à une jeune journaliste de 28 ans, Chloé Chamouton, l&#8217;enquête sur les mystères et croyances du Doubs qui allait aboutir à ce recueil d&#8217;histoires et de faits étranges. Les amateurs de féerie ne seront pas déçus, eux non plus, car la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Les éditions De Borée ne se sont, une nouvelle fois, pas trompées en confiant à une jeune journaliste de 28 ans, Chloé Chamouton, l&#8217;enquête sur les mystères et croyances du Doubs qui allait aboutir à ce recueil d&#8217;histoires et de faits étranges. Les amateurs de féerie ne seront pas déçus, eux non plus, car la part donnée aux fées et aux lutins est bien présente, elle ouvre même le bal où s&#8217;invitent la Tante Arie, la vouivre, ioutons et Feloutots. L&#8217;ouvrage recense de très nombreux lieux, légendes, faits, créatures dans un style contemporain et agréable, avec cette particularité d&#8217;ancrer dans les tournures l&#8217;ailleurs à l&#8217;ici, de partir d&#8217;une citation d&#8217;un philosophe ou d&#8217;un extrait de chanson pour vous emmener au-delà des apparences, dans le monde de l&#8217;Autre, du Rêve et de la Magie. Allez, pour la peine, nous vous offrons un petit échange avec l&#8217;auteure, sorte d&#8217;avant-goût avant de vous plonger dans la lecture des Mystères du Doubs&#8230;</h3>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://www.deboree.com/upload/photos/9782812901508.jpg" alt="" width="220" height="330" /></p>
<p><strong>La première chose à dire sur votre ouvrage est qu&#8217;il est dense ! En pages mais surtout en faits collectés. Combien de temps avez-vous mis pour sa réalisation et quelle a été votre méthode ?</strong><br />
J’ai mis un an pour réaliser cet ouvrage. J’ai commencé en mars 2009 pour rendre mon manuscrit en mars 2010. Je me suis inspirée de légendes qui avaient bercé mon enfance, de créatures qui sont des figures locales du patrimoine légendaire comtois (la Vouivre, Tante Arie, le basilic), puis effectué des recherches dans les ouvrages de folkloristes, de collecteurs et d’écrivains de la Franche-Comté (Gabriel Gravier, Camille Aymonnier, André Besson entre autres). J’ai passé du temps dans les bibliothèques et surfé sur le net. Et puis j’ai consulté les fées et les lutins… mais c’est un secret.</p>
<p><strong>Votre livre est publié chez de Borée dans la collection <em>Croyances et mystères</em></strong><strong>. Il existe aussi une collection <em>Contes &amp; Légendes</em></strong><strong> dont les sujets se ressemblent parfois, quelles étaient les consignes concernant votre ouvrage ?</strong><br />
La collection <em>Contes et Légendes</em> mise plus sur l’aspect tradition orale des légendes des régions et fait appel à des conteurs professionnels pour rédiger les livres. La collection <em>Croyances et Mystères</em> laisse une certaine liberté concernant la rédaction. L’idée étant de partir d’un mystère ou d’une croyance typique au département et d’en constituer une nouvelle, sorte de mini-fiction. La prétention de cet ouvrage n’est pas la retranscription authentique d’un fait légendaire, mais il s’agit de redonner vie à des croyances insolites parfois oubliées de nos mémoires et de les embellir par l’imagination.</p>
<p><strong>Vous semblez donner une importance primordiale à la féerie, celle-ci ouvre les chapitres du livre et l&#8217;on remarque sa présence dans l&#8217;introduction. Alors, le Doubs, une vraie terre féerique ou Chloé Chamouton est-elle une amie des fées ?</strong><br />
Je dirais, que je suis une amie des fées sur une vraie terre féérique, ce qui tombe plutôt bien. J’ai effectivement choisi de placer la féérie en début de l’ouvrage, car les créatures féériques (vouivre, dames blanches, tante Arie) font partie de tout un cortège de croyances populaires dans le Doubs. Si on parle de fée à un Comtois, il répondra Vouivre et Tante Arie immédiatement. Cela m’a donc semblé primordial de débuter l’ouvrage par les Fées. Et puis c’est toujours mieux de s’attirer la sympathie de ces gentes dames. C’était aussi une manière de placer l’ouvrage sous les bons augures féériques.</p>
<p><strong>Aux côtés de Tante Arie, des dames vertes, blanches et noires, d&#8217;autres créatures hantent le Doubs. Parlez-nous un peu de la Vogeotte&#8230;</strong><br />
La vogeotte, c’est un peu la croquemitaine comtoise du Doubs. La terreur des enfants. On invoque cette créature pour leur faire peur. C’est une sorte d’ondine à la peau verte et aux doigts en formes de crochets qui se cache sous un pont  dans le Doubs d&#8217;où elle essaie de saisir les enfants qui viennent au bord de l&#8217;eau et passent à sa portée pour ensuite les donner à manger à ses poissons. On suppose que cette légende avait pour but de prévenir les noyades chez les enfants trop curieux. C’est pour cette raison que les grands-mères disaient à leurs petits enfants « si tu n’es pas sage, on te donnera à la Vogeotte ». C’était assez efficace apparemment&#8230;</p>
<p><strong>Vous insistez aussi sur le fait de ne pas confondre Feloutot et Fouletot&#8230;</strong><br />
Oui ce serait un sacrilège. Mieux vaut nommer les choses par leur terme exact. Le feloutot est plutôt farceur, espiègle et rusé, aimant jouer des tours et « felouter ». Le fouletot lui est le sympathique lutin comtois que l’on trouve dans la forêt de Chaux en Franche-Comté.</p>
<p><strong>Vous citez Bachelard, Durand et d&#8217;autres anthropologues du symbolique, d&#8217;où vous vient cet attrait particulier pour l&#8217;imaginaire ?</strong><br />
Des réminiscences de mes 5 années d’études philosophiques..  Je suis titulaire d’un DEA de philosophie « imaginaire et rationalité » à l’université de Bourgogne à Dijon, dotée du centre Gaston Bachelard. Et j’ai écrit deux mémoires de philosophie sur les Celtes, la tradition celtique et les druides. Autant dire que l’imaginaire fait partie de mon quotidien. </p>
<p><strong>Vous qualifiez les dames blanches du Doubs de <em>banshee</em></strong><strong>, les gens de la région de « bretons de l&#8217;est », le lac Saint-Point de « nouvelle Ys »&#8230; Vous apparaît-il nécessaire aujourd&#8217;hui d&#8217;introduire un sujet féerique en usant de repères plus connus, n&#8217;y a-t-il pas danger d&#8217;en effacer les différences même s&#8217;il y a effectivement ressemblance ?</strong><br />
Je ne suis pas convaincue que ces repères soient plus connus pour les Comtois. Mais ces références sont pour moi naturelles, elles font partie de mon bagage mythologique culturel. Et le Doubs est une Terre Séquane, les Séquanes étant une tribu gauloise et par conséquent celtique. Or nous parlons beaucoup de mythologie grecque et latine, jamais celtique. Pourtant les livres d’histoire mentionnent « nos fameux ancêtres les Gaulois » sans parler de leurs croyances ou mythologie. Pourtant ces références (banshee, Ys..) appartiennent à un corpus légendaire mythologique que nous avons oublié. C’était pour moi une manière de réaffirmer cette appartenance à une tradition celtique, gauloise séquane et d’en faire prendre conscience au lecteur. </p>
<p><strong>On voit aussi, à la lecture de votre ouvrage, à côté des arbres et des pierres, toute l&#8217;importance de l&#8217;eau. Vous dites les sources nées des larmes de fées comme appartenant aux traditions comtoises…<br />
</strong>Les fées sont de nature féminine, elles pleurent donc beaucoup bien entendu. Nombre de légendes invoquent la genèse des raz de marée comme provenant d’un déluge lacrymogène féérique. Le Doubs ne va pas aussi loin. Mais il est vrai que certaines sources sont le fruit de fées qui ont trop pleuré, souvent du fait d’amours déçues ou tragiques. C’est une manière poétique d’expliquer la présence de sources dans des endroits parfois insolites ou d’en expliquer la couleur, telle la Source Bleue.</p>
<p><strong>Une autre source, la Reverotte, est due à un géant cette fois&#8230;</strong><br />
Cette fois, la naissance de la source est beaucoup moins glamour… Elle s’est formée à partir de  la sueur du Géant Dessoubre, sorte d’ogre sans foi ni loi qui sévissait dans le pays. Un prêtre, profitant de son sommeil, fit rouler un énorme rocher devant sa grotte. Depuis le Géant essaie désespérément de se libérer.</p>
<p><strong>Dans les grottes de la région, les fées sont boulangères, elles offrent des galettes&#8230; </strong><br />
Oui nous avons de très bonnes fées cuisinières, à l’image de la gastronomie comtoise, savoureuse et authentique. On reconnaît là la générosité féérique comtoise. Dans le Doubs, l’image de la fée reste associée à la troisième fonction , celle de fécondité et prospérité, dont parle Georges Dumézil dans son ouvrage sur les Indo-Européens.  Les fées sont généreuses certes.. elles offrent des mets succulents.. encore faut-il toutefois en être digne..</p>
<p><strong>Les amoncellements de pierres trouvent aussi une explication due au fait des ioutons. Quel type de lutins est-ce ?</strong><br />
Le iouton est travailleur. C’est un lutin ambivalent. Tantôt considéré comme bienfaiteur, prêt à mettre la main à la pâte, tantôt considéré comme une créature diabolique, se plaisant à faire tarir le lait des vaches, à perdre les voyageurs égarés la nuit..</p>
<p><strong>On ne pourrait clore le volet féerique du Doubs sans évoquer la figure de Gargantua. Il paraît qu&#8217;il y a laissé une bottine et son fauteuil ?</strong><br />
Oui encore un autre Géant, qui parcourt la France et se plaît à laisser ses marques un peu partout. Dans le Doubs, c’est à Hyèvre-Paroisse et à Saint-Gorgon qu’il a laissé ses empreintes. Comme il s’agit d’un Géant, forcément, les traces sont visibles. Et oui, nous avons donc récolté un fauteuil !</p>
<p><strong>Et pour terminer, pour vous, la créature féerique que vous appréciez le plus, c&#8217;est&#8230;</strong><br />
La Vouivre, bien entendu.. Elle a bercé mon enfance et je suis originaire de Villers Robert, dans le Jura, petit village de Franche-Comté où Marcel Aymé a passé une partie de son enfance, et a écrit la Vouivre. C’était un signe.</p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en septembre 2010.</em></p>
<p> <em>Chloé Chamouton, Les Mystères du Doubs, De Borée, 2010 – Prix : 24,90€</em></p>
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		<title>Interview spéciale &#171;&#160;Chant des Brumes&#160;&#187; !</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Sep 2010 09:42:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Durant cet été, un chant de brumes s’est levé emportant les lecteurs vers un au-delà envoûtant et mystérieux. Une véritable œuvre féerique où textes, illustrations et mise en page témoignent d’un soin tout particulier. Le Peuple féerique a rencontré les auteurs pour leur poser quelques questions…     Comment avez-vous construit cet univers?  Christelle Grandjean [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><strong>Durant cet été, un chant de brumes s’est levé emportant les lecteurs vers un au-delà envoûtant et mystérieux. Une véritable œuvre féerique où textes, illustrations et mise en page témoignent d’un soin tout particulier. Le Peuple féerique a rencontré les auteurs pour leur poser quelques questions…</strong></h3>
<p> </p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes011.jpg" rel="lightbox[3968]" title="chantdesbrumes01"><img class="size-full wp-image-3971  aligncenter" title="chantdesbrumes01" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes011.jpg" alt="" width="377" height="448" /></a></p>
<p> </p>
<p><strong>Comment avez-vous construit cet univers? </strong></p>
<p><strong>Christelle Grandjean et Laurent Miny</strong> : Déjà, nous ne voulions pas réaliser un ouvrage ouvertement féerique. Plein d&#8217;autres collègues l&#8217;ont déjà fait. Le marché en est plein, et nous ne voyions pas la nécessité de rajouter un xième catalogue lutinesque de plus. Bien entendu nous adorons la féerie mais si créatures étranges il y a, il s&#8217;agit avant tout d&#8217;un vrai récit et d&#8217;une histoire humaine.<br />
Notre univers est flou et brumeux, pas de traces ici des mots lutins ou fées. Nous pensons tous deux que le merveilleux l&#8217;est d&#8217;autant plus, quand il est flou, incertain. C&#8217;est l&#8217;heure bleue entre chiens et loups où tout peut se confondre, et se fondre dans un lieu qui n&#8217;en est pas un, entre terre, ciel et eau. Une sorte de marge où l&#8217;on est sûr de rien.<br />
C&#8217;est cet endroit-là qui nous intéressait, plein de choses de notre monde et d&#8217;un autre, pas nécessairement caractérisées. Nous ne donnons pas de réponses sur ce lieu, même si les choses sont claires pour nous. Le héros a-t-il franchi une porte, ou bien encore rêve-t-il en réglant ses comptes avec lui-même à grands coups d&#8217;imaginaire et de réminiscences personnelles, on ne le sait pas &#8230;<br />
En fait, le livre s&#8217;est construit autour d&#8217;un lieu, en l&#8217;occurrence Brocéliande, et de rencontres faites au cours des ans avec tout un tas de gens qui nous ont marqués par leur profession, leur personnalité ou encore leur vision des choses.<br />
Il n&#8217;y a pas eu vraiment d&#8217;influence littéraire directe et précise. Bien sûr nos goûts en matière de films et de livres sont présents inévitablement, mais pas dans le choix de la trame ou du ton de l&#8217;histoire, qui s&#8217;est imposé de lui-même.<br />
C&#8217;est avant tout un récit presque autobiographique. Il est relatif à des choses que Christelle a vécues ces dernières années et que nous avons grimées, transformées en fable, enrichies d&#8217;autres anecdotes et visions. Et bien sûr teintées de nos réflexions et idées personnelles sur Dame Nature &#8230;<br />
 <br />
<strong>Le(s) chant(s) ont une importance toute particulière dans votre monde féerique. L&#8217;Oracle le dit &laquo;&nbsp;indissociable de la vie&nbsp;&raquo;&#8230;</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean : </strong>Bien sûr, pour moi tous les grands moments de la vie sont ponctués par de la musique ; la naissance, le mariage, la mort et autres anniversaires&#8230; Au niveau naturel, il en est de même. Chaque saison a ses propres bruits, son propre son, sa propre ambiance qui se lie très aisément à un climat musical (petite pensée aux quatre saisons de Vivaldi entre autres&#8230;). Le craquement des arbres, le bruit du vent, la mélodie de l&#8217;eau forment une harmonie et un chant complexe. J&#8217;y suis très sensible et cette idée me paraissait importante pour donner au livre sa propre vibration.<br />
<strong>Laurent Miny </strong>: Un chant, c&#8217;est une vibration, un rythme, une harmonie. Tout en dessin est rythme et harmonie (sinon, c&#8217;est disharmonieux et mal rythmé et donc moche !). L&#8217;harmonie ne voulant bien entendu, pas forcément dire beauté qui est un concept très humain et fluctuant selon les modes et les périodes. Cette vibration, cette harmonie présente en musique, en dessin, est à mes yeux présente en chacun de nous, et bien sûr dans chaque élément naturel. Il se reflète par notre forme, notre santé, notre faculté changeante a être en résonance avec les autres et le monde, à bien &laquo;&nbsp;résonner -raisonner&nbsp;&raquo;.<br />
Donc l&#8217;idée de Christelle d&#8217;aborder le chant comme élément harmonisant et mettant à l&#8217;unisson le monde ne pouvait que me plaire. De surcroît Tolkien l&#8217;aborde aussi entre autres dans le Chant d&#8217;Illuvatar et des Ainurs pour la création du monde dans le Silmarillion.<br />
 </p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes03.jpg" rel="lightbox[3968]" title="chantdesbrumes03"><img class="size-full wp-image-3972  aligncenter" title="chantdesbrumes03" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes03.jpg" alt="" width="512" height="297" /></a></p>
<p><strong>De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré côté texte&#8230; côté dessin ?</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean </strong>: Déjà et avant tout, ce récit s&#8217;est écrit en Forêt au sens littéral du mot, puisque j&#8217;allais écrire des matinées durant sur des lieux qui me sont chers, comme la Chambre aux Loups, l&#8217;étang du Pont Domjean ou encore la Vallée de l&#8217;Aff. Certains arbres, petits cours d&#8217;eau ont été d&#8217;une certaine façon, mes confidents directs.  Laurent a replacé certains de ces lieux et certains de ces arbres dans le livre sous formes de petits crayonnés ou intégrés au sein de ses peintures. Par ailleurs, les travaux du truculent Pierre Dubois ont été une aide précieuse par leur esprit, leur richesse et leur diversité. Ses encyclopédies sont une source à laquelle il est bon d&#8217;aller se rafraîchir les idées. Je suis allée de même, de très nombreuses fois, faire de belles promenades du côté d&#8217;ouvrages mythologiques et folkloriques. Les travaux de Francis Hallé sur les radeaux des cimes, les ouvrages de Jean Marie Pelt sur les plantes et la nature, Hildegarde Von Bingen, Bernard de Clairvaux sont en filigrane de cet ouvrage. Sans oublier, les univers de Jules Vernes, Pierre Pevel et quelques autres romanciers qui constituent de plus loin une des bases de mon imaginaire &#8230;<br />
<strong>Laurent Miny</strong> : Pour le dessin? &#8230;  Eh bien du texte bien sûr ! J&#8217;ai essayé au plus près de coller au texte de Christelle et d&#8217;Olivier, d&#8217;apporter mes petites idées et surtout de coller à un certain esprit de la nature.<br />
Evidemment certains illustrateurs et peintres m&#8217;ont inspiré, et notamment Brian Froud dont je parle dans la dédicace du livre. Certains dessins sont carrément des hommages à ma façon. Lee, Di Terlizzi aussi m&#8217;ont stimulé, mais c&#8217;est avant tout la nature et Brocéliande qui m&#8217;ont aidé graphiquement le plus. Je voulais une odeur d&#8217;humus, de champignons et de vieille souche dans le livre. On a aussi caractérisé certains personnages de notre réalité en les transformant en créatures du livre&#8230;<br />
<strong>Yoann Lossel</strong> : Une riche expérience dans la recherche de l&#8217;équilibre des vides/pleins, de la couleur et de la matière.<br />
Le canon de mise en page est inspiré du travail de recherche de Villard de Honnecourt, maitre d&#8217;œuvre du XIIIème, sur la gestion de l&#8217;espace entre le texte et la page.<br />
Nous avons souhaité apporter une petite touche &laquo;&nbsp;British&nbsp;&raquo; à l&#8217;objet, dans la veine de ces livres de contes à la fois sobres en terme de gestion des volumes et riches dans le travail des animations de pages. L&#8217;idée étant d&#8217;en faire un objet précieux.<br />
La progression des chapitres a été aménagée pour plonger dans l&#8217;histoire, une évolution colorimétrique et lumineuse racontant cette stase naturelle, automnale/hivernale, que subissent les personnages de l&#8217;histoire.<br />
 </p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes04.jpg" rel="lightbox[3968]" title="chantdesbrumes04"><img class="size-full wp-image-3973  aligncenter" title="chantdesbrumes04" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes04.jpg" alt="" width="378" height="400" /></a></p>
<p> </p>
<p><strong>C&#8217;est une œuvre qui prend le chemin du folklore, des légendes et finalement évite celui de la fantasy. Quelles différences et préférences voyez-vous entre folklore féerique et fantasy ?</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean et Laurent Miny</strong> : En fait  on ne voit pas vraiment la différence entre Fantasy, folklore et féerie. Ils sont liés à la façon d&#8217;un oncle et de ses nièces. Le Folklore est l&#8217;émanation des anciennes mythologies et religions anciennes devenues croyances et légendes populaires. Au travers de ces légendes, ont survécu de nombreuses traces de l&#8217;ancienne croyance. La féerie, telle qu&#8217;on la conçoit aujourd&#8217;hui, est à la façon de la Fantasy, une émanation moderne qui vise à se replonger dans les croyances dans les esprits de la nature avec beaucoup d&#8217;espoir et de nostalgie en général. Elle est un pansement nécessaire à la désillusion de notre monde (voir Le Labyrinthe de Pan qui en parle merveilleusement bien). La Fantasy est à mes yeux la suite directe du Folklore et la mythologie, la croyance et la foi en moins. C&#8217;est par contre le besoin impérieux de se replonger dans un univers archétypal où rien n&#8217;était certain et figé, où la magie et les dieux peuvent tout créer, tout sauver ou tout détruire. Où le monde est encore vaste et où l&#8217;humain n&#8217;est pas banalisé, où la valeur de chacun peut prendre son sens et amener le héro qui sommeille (parfois très profondément) en chacun à pouvoir s&#8217;exprimer. Bref, c&#8217;est de l&#8217;espoir. Autrefois on y croyait et cette croyance amenait l&#8217;homme a être relié à son univers, aujourd&#8217;hui on a besoin et envie d&#8217;y croire et peut être retrouver une connexion au monde, à la nature.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Djani, le héros, a oublié ses amis fées. Un maître-lutin dit d&#8217;ailleurs dans le livre que les humains ont, jusqu&#8217;à l&#8217;âge de sept ans, &laquo;&nbsp;l&#8217;œil de la vraie vision ouvert&nbsp;&raquo;&#8230; Nous aurions perdu cette faculté car le pacte d&#8217;harmonie a été rompu. Quel était-il ?</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean et Laurent Miny</strong> : Tout simplement la place de l&#8217;homme au sein du cycle du monde. Non pas comme élément central autour duquel gravitent les choses, mais comme élément de la chaîne. L&#8217;homme est un gardien, le pendant terrestre des êtres merveilleux, avec la charge de veiller à l&#8217;harmonie des choses et des êtres, mais sans plus. Ce rôle simple et fondamental qu&#8217;il assumait, à l&#8217;époque fantasmé où il pouvait communiquer avec les animaux et en retirer savoir et sagesse, communiquer avec ou ressentir le végétal, mais aussi travailler son inésens et la magie au contact des êtres élémentaires qui l&#8217;enseignaient et qu&#8217;il pouvait encore fréquenter&#8230; Et donc l&#8217;époque où il était relié au monde, à sa place, une place qui lui convenait, où il n&#8217;était jamais seul, où il était complet et où il n&#8217;avait pas peur. Certains diront l&#8217;époque d&#8217;avant sa chute &#8230;<br />
 <br />
  <br />
<strong>Parlez-nous un peu du concept d&#8217;&nbsp;&raquo;inésens&nbsp;&raquo;&#8230;</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean</strong> : C&#8217;est un terme créé par Ozegan pour exprimer la faculté à ressentir à un très haut niveau le monde et ce qui s&#8217;y déroule. Cette faculté est innée à tous, l&#8217;homme en a perdu l&#8217;idée et par conséquent l&#8217;usage. C&#8217;est une sorte d&#8217;empathie extrême de connexion absolue au monde. C&#8217;est l&#8217;état de &laquo;&nbsp;religion&nbsp;&raquo; au sens <em>religare</em> en latin qui veut dire relier&#8230;<br />
Djani va découvrir ce sixième sens et se rendre compte qu&#8217;il est développé chez lui. Il va découvrir de fait que grâce à ce sens, il n&#8217;est plus seul, qu&#8217;il sait où est sa place dans le monde. Cela sera encore plus développé dans le tome 2</p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes05.jpg" rel="lightbox[3968]" title="chantdesbrumes05"><img class="aligncenter size-full wp-image-3974" title="chantdesbrumes05" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/chantdesbrumes05.jpg" alt="" width="500" height="382" /></a></p>
<p><strong>Possédez-vous un bâton d&#8217;angélique sculpté ?</strong></p>
<p><strong> </strong><strong>Christelle Grandjean et Laurent Miny</strong> &#8211; Héhé, oui bien sûr &#8230;<br />
 <br />
<strong>Sur la quatrième de couverture, vous inscrivez un citation de Bernard de Clairvaux: &laquo;&nbsp;<em>Crois-moi, car j&#8217;en ai fait l&#8217;expérience, tu trouveras davantage dans la forêt que dans les livres&#8230; Les arbres et le sol t&#8217;apprendront ce qu&#8217;aucun maître ne te dira&#8230;</em></strong><strong>&laquo;&nbsp;. Ce fut le cas pour vous ?</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean</strong> : Oui et même deux fois oui et ce depuis mes plus jeunes années ! Même si les livres m&#8217;ont aussi beaucoup donné&#8230;</p>
<p><strong>La fin laisse entrevoir une ou des suites. Cet univers est pensé en combien de volumes ? Que va-t-il arriver à Djani? Les créatures aperçues après la page de fin sont assez terrifiantes&#8230;</strong></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal;"><strong>Christelle Grandjean et Laurent Miny</strong> : Oui il y aura une suite, l&#8217;histoire complète se déroulant en deux volumes. Nous n&#8217;en parlerons pas trop pour l&#8217;instant, même si nous travaillons déjà dessus. Djani va continuer son parcours et après avoir été enseigné, il va devoir rendre la pareille, ce qui ne va pas être simple. Il y aura des choses sombres auxquelles il devra faire face &#8230; Ce tome se déroulera durant le printemps et l&#8217;été.</span></strong></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal;"><br />
</span></strong></p>
<p><strong>Que représente pour vous la féerie ?</strong><strong><br />
</strong><strong>Christelle Grandjean et Laurent Miny</strong> : La réponse a été faite plus haut, mais pour en dire plus, de l&#8217;espoir, un apprentissage à penser différemment, à voir à nouveau le monde avec des yeux lumineux d&#8217;enfants, à retrouver une certaine ingénuité mais aussi et surtout comme un outil à réfléchir sur le monde et nos actes. La Féerie, limitée à un charmant catalogue naïf de petites fées précieuses en jolis costumes ne sert à rien. La Féerie n&#8217;est pas un terrain de jeu pour amateurs de défilés de mode, ce doit être aussi le retour des ogres et autres croquemitaines, le retour de la confrontation entre ce que nous avons fait de notre monde et ce que ce dernier pourrait en penser ! Je ne suis pas et loin s&#8217;en faut opposé à une vision critique et un poil militante de la Féerie.</p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en août 2010.</em></p>
<p><em>Le Chant des Brumes est paru en 2010 aux éditions Soleil et disponible dans toutes les bonnes librairies !</em></p>
<p><em><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/dedicacelaurentminy.jpg" rel="lightbox[3968]" title="dedicacelaurentminy"><img class="aligncenter size-full wp-image-3975" title="dedicacelaurentminy" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/dedicacelaurentminy.jpg" alt="" width="500" height="750" /></a><br />
</em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Rencontre avec Hervé Thiry-Duval, féericologue en Franche-Comté&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Jun 2010 14:11:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[Folklore & légendes]]></category>
		<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Hervé Thiry-Duval]]></category>

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		<description><![CDATA[Hervé Thiry-Duval habite une région hantée par de nombreux esprits féeriques. Passionné de légendes, ce féericologue comme il aime se nommer, lorsqu’il n’est pas occupé à courir le pays en tant que conteur, écrit des ouvrages passionnants sur la Tante Arie, les lutins familiers, les vouivres, etc. Nous lui avons posé quelques questions suite à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Hervé Thiry-Duval habite une région hantée par de nombreux esprits féeriques. Passionné de légendes, ce féericologue comme il aime se nommer, lorsqu’il n’est pas occupé à courir le pays en tant que conteur, écrit des ouvrages passionnants sur la Tante Arie, les lutins familiers, les vouivres, etc. Nous lui avons posé quelques questions suite à la parution en librairie des contes et légendes de la Haute-Saône et du territoire de Belfort aux éditions De Borée.</em></strong></p>
<p><strong></strong><br />
<strong>Votre grand-mère croyait aux fées. C’est d’elle que vous est venue cette passion pour la féerie ? </strong><br />
Ma grand-mère de conteur ! Quand j’écris des histoires, je respecte un vieil adage : <em>il ne faut jamais laisser la vérité entraver le cours de la légende.</em> Alors que ma grand-mère ait cru ou non aux fées importe peu, mon but est que le lecteur lui le croit. Mon goût pour le monde féerique, je le dois sans doute à la chère comtesse de Ségur (née Rostopchine) quand, très jeune, j’ai dévoré « les Nouveaux Contes de fées ». Un recueil bourré de forêts enchantées, de crapauds qui parlent et d’affreux maléfices jetés par de méchantes fées ; j’étais fasciné et terrifié mais je ne pouvais m’empêcher de le relire. Plus tard ce fut aussi l’émerveillement avec les livres de J.R.R. Tolkien et je n’ai plus quitté le trace des fées !<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Vous vous dites « féericologue »… Un mot inventé en référence à l’elficologue Pierre Dubois ? </strong><br />
Oui ! Cette idée d’elficologie m’a tout de suite emballé. La découverte de <em>la Grande Encyclopédie des Lutins</em> de Pierre Dubois, alias Petrus Barbygère !, a été un vrai bonheur de lecteur. J’ai aussitôt été séduit par sa belle et vivante façon d’aborder le domaine féerique. Outre sa puissante érudition, il apportait un ton nouveau, une poésie teintée d’humour. Peu de ses « suiveurs » lui arrivent à la cheville ! A l’époque je faisais des recherches sur les personnages merveilleux de ma région ; aussi pour donner un peu de lustre à ma signature pour l’avant-propos de mon dictionnaire des fées en pays comtois, j’ai trouvé plaisant de m’affubler moi aussi d’un titre ronflant. A la longue, ce terme  de « féericologue » défini assez bien mon activité.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Dans votre livre le plus récent, recueil de contes et légendes de Haute-Saône et du Belfort, vous nous présentez les Pâles-de-Nuit, rencontre mystérieuse et pas sans danger… Ce mélange de séduction et de prédation, eros et thanatos, une marque particulièrement inscrite en féerie ? <br />
</strong>Bien sûr, rencontrer une fée s’avère souvent dangereux à bien des égards. Certaines sont d’une beauté si envoûtante que l’on peut tomber définitivement «  fada » au premier regard. La vraie difficulté avec le Petit Peuple c’est qu’il ne respecte pas les mêmes codes que nous. Les fées, les lutins et tous les êtres faramineux sont des gens outrageusement susceptibles et l’on a vite fait de les offenser sans le vouloir. Ainsi si un soir vous vous promener en sifflant, les Fioles de Picardie vous agrippent et vous jettent à l’eau car ces lutins ne supportent pas les sifflements, encore faut-il le savoir ! Si pour lui faire plaisir vous offrez à un Caraquin d’Ecosse un vêtement neuf pour remplacer ses vieilles loques, ce dernier se vexe et disparaît pour toujours. En Irlande, il est hautement préférable de ne pas construire sa maison sur un « chemin de fées » car sinon, on n’aura jamais la paix…Je pourrais continuer cette liste jusqu’à la Saint-Glinglin.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/thiryduval02.jpg" rel="lightbox[3756]" title="thiryduval02"><img class="size-full wp-image-3757  aligncenter" title="thiryduval02" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/thiryduval02.jpg" alt="" width="282" height="420" /></a></p>
<p><strong>D’autres créatures, les Trottes-Vieilles sont filles de Cernunnos, on entrevoit là une filiation avec les divinités celtiques…</strong><br />
Triade de fées cornues, les Trottes-Vieilles sont très actives durant la période de Noël. Elles ont comme beaucoup de leurs consœurs des origines gauloises. Ce phénomène d’anciennes divinités transformées en fées se rencontre assez couramment mais plus particulièrement avec les individus solitaires. Une fois la religion celtique effondrée, les anciens dieux ont cherché à survivre malgré tout, ils sont devenus des génies du terroir ou mêmes des saints et saintes catholiques !<br />
 <br />
<strong>La Franche-Comté est un territoire qui a su garder de nombreuses traces des fées et créatures féeriques. Comment l’expliquez-vous ? </strong><br />
Camille Aymonier, un folkloriste franc-comtois, écrivait au début du vingtième siècle : <em>« Quand les hommes avaient encore des yeux ingénus quand restait entier le mystère des monts et des forêts, nul pays plus que le nôtre n&#8217;était naturellement fait pour abriter les fées et les génies de toutes sortes, pour développer ce que j&#8217;appellerais l&#8217;esprit féerique. ». </em>La  Franche-Comté a cette chance, c’est une région « verte »  avec des paysages très variés où l’urbanisation galopante laisse encore de grands espaces de nature à l’allure sauvage. On a certes plus de chance de rencontrer une Dame Verte en pleine forêt de Chaux que sur le parking d’un supermarché ou dans la rue piétonne de Besançon  (capitale franc-comtoise !). Bien sûr, il faut aussi rendre hommage aux conteurs, ce sont eux les prêtres du merveilleux qui, au fil du temps, ont permis à cette étrange culture de survivre jusqu’à nous. C’est par la magie des contes et des histoires que le peuple féerique continue d’exister.</p>
<p> <br />
<strong>Une des créatures les plus extraordinaires et représentatives est la Vouivre. Mais en Haute-Saône et au Belfort, on parle plutôt d’une Voivre…</strong><br />
On disait jadis que chaque village de Franche-Comté connaissait « sa » Vouivre. Autant dire que les fées-dragons pullulent dans cette région avec une prédilection pour les montagnes du Jura. Ici ou là, elles portent un nom local comme Voivre ou Vaivre. En Suisse, on parle plutôt de Ouïvra (vouivre blanche) et à Couches, en Bourgogne, se célèbre tous les vingt ans la singulière « Fête de la Vivre ».<br />
 <br />
<strong>J’ai également noté que cette Voivre vivait sur le territoire de lièvres-sorciers… Qui sont-ils ? <br />
</strong>Il est assez amusant de constater que certains villages ou cantons débordent littéralement de légendes. Le coin où vit la Voivre connaît une population faramineuse extrêmement dense, on ne peut y faire un pas sans marcher sur une Herbe d’Egarement, croiser Tante Arie ou une Dame Blanche, apercevoir les pas du Diable ou le bonnet rouge d’un Fouletot ou bien encore faire détaler des lièvres-sorciers. Ces derniers sont des sorciers ou sorcières connaissant le secret pour se métamorphoser en lièvres. De nombreuses histoires circulent où l’on raconte qu’un chasseur, ayant tiré avec une balle bénie sur la patte d’un lièvre maraudeur, a eu la surprise de voir sa voisine boiter le lendemain…<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Pour rester dans ce côté sorcier, tout un chapitre de votre livre s’attarde d’ailleurs aux sorcières. Là où sont les fées, sont aussi les sorcières et vice-versa ? </strong><br />
Il importe, je crois, de faire un distinguo entre fées et sorcières. Les fées appartiennent à une race différente de la nôtre, «  entre l’homme et l’ange » pensait le fameux révérend écossais Robert Kirk. Les sorcières dont je parle sont, elles, de nature humaine. Celles (vraies ou non) qui furent persécutées, torturées, brûlées…pendant des siècles par une religion fanatique. Fées et sorcières possèdent des univers légendaires distincts (même si ici ou là il peut y avoir confusion). Les sorcières vivent dans les villages, en cachant le plus souvent leur singularité. Elles peuvent tout aussi bien être votre voisine, votre boulangère ou même votre fiancée ! Les Sorcières sont liées au Diable avec des rituels précis comme leurs assemblées du samedi soir, leur vol sur des balais et le singulier talent de pouvoir traire les vaches à distance !<br />
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<strong>Un autre de vos livres est entièrement consacré à une recherche sur Tante Arie. Elle occupe une place particulière dans le folklore et les légendes de Franche-Comté. La fée Arie possède des visages multiples comme sont multiples ses fonctions. Peut-on imaginer qu’elle a remplacé plusieurs fées au départ dissociées ? </strong><br />
J’avoue une tendresse particulière pour cette Dame merveilleuse. Un de mes premiers livres était un conte pour enfants (publié en 1995) qui racontait la rencontre d’une fillette avec Arie, la fée de Noël.  Depuis, on ne se quitte plus. Arie est une fée puzzle qui met une certaine malice à empêcher le laborieux féericologue d’emboîter ensemble tous les morceaux de sa légende. On peut évidemment s’étonner d’une telle richesse. En plus de sa fonction de Mère Noël, elle se charge de trouver un mari aux jeunes filles méritantes, elle se fait boulangère pour les laboureurs, inspecte les maisons pour juger de l’hospitalité des villageois, et peut se changer en Vouivre (j’en passe !). Par bien des aspects, elle est la bonne cousine  de Dame Hollé, la grande fée germanique, qui elle aussi assumait quantité de rôles variés. Divinité topique, la fée Arie se montrait, à son âge d’or, omniprésente et veillait comme une mère sur les habitants de son petit royaume.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/thiryduval03.jpg" rel="lightbox[3756]" title="thiryduval03"><img class="size-full wp-image-3759  aligncenter" title="thiryduval03" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/thiryduval03.jpg" alt="" width="400" height="591" /></a></p>
<p><strong>Sur son origine, certains prétendent qu’elle est le souvenir de la Comtesse Henriette mais vous, vous suivez la piste d’Epona… </strong><br />
Il est sans doute aventureux de chercher à connaître l’origine d’Arie. Toutefois son patrimoine se compose de nombreux éléments archaïques qui à mon sens rendent totalement caduque l’hypothèse de la comtesse Henriette de Montbéliard. Cette hypothèse « Henriette »  montre une tentative assez absurde de vouloir rationaliser sa légende, dans la droite ligne de Michelet qui voyait dans Mélusine le souvenir d’Aliénor d’Aquitaine. Par contre, j’ai relevé un faisceau de concordances avec la déesse gallo-romaine Epona. Ce n’est certes pas une preuve mais Arie encapuchonnée de sa pèlerine et montée sur son âne comme on la représente le plus couramment  fait immanquablement songer aux statues d’Epona montée sur un petit cheval et drapée dans un « cucullus » manteau à capuchon gaulois.<br />
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<strong>Epona, déesse au cheval, chevaux féeriques… Iriez-vous jusqu’à trouver, pour la Fée Arie, une relation avec la célèbre marque de voiture italienne affichant pour logo un cheval justement ?</strong>  <br />
OOHOH jeu de mot maître Capello ! La fée Arie ancêtre de ferrari !! Dire que je vous prenais pour quelqu’un de sérieux… Que la Tante Arie vous patafiole !<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>La fée Arie est également liée à de nombreuses grottes, c’est une habitation qu’on pourrait dire classique pour les êtres de féerie. Cette indication tend à faire penser à la réminiscence d’anciens cultes remontant au temps où les hommes vivaient justement dans des cavernes… Il y a aussi la piste suivie par la cryptozoologie qui lie nains, lutins, fées à un peuple d’hominidés qui auraient vécu à la même époque que nos ancêtres et se seraient ainsi inscrits dans notre mémoire universelle. Que pensez-vous de ces pistes ? </strong><br />
A dire le vrai, je ne suis guère enclin à parler du peuple féerique au passé. Son présent m’intéresse davantage ! Pour autant, je trouve  la piste de la cryptozoologie  assez passionnante. Il serait  cependant bien hasardeux de généraliser car tous les êtres merveilleux ne sortent pas du même moule. En lisant les ouvrages des collecteurs et folkloristes du dix-neuvième siècle, on ne peut qu’être frappé par l’étrange parenté de certains témoignages recueillis. Je songe à des communautés de fées comme par exemples les <em>Foellones</em> de Savoie, les <em>Faïes</em> des Alpes vaudoises, les <em>Fachilièras </em> de Tarn-et-Garonne ou les <em>Hadas</em> des Pyrénées. A chaque fois, on dresse le portrait d’un peuple joyeux très généralement bénéfique aux humains, avec un mode de vie assez similaire : dansant, ayant des enfants, faisant la lessive, pétrissant son pain. Presque humaines donc, ces fées possédaient un petit quelque chose en plus. Souvent douées de la capacité de divination, elles connaissaient  aussi des secrets qu’elles partageaient parfois. Les Hadas ont ainsi transmis une technique pour souder le fer, les Foellones ont enseigné l’art de fabriquer certains fromages.  Au bout du compte, reste toujours l’énigme de leur disparition ?</p>
<p> <br />
<strong>La Tante Arie est également devenue une Mère Noël. Connaît-on l’époque avec précision où cette coutume s’est installée ? Qu’apporte-t-elle aux enfants ? </strong><br />
Bien malin qui saurait dater ce glissement entre une pratique encore très vivace durant le dix-neuvième siècle dans toute l’Europe que Pierre Saintyves nomme « le service du nouvel an »  vers la tradition de la fée distributrice de cadeaux. La coutume originelle voulait qu’on fasse, pour la nouvelle année, l’offrande d’un repas aux fées afin de se les rendre favorables. Au fil du temps le sens de la fête s’est inversé et ce sont les fées qui se mirent à offrirent des présents. La même aventure est arrivée avec le Jul Tomte, lutin de Noël suédois. Jusqu’en 1870, on lui offrait pour Noël un bol de riz crémeux pour le remercier de tous les services qu’il rendait puis il s’est mué en petit père Noël qui distribue des cadeaux aux enfants. Tante Arie, à sa grande époque, ne se contentait pas d’apporter des friandises, elle amenait aussi des verges et des martinets pour les garnements ! Depuis l’arrivée dévastatrice du gros Père Noël, sa fonction s’est terriblement amoindrie même si elle reste fêtée dans son petit pays et distribue des papillotes chaque année sur le marché de Noël à Montbéliard. <br />
 <br />
<strong>En-dehors de la Franche-Comté, on a tendance à retenir de la Fée Arie cette fonction de Mère Noël mais également ses fameuses pattes d’oie. Or, cet attribut semble limité à une partie seulement de la Franche-Comté? <br />
</strong>Les fées à pieds d’oies ou pieds palmés ne sont pas rares. Les dames blanches d’Eschêne dans le Territoire de Belfort, les fées suisses des grottes de Vallorbe, les Hadas pyrénéennes ou les Nains de Ferrette en Alsace possèdent la même particularité. <br />
N’oublions pas que ce sont les conteurs qui forgent les légendes alors certains ont préféré mettre l’accent sur ses pieds d’oie, d’autres sur sa faculté de se métamorphoser en Vouivre, certains préféraient la décrire comme une druidesse. J’ai cependant noté que les références à son aspect pédauque  ne se rencontrent que dans des contes hivernaux. De là à penser que c’est un attribut saisonnier ?<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Que penser de la vedettisation de Tante Arie ? Elle passe au journal de TF1, elle circule sur le web… N’y a-t-il pas danger d’une évaporation de l’essence du mythe ?</strong><br />
Le vrai danger, c’est l’oubli. Tante Arie est une miraculée et bien des fées du terroir rêveraient d’avoir une légende aussi vivante que la sienne ! Demandez pour voir à Beuffenie de Bourgogne, à Naroua de Savoie, aux Blanquètes des Landes, à Herqueuche des Vosges ou aux Arôdes Suisses si elles n’aimeraient pas elles aussi gagner en notoriété ? Evidemment s’il venait à l’idée de forces mercantiles d’exploiter Tante Arie ou toute autre fée du folklore, il pourrait advenir une pitoyable dérive comme on l’a vu pour la fête d’Halloween. Nous en sommes loin !<br />
 <br />
<strong>Dans votre livre, on croise d’autres fées de la région comme la Dame Verte qui apparaît bonne alors qu’en d’autres régions, comme du côté de Gérardmer, les dames vertes se montrent plutôt dangereuses? <br />
</strong>Les Dames Vertes abondent en Franche-Comté où elles sont presque aussi nombreuses que les Vouivres. Elles s’y montrent toujours très belles et le plus souvent bienveillantes, secourant les malheureux.  Elles ont cependant la réputation d’être d’incorrigibles « égareuses », s’amusant à faire courir toute la nuit jusqu’à l’épuisement les voyageurs attardés sur leur domaine. Pour certains folkloristes Diane Chasseresse, l’antique divinité romaine, serait l’ancêtre de nos Dames Vertes.</p>
<p><strong>Vous avez également écrit un très beau et passionnant livre sur les lutins familiers. Comment expliquez-vous que, très présents encore au 19e siècle, on n&#8217;en entend guère parler de nos jours. Que s&#8217;est-il passé ?</strong><br />
Nous avons changé de culture ! L’industrialisation galopante a fait s’effondrer la société traditionnelle. La « fée électricité » a rejeté dans l’ombre le Petit Peuple ! Les veillées avec ses conteurs paysans ont disparu et du même coup la transmission des légendes. Pendant une assez longue période, les gens montraient même comme une espèce de honte vis-à-vis de ce passé rustique. On aurait pu craindre que l’homme en se goinfrant de technologie ne se détourne à tous jamais du Peuple Féerique. Heureusement nous avons aujourd’hui dépassé ce cap. Le Leprechaun reste l’indéboulonnable emblème de l’Irlande ! J’ai même noté ici ou là une évolution très intéressante dans le rôle joué par certains êtres féeriques : Au Japon, le Kuppa,( une sorte de lutin avec une carapace) est enrôlé comme défenseur de la nature, on  le voit sur des panneaux au bord des rivières japonaises incitant le promeneur à respecter l’environnement. Il en va de même pour le Curupira, lutin du Brésil, devenu la mascotte de la lutte contre la criminalité environnementale et le trafic d’animaux sauvages. En rêvant un peu, on verra peut-être bientôt les Vouivres défendre les rivières de Franche-Comté ou le Drac veiller à la protection des forêts des Cévennes ?</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/thiry-duval011.jpg" rel="lightbox[3756]" title="thiry-duval01"><img class="size-full wp-image-3760  aligncenter" title="thiry-duval01" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/thiry-duval011.jpg" alt="" width="365" height="475" /></a></p>
<p><strong>Dans un des chapitres du livre, vous présentez les lutins par fonction. Il y en a même un pour les femmes battues ! Pouvez-vous nous en présenter l&#8217;un ou l&#8217;autre ici ? </strong><br />
J’ai voulu montrer à quel point les Lutins exerçaient traditionnellement des activités variées, souvent d’ailleurs au bénéfice des humains. Alors, oui, chez les Slaves, le Domovoï, ce génie protecteur du foyer, possède la réputation de tirer les cheveux de la maîtresse de maison pour l’avertir que son mari va bientôt la battre. Ce genre d’avertissement peut s’avérer très salutaire ! On peut également citer, parmi les curiosités, le Sotré, lutin vosgien , aux qualités de nourrice incomparables. Pour les enfants qu’il affectionne, il prépare une bouillie fortifiante de couleur noire ! C’est, dit-on, grâce à elle que les vosgiens sont si costauds. Les Fois, Farfadets de l’île de Ré, ne sont pas mal non plus. Ils se glissent dans les maisons pour écouter les commérages et vont ensuite les colporter dans tout le village. Des lutins, crieurs publics, en quelque sorte.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Le livre est illustré par Yves Clément. Comment avez-vous travaillé le côté visuel. Plutôt libre ou avez-vous cherché à être le plus proche possible des descriptions relevées ? </strong><br />
Pour chaque type de lutins, il existe des descriptions rapportées par les conteurs et collecteurs mais la plupart des portraits sont incomplets, parfois franchement contradictoires. Il suffit de lire trois ou quatre auteurs bretons décrivant les Korrigans pour comprendre la difficulté : pour les uns ils portent des cornes, pour d’autres des chapeaux ronds ! Au final, les dessins de Yves se nourrissent de tradition et d’inspiration. D’autant que nous ne voulions pas cantonner les Lutins aux neiges d’antan mais les montrer aussi tels qu’ils sont aujourd’hui.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Votre livre opère un joli tour de France, voire tour du monde des familiers. Pour y parvenir, avez-vous du en plus de la bibliographie, vous rendre dans certains lieux ? </strong><br />
Hélas, à mon grand regret, je ne me suis pas rendu en Russie pour tenter d’apercevoir un Domovoï, ni même  au Nicaragua sur les traces des Duendes (ils ont la singularité d’avoir les pieds à l’envers !). Pour tout dire, j’ai plus visité les bibliothèques que les sites lutinesques ; mais, projet de livre ou pas, quand je voyage, j’essaie toujours de savoir quels sont les lieux légendaires du coin alors bien évidemment, au fil des années, j’ai visité bon nombre de fées ou lutins. Il faut en effet souligner que le Peuple Féerique ne vit pas uniquement dans les livres !<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Vous parsemez votre livre de citations à propos des lutins. Comment les dénichez-vous ? <br />
</strong>C’est presque une manie de collectionneur. Comme je passe une grande partie de mon temps le nez dans les livres, dès que je tombe sur une phrase ou un passage ayant trait au peuple féerique, je les fourre dans ma musette, sans savoir s’ils me serviront un jour ou non.  Dans <em>Elevez des Lutins</em>, quand je cite une berceuse bretonne puis une comptine alsacienne, j’y vois une façon de démontrer à quel point ces génies familiers font partie de notre culture. Il y a aussi un doux plaisir de pouvoir discrètement rendre hommage à des auteurs que j’aime en glissant ici quelques mots de Robert Louis Stevenson puis là un dialogue de Lord Dunsany. Avec eux, je me sens en merveilleuse compagnie !</p>
<p> <br />
<strong>Combien de temps vous a pris la réalisation de cet ouvrage? </strong><br />
J’aime bien laisser mûrir les projets, alors je dirais qu’il m’a fallu « un certain temps » pour engranger de la matière et trouver le genre de livre que j’avais envie de faire avec les Lutins. Il existe déjà tant de bons et de moins bons livres sur le sujet qu’il m’intéressait surtout de trouver une formule un peu novatrice pour présenter ces êtres passionnants. Ensuite, pendant un an, un an et demi, avec Yves, on se voyait chaque lundi soir. A l’époque, il habitait le même hameau que moi, j’allais chez lui à pieds et pendant plusieurs heures on bichonnait nos lutins. On a fait le livre entièrement sans  même savoir s’il serait publié ! En rentrant chez moi, à la nuit, un peu, j’imagine, comme les anciens rentraient de la veillée, il m’a bien semblé, une fois ou deux, que j’étais escorté par une bande de Fouletots… Cette façon de travailler était vraiment agréable, hors du temps.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>N&#8217;étiez-vous pas inquiet de la réaction du Petit Peuple en révélant certains de leurs secrets ? </strong><br />
Somme toute, je ne révèle que ce qu’ils ont bien daigné me confier car, même après une si longue fréquentation, ils me restent par bien des points très mystérieux. L’ambition de ce guide est de faciliter la compréhension entre Hommes et Lutins et de rappeler à nos contemporains que nos ancêtres entretenaient avec eux des relations complexes qui ne cessent de m’intriguer.</p>
<p><strong>Votre lutin préféré et pourquoi ? </strong><br />
Je ne suis pas dupe, je vois bien que vous voulez me fâcher avec tous les autres ! Tant pis, je concède un petit faible envers les Follets du Berry. Avec leur crête de coq en guise de bonnet et leur longue queue de rat dont ils se servent comme d’un fouet, je leur trouve une vraie belle allure.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Enfin, pour terminer, parlez-nous de vos futurs projets&#8230; </strong><br />
Je prépare un beau  livre sur les bienfaits des autoroutes et des centrales nucléaires… Non, je plaisante ! Je ne quitte pas le Petit Peuple, je vais prochainement concocter avec mon ami  A. Dan (dessinateur de la BD <em>Tahya El-Djazaïr</em>) un livre sur…les Fées. Un compagnonnage dont je suis très heureux car si A. Dan a encore peu publié de dessins féeriques, c’est un vrai passionné du genre. Mon travail sur les Contes et Légendes m’a aussi redonné l’envie d’écrire des histoires alors, je sue sang et eau (mais avec un plaisir magique) sur un roman avec comme principaux personnages… des Lutins !</p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en juin 2010</em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Retrouvez l’auteur dans ses livres :</em></strong></p>
<p>- Contes et Légendes de Haute-Saône et de Belfort, Editions De Borée, 2010.</p>
<p>-  Tante Arie, bonne fée et mère Noël, Cabédita, 2007.</p>
<p>-  Elevez des Lutins, guide pratique des génies domestiques, Editions Coprur, 2005. Illustrations de Yves Clément.</p>
<p>-  La Fée Arie, conte de Noël, Editions Marie-Noël, 1994. Illustration de Yves Clément.</p>
<p>-  L&#8217;esprit féerique, dictionnaire des fées en Pays Comtois, Dominique Guéniot éditeur, 2003.</p>
<p>-  Le livre secret des Vouivres, Sur les traces des fées-dragons, Editions Coprur, 2003. Illustrations d&#8217;Yves Clément.</p>
<p><strong><em>Ou sur son blog :</em></strong></p>
<p><a href="http://lefeericologue.blogspot.com/">http://lefeericologue.blogspot.com/</a></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Rencontre avec Pierre Dubois et Xavier Fourquemin, autour du Changeling&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Jun 2010 09:36:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Dubois]]></category>
		<category><![CDATA[Xavier Fourquemin]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec la Légende du Changeling, Pierre Dubois semble avoir trouvé un dessinateur fait pour lui. Xavier Fourquemin révèle le monde des fées d’une façon qui nous a beaucoup touché. Ensemble, ils nous offrent l’histoire de Scrubby, un échangé, qui grandit dans le monde des hommes dans une époque victorienne marquée par la plus effroyable des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://media.paperblog.fr/i/302/3029374/legende-changeling-t3-spring-heeled-jack-pier-L-1.jpeg" alt="" width="325" height="427" /></p>
<h3><strong>Avec la Légende du Changeling, Pierre Dubois semble avoir trouvé un dessinateur fait pour lui. Xavier Fourquemin révèle le monde des fées d’une façon qui nous a beaucoup touché. Ensemble, ils nous offrent l’histoire de Scrubby, un échangé, qui grandit dans le monde des hommes dans une époque victorienne marquée par la plus effroyable des guerres, celle de l’industrie naissante écrasant la campagne, vidant les foyers de toute humanité. A l’heure où, à notre époque, des voix s’élèvent pour nous rappeler la Nature, dénoncer les fausses valeurs que l’industrie nous a imposées comme l’argent, la compétition, l’égoïsme, l’individu, nous faisant oublier la solidarité, l’échange, le partage, le bonheur, cette merveilleuse série nous offre bien plus qu’un dessin fabuleux, que des propos féeriques, elle nous ouvre la porte, nous indique le chemin. Un véritable récit initiatique aussi bien pour le petit héros, Scrubby, que pour nous, lecteurs. Petite visite lors d’une séance de travail entre Pierre Dubois et Xavier Fourquemin où nous avons posé nos questions…</strong></h3>
<p> </p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling001.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changeling001"><img class="aligncenter size-full wp-image-3715" title="changeling001" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling001.jpg" alt="" width="500" height="133" /></a></p>
<p><strong>Au départ, pour le Changeling, tu avais deux histoires, celle-ci et une plus noire encore. La plus sombre, c’est en lien avec Jack l’éventreur, c’est l’idée insufflée à Loisel pour son Peter Pan ? </strong></p>
<p>Pierre Dubois : C’était un peu dans le même goût. C&#8217;est-à-dire que j’ai toujours été fasciné par le changeling. L’idée de l’enfant qui vient d’ailleurs. Le changeling, c’est le tribut au diable, le Petit Peuple, qui ne veut pas donner un des siens, a trouvé ce subterfuge que de voler un petit salé, un mortel, pour le donner à sa place. En dehors de cette légende, dans la tradition populaire quand un enfant était différent des autres, autrefois, c’était un changeling, il venait d’ailleurs. En poussant le bouchon encore plus loin, un enfant pas « normal » était un fada, c’est-à-dire un enfant des fées, il était différent. Par contre, ces enfants avaient d’autres dons. Encore aujourd’hui, ils ont un don pour la musique ou retiennent des chiffres incroyables. Cela a toujours effrayé les gens.</p>
<p>Le changeling m’a toujours fasciné, surtout quand tu es enfant aussi et que tu te sens un peu différent des autres…</p>
<p><strong>Cela rejoint ce moment que connaissent pratiquement tous les enfants, « mes parents ne sont pas les vrais », « je viens d’ailleurs »&#8230;</strong></p>
<p>Pierre Dubois : Oui, c’est cela. Et puis il y a aussi ce que les autres pensent. Moi-même n’aimant pas l’école, ayant eu un père très sérieux, je ne me sentais pas un changeling mais, si tu veux, on te considère un peu comme différent. Jeune, j’avais fait une histoire pour les enfants qui s’appelait <em>Bidochet le petit ogre</em>. Je racontais donc l’histoire d’un enfant différent, qui faisait peur aux autres enfants. Le changeling m’a donc toujours passionné. J’ai d’ailleurs d’autres histoires de changeling, une qui va paraître dans une anthologie sur le thème aux éditions Argemmios. Il y a aussi une histoire sur Peter Pan que j’avais publié dans les <em>Comptines assassines</em>. C’est d’ailleurs quand je travaillais sur cette histoire que j’avais lancé à Loisel, qui était passé chez moi, l’idée que Peter Pan était Jack l’éventreur…</p>
<p>Quand Xavier m’a demandé une idée, une histoire de fantasy, pour moi, cette histoire ne doit pas se dérouler dans un univers de fantasy. Je n’aime pas trop Tolkien, je lui préfère Dunsany… Mes histoires se passent rarement dans le pays des fées. C’est toujours des mortels, ça se passe toujours ici-bas, avec le vouloir d’aller dans le pays des fées. Ou alors ce sont des fées qui se retrouvent dans notre pays. A un moment donné, les frontières entre ces deux royaumes disparaissent et il se passe quelque chose. C’est ça que j’aime, ces moments de non-dit, ces moments émotionnels, ces moments magiques. Les histoires qui se passent de l’autre côté m’intéressent moins car le plus souvent ce sont finalement des histoires de capes et d’épées qui peuvent se passer ici. A la place des Arthur, Lancelot, on a des Athar combattant les Fmurr et les Gorhs de la Montagne… Au bout d’un moment, je lâche, cela ne m’intéresse plus. Ce qui m’intéresse, c’est cette espèce de frange, ce moment de passage, cette idée du pourquoi les fées ont cette envie de venir chez nous et pourquoi des hommes ont cette volonté d’aller là-bas. Et qu’est-ce qui se passe dans nos échanges. </p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling22.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changeling22"><img class="aligncenter size-full wp-image-3718" title="changeling22" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling22.jpg" alt="" width="500" height="478" /></a></p>
<p><strong>Face à la fantasy classique qui se passe totalement dans un ailleurs et cette envie de Pierre d’explorer plutôt l’échange en restant ici, tu as réagi comment ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin : Je n’ai pas senti de frustration. L’histoire m’intéressait. Son propos est judicieux. Je pense en effet que le fantastique est d’autant plus fantastique lorsqu’il est confronté à la réalité. De façon inconsciente, c’est aussi le genre d’histoire qui me convient. C’est vrai que j’aime bien cette idée de voyage inscrit dans le quotidien, ces secrets au fond de la cave.</p>
<p><strong>Thomas Owen définissait le fantastique comme la fleur naissant sur le tas de fumier du quotidien…</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : En effet… Je l’ai rencontré Thomas Owen, j’avais discuté avec lui et bien aimé cette idée. J’aime bien l’approche des Belges quand ils parlent du réalisme magique, de cette incursion du fantastique. Et puis, l’idée d’ancrer l’histoire dans l’époque victorienne, dans la réalité de cette époque, elle est également venue ayant lu et apprécié <em>Miss Endicott</em>. C’est une époque qui vivait l’industrialisation forcenée alors que le peuple avait besoin de rêve, de traverser le Miroir d’Alice. C’est une époque de souffrances mais qui a eu énormément de créateurs, peintres, illustrateurs, d’auteurs comme Conan Doyle, les préraphaélites. Notre époque est très semblable, on pousse le matérialisme jusqu’à une abstraction totale à ce point ridicule et dangereux, je pense à l’art conceptuel par exemple… On a cette envie de revenir aux mythes qui sont en nous, à notre mémoire émotionnelle. Ce parallèle m’a donné l’envie d’explorer la même époque, de donner presqu’une suite à <em>Miss Endicott</em>. Miss Endicott pourrait être Sheela… </p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling002.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changeling002"><img class="aligncenter size-full wp-image-3716" title="changeling002" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling002.jpg" alt="" width="435" height="620" /></a></p>
<p><strong>Le changeling, il représente quoi ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin :  l’enfant changé, c’est un fantasme, une crainte, l’enfant déraciné qui grandit dans un univers qui n’est pas le sien.</p>
<p>Pierre Dubois  : Un enfant entre deux mondes, un lorialet (NDLR : un lorialet est un enfant né d’un rayon de Lune ou de Séléné, enfant rêveur, tourné vers la Lune qui éprouve un mal-être d’être sur Terre), un enfant élu, mais élu avec ce que cela comporte de douleurs. Il est intermédiaire, il ressent un danger sans pouvoir se l’expliquer, il n’est pas bien dans son monde et peut-être que finalement, il ne serait pas bien non plus dans le monde des fées. J’aime bien cette idée d’intermédiaire. C’est vrai que chez nous on dit « fées » mais les anglais disent « fairies », ce qui comporte tout le Petit Peuple. On limite trop souvent les fées, chez nous, aux marraines bienveillantes et on oublie le côté sombre de Féerie.</p>
<p><strong>Mais d’où vient la légende du Changeling ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Dans les croyances populaires teintées de religiosité, Dieu a créé le monde avec ses anges et il y a eu la révolte de Lucifer. Certains anges l’ont suivi, d’autres pas. Ceux qui l’ont suivi ont été précipités en enfer, ce sont devenus les démons. Certains n’ont pas pu choisir, trop proches de la Nature, inconscients de l’idée du Bien et du Mal. Mais ils doivent tribut au diable… Pour pouvoir survivre, ils doivent donner l’un des leurs au diable tous les ans. C’est une légende que tu trouves partout (NDLR : en Ecosse, c’est la ballade de Tam Lin qui nous parle de ce tribut…)</p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling118.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changeling118"><img class="aligncenter size-full wp-image-3719" title="changeling118" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling118.jpg" alt="" width="500" height="639" /></a></p>
<p><strong>Votre histoire est clairement une critique de l’industrie, elle met en scène une Nature agressée par les hommes, un véritable enfer de la ville. C’est quelque chose qui vous touche ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : Je suis quelqu’un par nature passéiste, j’ai toujours une certaine appréhension envers l’avenir. Je suis resté accroché à mes vieux papiers.</p>
<p><strong>Cela veut dire que c’était mieux avant ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : Non, je n’aime pas non plus cette idée mais je n’apprécie pas ceux qui foncent tête baissée. La vérité est un peu entre les deux. J’ai l’impression qu’on perd nos valeurs. On s’est battu en 68 contre certaines valeurs et on a finalement remplacé tout ça par la consommation. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule chose qui compte, c’est le pognon. Alors même si ça peut paraître niais, pour moi, les causes visant à défendre la nature, eh bien, ça ne peut être que positif alors que le développement industriel apporte son positif mais aussi pas mal de choses négatives. Avant, quand on parlait argent, on parlait bien-être, avoir de l’argent permettait de nourrir et protéger sa famille. Ici on va au-delà, trop loin… Avant, on se battait pour des idées, aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on se bat trop souvent pour de l’argent. Maintenant, avant, je n’y étais pas. Tout cela n’est peut-être qu’une impression…</p>
<p><strong>Je trouve personnellement qu’on idéalise le passé comme on a idéalisé le futur tout au long du XXe siècle ? Quand on regarde trop en avant ou en arrière, on crée un vide dans le présent. Justement le <em>Changeling</em></strong><strong> a un message qui finalement, pour moi, n’est pas passéiste. Il s’ancre dans la terre, dans la Nature, dans le sensible, le maintenant…</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : Oui, mais tu as surtout ce cheminement initié par les humanistes qui a conduit finalement aujourd’hui à un nombrilisme terrible où l’homme ne voit plus que lui. On a été jusqu’à oublier l’autre, pas seulement ce qu’il y a autour, la nature, l’environnement mais même cette idée de tribu, la conscience de n’être pas seul. Maintenant on travaille uniquement pour soi pas pour sa tribu, la société, etc.</p>
<p>Pierre Dubois  : J’ai vécu 68, et une phrase m’avait à l’époque assez choqué, c’était « sous les pavés, la plage ». Non ! Sous les pavés, il y a la terre. Sur une plage, tu ne construis rien. Après la plage, tu as la mer et tu te noies. Et cette liberté revendiquée alors, eh bien, quand tu vois ce que les gens en font aujourd’hui… Quand ils sont libres, les gens, ils s’enferment dans leur bagnole, foncent à la plage justement, faire des pâtés ou jouer à la baballe, bronzer… Pour moi, ça ne représente pas la liberté. C’est un peu la récré à l’école, on te force à suivre un programme imposé et de temps à autre tu as cet espace de pseudo-liberté dans la cour où tu rejoins le bac à sable. En prison, idem, tu es enfermé entre quatre murs et puis de temps à autre, la promenade, la récré. Non, la culture est liberté quand on te permet de la choisir. Et l’elficologie, ce besoin des fées, c’est retrouver une part de merveilleux, les il était une fois… Les fées, pour moi, c’est la révolte, ce sont des sauvages qui disent non à tout ça. </p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling003.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changeling003"><img class="aligncenter size-full wp-image-3717" title="changeling003" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling003.jpg" alt="" width="500" height="232" /></a></p>
<p><strong>Scrubby est un peu l’innocent jeté en pâture à la ville…</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : oui, mais il est très fort, il résiste au feu, à tout. Car, il recherche cette alliance qu’on avait avec les éléments. Il passe des épreuves, il a tout perdu mais regagne tout peu à peu. Même dans la jungle de béton qu’est la ville, on peut encore… Les briques, les charpentes, viennent de la terre. Dans ce qu’il y a de pire, Scrubby refait alliance.</p>
<p><strong>Le Changeling montre des gens arrachés aux campagnes pour travailler en ville…</strong></p>
<p>Pierre Dubois :  C’est notre innocence, le paradis perdu qu’on a préféré fouler pour l’appât du gain. On aurait pu être heureux, à l’école, on pourrait nous apprendre de belles choses. Ici on a la compétition. Avant il y avait le compagnonnage, on visait le mieux mais pas pour soi. Le type qui travaillait sur une cathédrale savait qu’il allait mourir avant la fin. Ici, on travaille trop pour son petit soi.</p>
<p><strong>On retrouve d’ailleurs un peu cette idée de compagnonnage par ces passeurs que sont l’ermite et le clochard de Kensington Gardens. De vieilles personnes qui ont le savoir, une idée presque disparue de nos jours. </strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Les contes étaient des récits initiatiques qui apprenaient aux enfants à traverser leur vie, qui leur fournissaient les clés et dans ces clés tu avais aussi les vieux sages, les sorcières… Ces histoires étaient racontées par les personnes âgées, on les a remplacées par la télé, c’est terrible.</p>
<p><strong>Peut-on justement imaginer qu’un film, une BD reprenne ce rôle de passeur ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Quand j’étais enfant, on inventait un fusil ou une épée à partir d’un bout de bois, on lisait des bandes dessinées dans des magazines où si tu n’étais pas abonné, tu n’avais pas la suite, fallait l’inventer. On faisait appel à ton imaginaire partout. Aujourd’hui, on te sert du prémâché. Pire, on découpe même par tranche d’âge ! Mais, malgré tout, j’ai toujours trouvé ça extraordinaire, l’enfant, à travers tout cela, conserve son imaginaire. Il a retrouvé le chemin des contes comme il a pu, à travers le jeu de rôle, le manga, la bande dessinée. Il se déguise encore, même si c’est plus tard, on voit par exemple les gothiques, que j’aime bien, qui poursuivent leurs rêves, les punks… Cela reste très souvent un masque, hélas, mais c’est encourageant dans la mesure où tu as l’impression qu’il reste un petit Arthur quelque part prêt à sortir Excalibur de son rocher.  Scrubby, est, lui aussi, lâché dans un monde oppresseur et il va se faufiler, comme tout enfant, au travers…</p>
<p><strong>Xavier, ces deux passeurs, tu les imaginais directement comme tu les as dessinés ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : Oui, quand Pierre m’a parlé du vieil ermite, c’est venu tout seul. Moi, j’aime bien dessiner les vieux personnages. Et les gens ont bien accroché sur le vieux sage. En dédicace, on me le demande souvent. </p>
<p><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling0133.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changeling0133"><img class="aligncenter size-full wp-image-3720" title="changeling0133" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changeling0133.jpg" alt="" width="500" height="616" /></a></p>
<p><strong>Si Londres bénéficie d’un long passé de représentations qui facilitent certainement le travail,  la campagne du Dartmoor, ça devait être moins évident.</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : J’ai travaillé à partir de documents fournis par Pierre.</p>
<p>Pierre Dubois  : Le Dartmoor, je connais à fond, j’adore. Si une histoire se passe là-bas, il faut que ce soit le Dartmoor. Il faut donc que le dessinateur comprenne ce pays. C’est encore ce rapport réalité/fantastique. Il faut que ce soit authentique. Par exemple, le Whistman’s Wood existe réellement, c’est un petit bois de chênes avec des formes bien particulières qui a poussé mystérieusement dans le Dartmoor. Le Dartmoor, c’est pelé et, on ne sait pas pourquoi, à un moment donné, brusquement,  il y a ce bois et on raconte que le Chasseur sauvage y habite. C’est une vraie histoire. Et à chaque fois que tu y vas, il y a toujours des signes. Comme s’il y avait eu une espèce de cérémonial. Tu y trouves des ficelles avec des plumes, tu vois qu’il y a une histoire derrière. Avec Xavier, j’étais très content car il a su représenter le Dartmoor, ses paysages, ses poneys, j’ai retrouvé cette ambiance.</p>
<p><strong>Tu atteins ça par des détails ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : Oui, en BD, déjà tu dois travailler vite, tu emploies beaucoup de raccourcis. L’essentiel dans une BD est de ne pas noyer le tout dans le décor, il faut rester simple pour être lisible. Donc tu cherches les choses qui ressortent, qui définissent le lieu.  Puis aussi, j’essaye toujours de dynamiser, en évitant les choses bien droites, même les maisons sont comme vivantes, je mets des personnages en arrière-plan en train de s’engueuler, etc. Tout ça donne du dynamisme, rend crédible.</p>
<p>Pierre Dubois  : ça me rappelle Jacques Laudy (NDLR : dessinateur belge, auteur, e.a de <em>Hassan et Kaddour, Rob Roy</em><em> </em><em>McGregor</em>…), il parvenait par quelques traits à définir tout un pays. Il saisissait les détails véritables de la région, de la culture.</p>
<div id="attachment_3721" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changelingPF03.jpg" rel="lightbox[3714]" title="changelingPF03"><img class="size-full wp-image-3721" title="changelingPF03" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/changelingPF03.jpg" alt="" width="500" height="253" /></a><p class="wp-caption-text">Les auteurs en plein travail observés par le Peuple féerique...</p></div>
<p> </p>
<p><strong>On va parler un peu du héros, Scrubby. Déjà son nom, ça veut dire quoi ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Scrubby ça veut dire le turbulent, le chenapan. Le vaurien des rues mais un peu malin, un peu lutin…</p>
<p><strong>Mais finalement il est très sage, c’est un brave garçon…</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Il est gentil pour son entourage, c’est le Petit Poucet confronté à des épreuves. C’est à la fin qu’il va se montrer véritablement. Il est innocent.</p>
<p><strong>C’est une métaphore de l’enfance ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Oui, on est tous un peu Scrubby, l’enfant qui ne grandit pas mais il ne faut pas oublier que c’est d’abord un lutin. S’il ne grandit pas, c’est tout simplement car c’est un lutin.</p>
<p><strong>Son ennemi n’a pas de nom mais il est clairement ancré dans un côté démoniaque. Face à lui, on a Scrubby et on a vu surgir au tome 3, Michaël, chef de la police comme l’archange Michaël est le chef de la milice céleste. Cette incursion des anges et démons dans un contexte féerique, c’est venu comment ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : C’est venu tout doucement… c’était plus appuyé encore mais on a pas trop insisté sur cette idée. Michaël c’est, comme tu l’as dit, le chef de la milice, pas forcément le Bien. Il est là, il est associé à Rob comme pour une autre affaire qu’ils ont connue mais ils vont se séparer au final.</p>
<p><strong>Ce n’est donc pas un axe que vous allez conserver ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Non. Il ne fait qu’apparaître.</p>
<p><strong>Par contre, on a bien le satanisme de présent ?</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Mais ce satanisme comme la présence d’un ange, à peine dit, ne servent pas à grand-chose. L’histoire n’est pas vraiment là. Tout ce que font les mortels est au fond très peu important car ce ne sont que des mortels. Ce qui importe, c’est la quête de Scrubby.</p>
<p><strong>La série avait été pensée en quatre tomes au départ…</strong></p>
<p>Pierre Dubois  : Cinq !</p>
<p>Xavier Fourquemin  : Euh, en fait Le Lombard avait dit quatre au départ mais Pierre a toujours dit cinq.</p>
<p>Pierre Dubois : Cinq !</p>
<p><strong>Prévus pour…</strong></p>
<p>Mars 2011 pour le suivant et le dernier un an après environ…</p>
<p><strong>Une dernière question, à Xavier, car pour Pierre c’est une évidence. Tu crois aux fées ?</strong></p>
<p>Xavier Fourquemin  : Mmmh… Euh… J’ai envie de dire que j’y ai cru enfant et j’ai du mal à grandir. Je suis assez cartésien mais quand tu dessines quelque chose, il faut y croire. J’aime bien travailler là-dessus, faire croire aux fées.</p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en juin 2010</em><br />
<em>Photos © Richard Ely, toute reproduction interdite</em></p>
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		<item>
		<title>Delphine Gache nous parle de son livre: &#171;&#160;Les Cahiers enchantés de Lily Rose Poddington&#160;&#187; paru aux éditions Au Bord des Continents</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Mar 2010 10:12:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
				<category><![CDATA[Illustrateurs]]></category>
		<category><![CDATA[interview féerique]]></category>
		<category><![CDATA[Delphine Gache]]></category>
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		<category><![CDATA[fées]]></category>
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		<category><![CDATA[Lily Rose Poddington]]></category>

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		<description><![CDATA[On commençait à croiser les œuvres féeriques de Delphine Gache dans les magazines, les expos… On se demandait si un livre sortirait bientôt et le voilà ! Les Cahiers enchantés de Lily Rose Poddington nous ouvre à l’univers (imaginaire ?) d’une petite fille très poétique… Rencontre avec l’illustratrice qui nous parle de cette belle aventure aux éditions [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><strong>On commençait à croiser les œuvres féeriques de Delphine Gache dans les magazines, les expos… On se demandait si un livre sortirait bientôt et le voilà ! <em>Les Cahiers enchantés de Lily Rose Poddington</em> nous ouvre à l’univers (imaginaire ?) d’une petite fille très poétique… Rencontre avec l’illustratrice qui nous parle de cette belle aventure aux éditions Au Bord des Continents.</strong></h3>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache01.jpg" rel="lightbox[3381]" title="delphinegache01"><img class="size-full wp-image-3383  aligncenter" title="delphinegache01" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache01.jpg" alt="" width="350" height="414" /></a><br />
</strong></p>
<p><strong>Ça fait quoi de voir son propre livre lorsqu&#8217;on le voit la première fois ?</strong></p>
<p>C’est assez spécial… Il y a tant d’émotions qui se chevauchent lorsque l’on crée son tout premier livre que je ne saurais exactement décrire ce que j’ai ressenti en voyant Lily Rose pour la première fois. Bien entendu, j’étais toute excitée… Mais curieusement cette joie est doublée d’un comportement analytique réflexe. En effet, lorsque l’on sort à peine de plusieurs mois de travail et de doute, on peut difficilement s’empêcher de scruter son livre page après page, à l’affût  du moindre défaut.  Un toc qui grandit au fur et à mesure que le projet se concrétise. Une fois que tous les centimètres carrés du livre sont enfin passés au scanner, la joie et le soulagement reprennent le dessus. Seulement à cet instant, on réalise également que le travail sur lequel on a passé tant de temps s’achève là. Quelque part en moi, j’ai trouvé cela triste et angoissant. Recevoir le livre imprimé signifiait que je ne maîtrisais plus rien. Soudain, mon travail de créateur prenait fin et le livre ainsi que tous les morceaux d’âmes qu’il contient n’étaient plus simplement un secret partagé entre mes proches et l’éditeur… Mais il devenait alors un objet destiné à passer entre les mains d’autres personnes dont on ignore totalement ce qu’elles vont éprouver… quel jugement elles porteront à notre travail. Je suppose que ce sentiment est étroitement  lié au fait que ce livre soit mon tout premier livre… C’est pourquoi  je relativise au maximum… Car au fond, en dehors de tous ces détails, donner naissance à Lily Rose aura été une expérience formidable. Un rêve d’adolescent qui s’est enfin réalisé. Et en regardant ainsi les choses, il est clair qu’il est totalement jubilatoire de voir son premier livre pour la toute première fois ! <em> </em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Ton héroïne est une petite rêveuse. Y a-t-il une part de toi en elle ?</strong></p>
<p>Oui, surtout en ce qui concerne son côté rêveur ainsi que l’amour qu’elle porte à la nature et aux choses simples.  Cependant, il ne faut pas s’y méprendre, mon univers n’est pas aussi gai et coloré que le sien… Et c’est justement là que réside tout l’intérêt de donner vie à ce type de petit personnage naïf et plein d’entrain ! La magie des mondes féeriques prend alors tout son sens car on respire la vie différemment lorsqu’on veille à ce qu’au fond de soi, les petites étincelles de l’enfance restent bien animées.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache02_n.jpg" rel="lightbox[3381]" title="delphinegache02_n"><img class="aligncenter size-full wp-image-3384" title="delphinegache02_n" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache02_n.jpg" alt="" width="398" height="244" /></a></p>
<p><strong>Tu cites dans le livre la règle fondamentale des fées qui &laquo;&nbsp;consiste à ne jamais faire ce que l&#8217;on attend qu&#8217;elle fasse au moment où on l&#8217;attend&nbsp;&raquo;. C&#8217;est aussi vrai pour l&#8217;histoire de ce projet ?</strong></p>
<p>À vrai dire, cette phrase est de Patrick…  Il est certain qu’une fée est un esprit espiègle, sans règles ni lois qui fait ce qui l’enchante avant tout. Partant de ce principe, ces petits êtres s’avèrent surprenants…  N’ayant pas eu d’autres expériences de livre illustré avant celle-ci, oui, je dois admettre que j’allais de surprises en surprises sur ce projet. En effet, j’ai appris en même temps que nous construisions ce rêve… En ce qui concerne le résultat, mon regard n’est pas suffisamment objectif… C’est à vous de me dire si LA règle des fées  a bien été honorée ! </p>
<p><strong>Comment te vient l&#8217;inspiration pour tes illustrations?</strong></p>
<p>Cela dépend de beaucoup de paramètres. Mon inspiration est étroitement liée aux émotions et à l’état d’esprit dans lequel je me trouve au moment de créer. J’essaie toujours de m’imprégner au maximum de l’univers que je souhaite mettre en évidence avant de commencer mon travail… En effet, si ma tête ne suit pas le rêve dans lequel mon pinceau s’embarque, inéluctablement l’émotion est absente du tableau.  Personnellement, je préfère créer la nuit, je m’y sens beaucoup plus à l’aise. Le temps semble comme suspendu et rien ne vient perturber  la fragile petite bulle dans laquelle je me plonge pour vivre mes illustrations. Ce conditionnement est très important pour moi. Dans cette quête de force positive, la musique m’aide d’ailleurs considérablement…</p>
<p>Après, l’inspiration peut surgir à n’importe quel instant. Elle peut naître naturellement, suite à un moment de détente, mais on peut aussi la provoquer. Parfois ce sont les choses les plus insignifiantes qui nous conduisent à raconter les plus belles histoires. Il suffit d’un petit rien… Ce peut être la Nature, un objet, un regard furtif, une impression, un souvenir, une émotion… Je crois que trouver l’inspiration, c’est tout simplement savoir observer et rester attentif à ce qui passe autour de nous.  De temps en temps cela suffit à faire jaillir une très belle illustration. Après bien entendu, lorsque l’on souhaite s’envoler dans une direction particulière, il est parfois nécessaire de donner un p’tit coup d’pouce à notre esprit afin de déclencher ces émotions.  Dans ce cas précis, j’établis une petite liste de mots associés à ce que je souhaite représenter… Puis, je pars à la chasse aux images&#8230; textures, photos, dessins, tout est bon à prendre si cela évoque en moi les bonnes émotions. Le but n’étant pas de retenir les détails de ces images, mais simplement de les photographier furtivement… Grosso modo, on pourrait voir cela comme un voyage accéléré. J’en prends plein les yeux et ensuite sans laisser décanter, j’esquisse quelques croquis pour définir une piste visuelle. En général, ce sont des petits gribouillis rapides, presque illisibles que j’accompagne de quelques phrases-clés afin de retenir l’essentiel de ce que je souhaite exprimer. Je laisse reposer le tout en m’interdisant d’y revenir, afin d’avoir un regard neuf sur ce qui a été réalisé. Une fois ce travail établit, il ne me reste plus qu’à peaufiner… C’est à ce moment là qu’interviennent par flash les souvenirs des images chassées la veille…</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache049_n.jpg" rel="lightbox[3381]" title="delphinegache049_n"><img class="aligncenter size-full wp-image-3385" title="delphinegache049_n" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache049_n.jpg" alt="" width="423" height="257" /></a></p>
<p><strong>Et techniquement, qu&#8217;utilises-tu ?</strong></p>
<p>L’aquarelle et le crayon sont les deux médiums que j’aime le plus. Cela dit, il m’arrive aussi très régulièrement d’utiliser photoshop… Surtout lorsqu’il s’agit d’établir les premières bases d’une illustration. C’est un logiciel qui m’aide considérablement pour tester la composition et les couleurs de mes images.</p>
<p><strong>Rêves-tu d&#8217;une suite aux cahiers de Lily Rose ?</strong></p>
<p>Bien sûr ! Ce serait fantastique. C’est une très belle aventure que de donner vie à ce petit univers. Et l’air de rien, au fil des mois, on s’attache drôlement à nos personnages ! Donc oui, une suite au livre, pourquoi pas…</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache007_n.jpg" rel="lightbox[3381]" title="delphinegache007_n"><img class="aligncenter size-full wp-image-3386" title="delphinegache007_n" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache007_n.jpg" alt="" width="483" height="294" /></a></p>
<p><strong>Il y a beaucoup de douceur et de féminité dans ton livre. Le plus bel exemple est les différentes naissances de créatures féeriques&#8230;</strong></p>
<p>Merci. Il est vrai que nous avons beaucoup joué sur le côté féminin, et de manière générale sur les rêves et la naïveté caractéristiques à ceux d’une jeune enfant de l’âge de Lily Rose.  L’idée des naissances est venue au fil des multiples conversations que nous avons eues avec Patrick. De tous les sujets abordés, je crois que c’est celui que je préfère… Il y a tellement de choses à dire et à inventer… Les quatre créatures auxquelles nous faisons référence dans le livre ne sont d’ailleurs qu’une infime petite partie de tout ce qui peut être raconté… </p>
<p><strong>Une touche d&#8217;humour aussi. C&#8217;est important l&#8217;humour chez les fées ?</strong></p>
<p>Oui oui bien sûr ! L’espièglerie et l’humour reflètent toute la fraîcheur de l’enfance… C’est une autre manière de s’évader.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache052_n.jpg" rel="lightbox[3381]" title="delphinegache052_n"><img class="aligncenter size-full wp-image-3387" title="delphinegache052_n" src="http://peuple-feerique.com/wp-content/uploads/delphinegache052_n.jpg" alt="" width="423" height="258" /></a></p>
<p><strong>Sur quoi travailles-tu pour le moment ?</strong></p>
<p>J’ai plusieurs petits projets en cours ainsi que de nombreuses idées qui font leur route et bourgeonnent progressivement… Je ne peux en souffler mot pour le moment… Tout cela doit rester dans le jardin secret des fées…</p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en mars 2010</em></p>
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		<title>Petite promenade en Brocéliande en compagnie de Claudine Glot</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jan 2010 15:15:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Ely</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<h3><strong><em>Pour qui s’intéresse de près aux légendes arthuriennes, un nom apparaît très vite parmi les auteurs ayant exploré cet univers vaste, partagé par toute une culture celtique allant des pays anglo-saxons à la Bretagne, terre des Korrigans. Ce nom, c’est bien sûr celui de Claudine Glot qui a fondé et préside le Centre arthurien de Brocéliande, fleuron des bastions de l’Imaginaire en France. Témoin privilégié de l’énorme intérêt des gens pour Arthur, Merlin, Lancelot et leurs compagnons, l’érudite se fait aujourd’hui auteure aux côtés de Marc Nagels et nous offre une trilogie autour d’Arthur. À l’occasion de la sortie du premier tome, </em></strong><strong>Excalibur<em>, aux éditions Le Pré aux clercs, nos fées et lutins se sont précipités aux portes de Brocéliande pour assaillir de questions la passionnante Claudine Glot. Entrevue magique et promenade féerique au pays d&#8217;Arthur&#8230;</em></strong></h3>
<p> </p>
<p><strong>Vous êtes la fondatrice du centre de l&#8217;Imaginaire Arthurien. Pouvez-vous nous expliquer brièvement comment cette idée a germé et a pu se concrétiser ?</strong></p>
<p>À défaut de l’idée même du centre, la passion pour l’univers arthurien et plus largement le monde celtique, les mythes et les légendes était là depuis longtemps. Puis, à partir de 1979, il y a d’abord eu une revue, <em>Artus (Pays celtiques et mondes nordiques),</em> où nous traitions de ces thèmes à travers l’histoire, l’art, la littérature. Puis, en 1987, alors que je travaillais dans le développement culturel et touristique en Centre Bretagne, aux abords de Brocéliande, l’occasion s’est présentée de proposer un projet à la fois breton et européen, touristique et culturel. En quelques jours, l’idée du Centre a pris forme, et nous avons obtenu un financement qui nous a permis de démarrer et de tenir les deux premières années. Pierre Dubois faisait partie de cette toute première équipe et nous accompagne depuis (Depuis, nous sommes en autofinancement, sauf pour des projets spécifiques comme les différents projets européens). Puis, en 1990, est arrivée une superbe nouvelle : Madame Ferrand, propriétaire de Comper, voulait bien nous y accueillir. Un château breton avec un rempart du XIVe siècle, au bord du lac de la fée Viviane, dans la forêt de Brocéliande ! On pouvait remercier les esprits des lieux.</p>
<p style="text-align: center;"><em> <img class="aligncenter" src="http://www.centre-arthurien-broceliande.com/images/Page%20de%20garde%2002%20j.jpg" alt="" width="300" height="200" /><br />
</em></p>
<p><em><strong><span style="font-style: normal;">Avez-vous vu une évolution par rapport à l&#8217;intérêt du public pour l&#8217;imaginaire arthurien depuis le début du Centre ? Comment l&#8217;expliquez-vous ?</span></strong></em></p>
<p>J’ai vu s’élargir le nombre des passionnés. J’ai vu aussi l’attitude des gens changer : ils revendiquent leur goût pour le merveilleux, la féerie, au lieu de l’avouer presque furtivement comme il y a vingt ans. Sans doute sont-ils plus libérés d’avouer que l’on se sent à l’aise dans l’univers des légendes, qu’il est nécessaire, vital. Ils savent qu’ils ne sont pas seuls, et se réconfortent de ce sentiment de confrérie, mi-secret mi dévoilé.</p>
<p>Bien souvent, en parlant avec nos visiteurs, il me semble que les univers arthurien, celtique, médiéval, féerique ou surnaturel (chacun compose son propre mélange, comportant des doses variables de ces différents mondes), est un antidote à la vie moderne, et qu’il aide à la supporter. La féerie, comme ils en parlent, je la ressens non comme un refuge muré ou un lieu de retraite, de fuite, mais comme une part de soi très précieuse et ardente, dont on connaît la présence permanente et rassurante.</p>
<p>Mais une chose qui n’a pas changé, c’est l’infinie variété des origines des amoureux de la légende (âges, nationalités, religion, etc.), tout comme l’infinie variété déployée dans la façon de l’aborder et de s’en nourrir.</p>
<p style="text-align: center;"><em> <img class="aligncenter" src="http://www.yodawork.com/IMAGES/LE%20PRE%20AUX%20CLERCS/ZF/9782842283643R1.JPG" alt="" width="256" height="400" /><br />
</em></p>
<p><strong>Vous avez écrit avec Marc Nagels, un roman reprenant l&#8217;univers d&#8217;Arthur, Excalibur paru au Pré aux Clercs. Pourquoi cette réécriture ?</strong></p>
<p>Depuis 22 ans que je m’occupe du Centre, j’ai beaucoup écrit sur les légendes celtiques, la légende arthurienne et sur la forêt de Brocéliande. Des articles, des dossiers, des  documents, des essais. J’ai aussi écrit des contes, des romans pour la jeunesse sur les fées  ou sur Merlin, le roi Arthur, etc. Mais il fallait bien un jour faire le grand saut, et donner notre version de la légende. C’est-à-dire, dans le vaste corpus légendaire rédigé depuis des siècles, trouver notre vérité arthurienne, nos préférences, les mettre en cohérence. Sortir d’une version très répétitive et contraignante sans entrer dans une fiction irrespectueuse de ses origines. Je n’ai pas l’intuition fulgurante de Guy Gavriel Kay, le talent de Zimmer Bradley, l’inventivité de Eddings ou les dons du regretté Robert Holdstock, mais je me suis dit un jour que moi aussi, j’avais quelque chose à raconter, et que je me sentais enfin assez solidement armée pour tenter l’aventure…</p>
<p>Marc Nagels, je le connais depuis près de vingt ans. Nous sommes unis par une vieille amitié, d’abord et surtout. Et puis nous partageons un goût commun pour la littérature, et une passion pour les légendes celtiques et arthuriennes, et nous avions si souvent parlé de notre façon de voir la légende arthurienne, de nos héros et épisodes favoris… Nous avons d’ailleurs déjà travaillé ensemble pour « Fées, elfes, dragons et autres créatures des mondes de féerie… » ainsi que pour <em>L’Europe des Vikings</em>, tous deux parus chez Hoëbeke, en parallèle avec les expositions de Daoulas.</p>
<p><strong>Dans l’introduction, vous expliquez qu’il y a en réalité plusieurs « courants » arthuriens, plusieurs points de vue, dont une certaine différence entre l’histoire anglaise et l’histoire française…</strong></p>
<p>Et ce n’est pas tout : six siècles, des centaines de milliers de lignes ou de vers, des auteurs de tous les pays d’Europe… Je vous laisse imaginer les variantes de cette somme de romans, en un temps où la propriété littéraire n’existe pas, où chacun est libre de réutiliser les personnages tout en les transformant, et de s’inspirer sans devoir de fidélité aux œuvres préexistantes. Certains considèrent cette richesse, cette variété, cette mouvance comme un problème ; personnellement j’y vois plutôt une chance et un des grands charmes des romans de la Table Ronde.</p>
<p>Oui, je crois qu’on reste trop sur la version canonique… ou du moins sur celle qui s’est établie comme telle. La Vulgate (les 5 romans en prose qui vont de la passion du Christ à la mort du roi Arthur) solidement construite autour du Graal, a forte teneur ecclésiastique, a écrasé les romans dits « épisodiques » et même les romans du graal en vers. Or tous ces derniers m’ont toujours paru plus merveilleux, pleins d’exploits et d’espoir, car toujours recommencés. Le Graal qui donne la vie et la nourriture éternelle est très mortifère pour la Table Ronde. Ils magnifient le monde de la chevalerie et y mettent fin, sans lui donner l’ombre d’une chance.</p>
<p>Quant à la différence entre les Anglais et les Français, elle est curieuse : l’Angleterre donne la première fiction, <em>l’Histoire des Rois de Bretagne,</em> avec ses fées, ses géants, ses dragons, et le dernier texte, <em>Le Morte Darthur, </em>de Malory. Et très peu de choses entre les deux. <em>Le Morte Darthur</em> qui reprend toute la tradition des romans français de la Vulgate du graal plus des traits de folklore celtique de Grande-Bretagne, organise le récit en un ensemble cohérent. Et cet ensemble est, depuis, sans cesse réutilisé par le monde anglo-saxon (littérature, cinéma) comme l’œuvre unique de référence. Ce qui fait que les caractères qu’il dessine, les situations qu’il met en scène sont devenues les seules références de nombre d’amateurs de la légende arthurienne.</p>
<p>Alors que c’est en France que se construit l’ensemble du fonds littéraire : très nombreux romans en vers contant des aventures merveilleuses, grandes suites en prose donnant toute une importance majeure à l’histoire du Graal et à sa Quête, créant même un nouveau héros, Galaad</p>
<p>Enfin, les Anglais ont toujours recherché une vérité historique arthurienne, assez évanescente à vrai dire, par souci politique et dynastique. Alors que les Français, dont le royaume avait déjà trouvé ses racines antiques, ne considérait que l’aspect artistique et littéraire de la légende.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/8/9/7/9782737320798.jpg" alt="" width="320" height="446" /></p>
<p> </p>
<p><em><strong><span style="font-style: normal;">Via le cinéma, l’incontournable dessin animé Disney, les grands auteurs de fantasy anglophones, une certaine connaissance du mythe arthurien s’est imposée… Du coup, la lecture de votre livre remet un peu les choses en place… On pense à l’origine d’Uther Pendragon, en réalité deux frères, Uther et Pendragon. On pense aussi aux différents lieux et leur situation géographique, au lien entre Grande et petite Bretagne… Autant de choses rendues plus claires dans votre ouvrage…</span></strong></em></p>
<p>C’est mon côté prof et mon côté gardienne de la flamme qui se sont ainsi réunis ! Pas très rock’n roll mais utile parfois.</p>
<p><strong>Par contre vous enlevez une sacrée couche de chrétienté, ne passe-t-on pas dès lors à côté d’une caractéristique du chevalier, plaçant Dieu avant toute chose (même si cela relevait plus d’une symbolique, voire d’une propagande à l’époque de la fondation du mythe arthurien) ?</strong></p>
<p>Le chevalier tel que vous le décrivez est une construction romanesque somme toute tardive dans l’évolution des thèmes arthuriens. Ou il s’agit d’un membre d’un ordre de chevalerie : là, c’est un autre registre, celui de l’histoire. L’ascèse de la chevalerie ne s’invente pas avec le christianisme. Le chevalier arthurien est l’héritier des guerriers de Finn, des héros irlandais partant seuls à l’aventure, en un temps où le christianisme n’existait pas. Dans les grands romans du graal, le service de Dieu placé plus haut que toute autre action nous offre un héros déshumanisé et, paradoxalement, privé de merveilleux,  d’arrière plan mythique, comme Galaad, que Jean Cocteau appelait très justement le chevalier robot. Il chevauche, il prie, il tue. Mais tout chevalier arthurien s’efface devant ce qu’il a élu de plus grand : le roi, l’honneur, l’amour sublimé de la Dame, et enfin Dieu. Comme pour le Graal, ce n’est pas l’objet (le but) qui compte, mais la démarche (ou même la marche), le mouvement vers, l’état d’esprit qui accompagne cet élan.</p>
<p>Je n’ai pas eu le sentiment d’enlever quoi que ce soit ; juste de recourir à des sources existantes mais moins souvent utilisées. Je ne voulais pas recourir à la tradition romanesque qui reconstruit toute la Matière de Bretagne en fonction du Graal, avec pour but de mettre fin aux « enchantements de Bretagne ». Ces enchantements qui, justement, m’enchantent ! La version que j’ai suivie est tout de même initiée par Chrétien de Troyes et ses continuateurs, et elle n’est pas antichrétienne. Elle est courtoise et merveilleuse, et celtique dans ses origines, et s’écrit dans une société chrétienne. C’est ce qui m’intéressait, et qui ne se trouvait pas dans les versions de Langlais ou de Boulenger. Je n’ai pas situé mon récit dans une société non-chrétienne, au contraire. Simplement, je ne soumets pas toute l’aventure héroïque à un formatage ecclésiastique, superbement construit et écrit cependant.</p>
<p><em><strong><span style="font-style: normal;">Comptez-vous poursuivre cette aventure romanesque ?</span></strong></em></p>
<p>Nous sommes déjà en train de la poursuivre. Deux volumes sont prévus, et déjà en écriture. Le second se concentrera sur les aventures chevaleresques, les exploits de la Table Ronde, et le troisième sur la Quête du Graal.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://www.broceliande-pays.com/IMG/arton589.jpg" alt="" width="331" height="461" /></p>
<p> </p>
<p><strong>Que sont les fées dans le mythe arthurien, leur origine, leur place et ce qu&#8217;elles symbolisent ?</strong></p>
<p>On ne voit pas toujours à quel point elles sont présentes et combien leur rôle est primordial. Que ce soient les plus nobles fées ou les plus modestes, celles qui ne sont même pas nommées, il n’est pratiquement pas de personnage féminin qui ne soit féerique dans le légendaire de la Table Ronde, même la reine Guenièvre. Les fées sont clairvoyantes, prophétesses, guérisseuses, elles savent le destin de ceux dont elles guident la route. Elles enseignent et intronisent les chevaliers et le roi lui-même. Elles vont et viennent entre notre monde et l’Autre Monde, entre les palais, les eaux, les forêts.</p>
<p>Dès que le chevalier quitte le monde façonné par les humains (châteaux, villes, champs) et qu’il entre dans la nature, il pénètre dans un monde sous-tendu par le surnaturel, hanté par les esprits de l’ailleurs et du tout autre. Une demoiselle seule dans les bois, près d’une fontaine, d’un gué ou à un carrefour, c’est tout simplement une fée. Mais à l’inverse d’aujourd’hui, où l’on attend de la fée un « appareil » qui la désigne clairement (ailes, oreilles pointues, nudité plus ou moins offerte), l’être féerique ( N’oublions pas que fée est d’abord un adjectif qui désigne toute créature surnaturelle, dame, chevalier, animal, arbre, etc. avant de devenir un nom déterminant uniquement un personnage féminin.) ne s’impose pas, son rôle la désigne. L’identification de la fée passe donc par la fulgurance de l’intuition, dans l’exception du moment de la rencontre. Je trouve que c’est très beau ainsi.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://www.decitre.fr/gi/90/9782842301590FS.gif" alt="" width="309" height="380" /></p>
<p><strong>Vous avez tenu récemment une conférence sur l&#8217;origine, la naissance des fées&#8230; En quelques lignes, quelle est-elle donc cette origine?</strong></p>
<p>Je crois que les mots ont une importance, une précision absolue et qu’ils ne sont pas impunément interchangeables. Comme son nom, attesté à partir du XII<sup>e</sup> siècle seulement, (« <em>Le nom est bien le principe décisif, non de l’invention des êtres mythologiques, mais de l’instant même où ces êtres deviennent purement mythologiques et tranchent leurs derniers liens avec la terre ». </em>Ferdinand de<em> </em>Saussure), la fée commence à exister quand on a besoin d’elle. Si les femmes surnaturelles ou divines existent dans toutes les cultures et dans toutes les parties du monde, la fée a son canton personnel, à l’ouest du continent eurasiatique. Ni déesse, ni nymphe, ni dryade, ni Parque, elle tient pourtant un peu de toutes celles-ci et impose son rôle auprès des humains.</p>
<p>Dans la fée originelle se fondent des réminiscences des grandes déesses ou des petites divinités du Panthéon classique et des esprits protecteurs chantés par la poésie latine. Leur demi-nudité, leur éclat, leur préférence pour les forêts et les eaux les rattachent à la famille des nymphes et des dryades, des esprits des bois qui s&#8217;unissent volontiers aux humains.</p>
<p>Elles ont aussi la hardiesse de manière, la liberté de mouvement, les cheveux d&#8217;or et le teint lumineux des dames de l&#8217;Autre Monde celtique, comme la belle Niamh aux chevaux d&#8217;Or ou l&#8217;inconnue qui enlève Connla. L&#8217;union de la fée avec un homme est d&#8217;ailleurs typique des contes d&#8217;origine bretonne : dans la mythologie gréco-latine, ce sont les dieux qui s&#8217;unissent volontiers avec les mortelles.</p>
<p>Tisserandes, devineresses, guérisseuses, elles multiplient les savoirs et pouvoirs d&#8217;origine divine, filles en cela des Parques latines, des Nornes nordiques, et des Sybilles. Dans leur colère et leurs vengeances, se profile l&#8217;ombre de Médée ou d&#8217;Erichto de Thessalie, le pays de toute sorcellerie. Leur ascendant sur la nature leur permet de jouer à volonté du vent et des eaux, de la mer ou des rivières. Au XIXe siècle, Chateaubriand le rappelle : &laquo;&nbsp;Les fées gauloises, répondit Velléda, ont le pouvoir d&#8217;exciter les tempêtes, de les conjurer, de prendre la forme de différents animaux.&nbsp;&raquo;</p>
<p>AU XIIe siècle, alors que la foi semble la plus ardente et que la société, le pouvoir, la vie civile fonctionnent sur le modèle dicté par la religion, fait irruption tout un peuple venu de bien avant le christianisme : fées, enchanteurs, chevaliers aux pouvoirs surnaturels, et avec eux un cortège de forêts ou d’îles enchantées, de cimetières et de landes maléficiées, de dragons étincelants et d’épées magiques. Compensation aux contraintes de l’Église et ses interdits moraux et sexuels? En partie, mais surtout la nécessité d’affirmer que la religion n’a pas le monopole du merveilleux, des êtres qui défient le temps et la logique. Et c’est ainsi que les Lusignan se réclament de Mélusine, les rois de France, au travers du Troyen Énée, font remonter leur lignée à Aphrodite&#8230; et les Bretons au roi Arthur, « le roi le plus aimé des fées ». (Je m’arrête là, avec ces fées si proches des humains par leur apparence. Mais ensuite vient l’évolution des fées, leur « miniaturisation », la naissance de la fée ailée, l’engouement victorien pour les fées, etc.)</p>
<p><strong>Et les dragons ?</strong></p>
<p>Vaste question ! Le dragon est universel, et sa présence tutélaire ou effrayante répandue par toute notre planète. Il fait partie des figures archétypales de nos effrois et de nos espoirs, protecteur dans les pays d’Asie, en orient, ravageur en Occident. Seul le dragon des Pendragon, est à la fois un dragon occidental et bénéfique.</p>
<p>Dans la tradition antique classique (Grèce), le dragon est un serpent monstrueux. Ce serpent est présent dans l’iconographie celtique dès le Ve siècle avant JC : serpents affrontés, en esse, à tête de rapace (proche du griffon) ou de cheval (proche du dragon marin grec, le kétos). Pendant la seconde moitié du IV siècle, le motif se répand jusqu’à la Tamise et en Gaule : on a retrouvé plus de 200 fourreaux d’épées ou de coutelas celtiques ainsi décorés. Il est donc vraisemblable de lier ce motif à la fonction guerrière. Cette symbolique perdure dans l’usage du dragon sur les enseignes militaires des légions romaines.</p>
<p>Ce dragon, habite au creux de la terre (caverne, grotte, intérieur d’une montagne), et s’abrite dans les eaux souterraines. Il crache du feu, vole dans les airs. Il est totalité cosmique et esprit du sol, en un temps où le roi (revoyez Excalibur) et la terre ne sont qu’un. Le roi émane du dragon, le dragon obéit au vrai roi. Ce qu’on retrouve dans le <em>draco insularis</em>, le dragon de l’île (le roi d’Angleterre) ou dans le titre de Pendragon, tous deux donnés au roi pour montrer son pouvoir, mais aussi pour attirer sur lui la protection du dragon.</p>
<p><strong>Vous évoquiez votre livre sur le Petit Peuple chez Hoëbeke. Lorsqu&#8217;on est passionnée par le mythe arthurien, est-on inévitablement attirée par la féerie ? Qu&#8217;est-ce qui vous séduit chez le Petit Peuple ?</strong></p>
<p>Petite précision : chez Hoëbeke, j’ai publié, avec Michel Le Bris, <em>Fées, elfes, dragons et autres créatures des mondes de féerie</em>, qui accompagnait l’exposition du même titre. Je n’étais pas le seul auteur de cet ouvrage qui retraçait l’histoire des fées et des créatures de féeries à travers les siècles et les pays, et pour lequel Pierre Dubois avait écrit des textes  magnifiques.</p>
<p>Si l’on se pénètre des mystères de la légende, si l’on s’émerveille de toute ce qu’elle convoie de traditions, de rêve, d’invention, de beauté, on ne peut pas ne pas être attiré par la féerie. Mais je serais tentée de vous dire que le Petit Peuple, c’est un autre versant, ou un autre canton du pays de nos légendes, de nos croyances les plus anciennes et les plus intimes. Le Petit Peuple dit notre rapport au monde qui nous entoure, car ils le peuplent et lui donnent une âme. Ils sont là dans les lieux familiers, les gestes du quotidien. Leur fréquentation, leurs contes sont aussi ceux qui relient le fil qui nous unit à nos grands-parents, à nos proches origines. Ils m’enchantent aussi par leur infinie variété, leurs habitudes, leurs coutumes même, leur mauvais caractère, leurs défauts et leurs sens aigu de la justice – enfin d’une certaine justice.</p>
<p style="text-align: center;"><em> <img class="aligncenter" src="http://www.elbakin.net/plume/xmedia/fantasy/news/affiche_imaginaire_2008.jpg" alt="" width="380" height="500" /><br />
</em></p>
<p><em><span style="font-style: normal;"><strong>Le Centre arthurien se situe en forêt de Brocéliande (Paimpont en Bretagne). Comment Paimpont est-elle redevenue Brocéliande ?</strong></span></em></p>
<p>Le village de Paimpont naît vers le VIIe siècle, dans le mouvement du monachisme breton. Il est d’abord un ermitage, autour duquel un hameau prend forme. Une abbaye remplace le petit ermitage. Lorsque l’industrie du fer prend possession de la forêt, au XVIIe siècle, on commence à désigner par le nom du bourg qui en forme le centre, Paimpont. c’est là qu’elle perd son nom de Brésilien, ou Brécheliant, attesté pendant le moyen âge et dont Chrétien a fait Brocéliande.</p>
<p>Mais dès l’époque romantique, Brocéliande retrouve ses fervents : érudits, derniers romantiques, celtomanes aussi, antiquaires chercheurs de traces des anciennes cultures et acharnés à trouver la trace des êtres légendaires. À partir de 1950, l’abbé Gillard, curé de Tréhorenteuc, relance l’intérêt pour Brocéliande et ses légendes. Et nous, au Centre Arthurien, nous prenons le relais à la fin des années 80.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em><strong><span style="font-style: normal;">Si vous devez pencher pour une des œuvres suivantes, laquelle préférez-vous et pourquoi?</span></strong></em></p>
<p><strong>- </strong><em><strong>Merlin</strong></em><strong> de Istin et Lambert (Soleil) ou </strong><em><strong>Arthur</strong></em><strong> de Chauvel et Lereculey (Delcourt) ?</strong></p>
<p>Joker !</p>
<p><strong>- </strong><em><strong>Kaamelott</strong></em><strong> ou </strong><em><strong>Monty Python</strong></em><strong> and the Holy Grail ?</strong></p>
<p>Monthy Python, précurseurs, comme déjantés iconoclastes, rois du <em>nonsense</em>. Quand Kaamelott a démarré, j’en ai été ravie. La dernière série m’a un peu laissée sur ma faim, je n’ai guère apprécié l’élucidation « romaine » et la trop grande implication historique.</p>
<p><strong>- </strong><em><strong>Lancelot </strong></em><strong>de Jerry Zucker avec Richard Gere et Sean Connery ou </strong><em><strong>Les Chevaliers de la Table ronde</strong></em><strong> de Richard Thorpe avec Robert Taylor et Mel Ferrer ?</strong></p>
<p>C’est dur de me faire dire du mal d’un film où joue Sean Connery, et le film de Thorpe est loin de refléter ma vision du récit et des personnages, mais c’est pourtant ce dernier que je choisirais. Parce que le <em>Lancelot</em> de Zucker, privé de toute magie, accumule les contresens, je choisis <em>Les chevaliers de la table ronde</em>, pour son imagerie naïve, son beau technicolor et pour sa distribution.</p>
<p>Le seul film qui réponde vraiment à la légende reste<em> Excalibur</em>. Boorman connaît son sujet en profondeur, il en est imprégné, il a compris a dimension mythique. Qu’on en discute l’esthétique, oui. Mais pas le sens ni l’intelligence du propos.</p>
<p><strong>- Le cycle Brocéliande de Jean-Louis Fetjaine ou </strong><em><strong>The Mists of Avalon</strong></em><strong> de Marion Zimmer Bradley ?</strong></p>
<p><em>Les Brumes d’Avalon</em>, sans hésiter.</p>
<p><strong>Vous organisez en 2010 une très belle rencontre entre les légendes de Bretagne et celles d&#8217;Angleterre. Parlez-nous de ce fabuleux projet et de cette idée de jeter un pont entre deux zones géographiques réelles partageant un même univers légendaire&#8230;</strong></p>
<p>À la fin de l’année 2007, j’ai découvert que le programme Interreg IV (Pour plus de précision sur ce programme, <a href="http://www.interreg3.com/FR/homepage.asp">voir le site Internet de Interreg III</a>.) permettait à une association comme la nôtre d’élaborer des projets communs avec une région européenne frontalière. En Bretagne, cela voulait dire le sud-ouest de la Grande-Bretagne. J’ai alors repris contact avec des artistes (peintres, illustrateurs, musiciens) avec qui j’avais travaillé en 2003, pour l’exposition <em>Fées, elfes, dragons et autres créatures de mondes de féerie</em>. Et j’ai découvert qu’ils avaient ajouté une nouvelle corde à leur arc, la réalisation de films (vidéo) tournés dans le Devon. Mieux encore, ces films avaient pour sujet des contes ou des légendes locales ; or nos légendes bretonnes et les légendes de Cornouailles sont plus que cousines. Donc, avec Elizabeth-Jane Baldry (la harpiste des fées) et le Chagford Filmmaking Group, nous avons mis sur pied un double projet. Une exposition d’abord, menée par le Centre Arthurien, réunissant des artistes français et anglais et destinée à être montrée dans les deux pays. Et un film de 52’, tourné dans les deux pays. Restait à s’accorder sur le sujet. Nous sommes pratiquement sans hésitation tombées d’accord sur le <em>Lai de Lanval</em>. Ce lai féerique de Marie de France (XIIe siècle) s’est maintenu sous sa forme originelle en France, mais a été maintes fois réécrit par différents auteurs anglais.<em> </em>Chaque artiste travaille sur la version de son choix.</p>
<p>La subvention Interreg impliquait une logique de territoire. Virginie Ropars (Créatrice d’incroyables poupées de collection.), chargée des expositions en Bretagne, a contacté une quinzaine de personnes en Bretagne (Deux artistes qui ont beaucoup travaillé sur les thèmes médiévaux et celtiques, qui exposent régulièrement en Bretagne, mais qui sont parisiens, ont été aussi associés au projet : le livre d’art <em>Merlin</em>, qu’ils venaient de publier chez Soleil, rendait leur présence indispensable.), tandis que Kelly Martinez faisait de même en Devon. Pratiquement tous ont été d’accord, et nous avons 26 participants au projet. Des dessinateurs, illustrateurs, peintres, sculpteurs…Certains d’entre eux, comme Alan Lee ou Brian Froud, sont aussi impliqués dans la conception artistique du film.</p>
<p>Voici la liste complète des artistes : Alan Lee, Brian and Wendy Froud, Kelly Martinez, Marc Potts, Linda Ravenscroft, Ian Daniel, Jacqui Martinez, Bridget Barker, Josephine Wall, Ed Org, Terry Windling, Rima Staines en Grande-Bretagne.</p>
<p>Et en France Olivier Ledroit, Severine Pineaux, Didier Graffet, Erwan Seure Le Bihan, Brucero, Virginie Ropars, Aleksi Briclot, Jean-Sebastien Rossbach, David Thiérrée, Erlé ferronnière, Yoann Lossel, Anne Smith, Jean Lemonnier. (Il existe <a href="http://www.facebook.com/profile.php?id=790129824&amp;ref=ts#/group.php?gid=185658313810">un groupe Facebook, </a><em><a href="http://www.facebook.com/profile.php?id=790129824&amp;ref=ts#/group.php?gid=185658313810">Légendes et féerie en Brocéliande</a></em>, pour ceux qui auraient envie de soutenir ce projet et de se tenir au courant de son avancement).</p>
<p>Outre l’échange, essentiel, et base même de ce projet, je trouve très excitant ce mélange de liberté et de contrainte : « faites ce que vous voulez, mais sur un sujet précis » ainsi que la chance qu’il offre de confronter ce qu’il faut bien appeler (faute de mieux) le génie propre à chaque peuple. Mon travail sur le domaine des légendes arthuriennes m’a au moins enseigné ceci : dès les premiers romans, la même histoire (le même schéma narratif) prend une couleur, un style, totalement différents en France, en Angleterre et en Allemagne.</p>
<p>Un autre point fort, bien sûr, c’est d’avoir regroupé de très grands artistes, célèbres pour leur travail d’illustration des légendes, et de les confronter à des plus jeunes ou à des moins connus, en toute égalité !</p>
<p><em>Propos recueillis par le Peuple féerique en janvier 2010</em></p>
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