Rencontre avec Pascal Moguérou pour la sortie de son Abéféedaire au Lombard…
29 juin 2012 par Richard Ely
Pascal Moguérou nous ouvre son Abéféedaire !
Depuis ses débuts chez l’éditeur breton, Au Bord des Continents, les réalisations de Pascal Moguérou nous avaient toujours séduit. Mais il faut avouer qu’avec cet Abéféedaire paru aux éditions du Lombard, l’illustrateur a encore monté d’un cran en nous offrant un livre des plus soignés où images fabuleuses et écrits se mêlent dans une ronde joyeuse et vous entraînent au Pays de l’Ailleurs pour vous y égarer à jamais.
Rencontre avec Pascal Moguérou, un vrai ami des fées et des lutins pour un échange des plus sympathiques parsemé de très nombreuses illustrations choisies par l’artiste pour vous, rien que pour vous !
Combien de temps a-t-il fallu au projet pour voir le jour? Quelles en ont été les étapes ?
L’aventure a commencé, en 2009 je crois, par ma rencontre avec Pôl Scorteccia, alors directeur éditorial au Lombard. On a discuté pas mal autour de tout ce qui pourrait se faire dans cette collection. Au fil du temps, il a fallu composer et aussi imposer tel ou tel choix, telle ou telle direction de travail mais dans l’ensemble et compte tenu de mes réalisations passées, ça a été plutôt simple. Antoine Maurel a repris le flambeau et c’est avec son amicale complicité que le livre s’est construit.
Il y a vraiment eu, de la part du Lombard un bel enthousiasme et une vraie volonté de qualité: beau papier, embossage, doré à chaud sur le titre, quatre ex-libris en pochette, pour qu’au final, et c’est ce que j’ai essayé de faire comprendre tout au long de son élaboration, ce soit bien plus qu’un livre; un bel objet qu’on a plaisir à tenir entre ses mains, pour s’y plonger puis le laisser, pour ensuite mieux y revenir, à la manière d’un vieil ami dont on aime retrouver la compagnie… Trois ans ont passé depuis mais il est enfin là!
Quand on m’a demandé de qualifier d’un mot l’Abéféedaire farfelu, celui qui m’est venu presque naturellement à l’esprit, hé bien c’est «gourmand» et c’est bien comme cela que j’ai voulu ce livre : rempli d’une multitude de saveurs et de petites choses à grignoter!
Comment naît un personnage chez toi ?
Si j’osais, je ferais un parallèle avec une recette de cuisine, qu’on élabore en y ajoutant de ceci ou de cela, que l’on goûte, à laquelle on rajoute encore quelques épices et qu’on laisse mijoter tranquillement… Hé bien un personnage, pour moi, c’est un peu ça ! La situation, la saynète, le comique de situation ou au contraire, une scène où fleure bon l’angoisse va déterminer d’emblée ma façon d’envisager tel ou tel personnage. Un minois souriant, les rondeurs charmantes de mes petites ailées, une situation cocasse, tout cela contribue, j’espère, à installer au fil des pages un climat serein et apaisant. Mais quand le registre devient tout autre, je change radicalement de façon de pensée et mon graphisme doit forcément s’en ressentir.
Tu as particulièrement soigné les textes, c’était quelque chose qui te tenait à coeur d’écrire ça toi-même ?
En fait, ça peut paraître bizarre à dire comme cela, car je pense qu’on me connaît beaucoup plus pour mon dessin, mais j’aime autant écrire que dessiner ! Je ne sais même pas si l’écriture ne prend pas plus d’importance, par moment, dans mon cheminement créatif !?… J’aime cet exercice qui consiste à sauter des mots vers un dessin et inversement, c’est somme toute assez commode pour l’illustrateur que je suis !
Les mots ont bien plus de force que n’importe quel dessin, le plus beau et abouti soit-il, et j’ai une sainte horreur de devoir couper dans un texte quand il a été pensé comme tel, peaufiné et réécrit je ne sais combien de fois, tout ça pour faire la part belle à l’image, mais malheureusement parfois, souvent même, faute de place, ça devient une obligation… J’ai déjà du mal à le faire de mon propre chef, je n’imagine même pas devoir le dire à quelqu’un qui écrirait dans mes livres !
Pour ce qui me concerne, je construis mes livres comme je pars en balade, sans trop savoir où mes pas ou mes envies graphiques vont me mener ! Tout ce que j’ai écrit au final, pour l’Abéféedaire, n’a pas pu tenir dans le livre et c’est franchement un crève-coeur, mais deadline et foliotage sont des règles auxquelles il faut se plier!
Si tu écris, c’est que tu lis, forcément… alors quels sont tes livres de chevet ?
Ouch… J’en ai beaucoup ! Mais je reviens souvent à ce que je considère comme ma bibl. Je dois relire tous les ans les sept ou huit volumes du cycle de Dune, ça paraît complètement dingue mais j’y trouve à chaque relecture quelque chose de nouveau et Herbert a une réflexion sur le pouvoir, la politique et la religion qui ne cesse de me faire réfléchir… Et puis il y a Spinrad, Leigh Brackett, Vance, Moorcock, Asimov, Van Vogt ou K Dick… Heu, beaucoup de SF et Fantasy en fait !
Dessiner la féerie c’est nous offrir des petites demoiselles un rien coquines pour les fées, des lutins grimaçants ou aux bouilles bien sympathiques. D’où te vient cette inspiration, comment explique-tu cette vision des fées et lutins?
Mmmm…(sourire), J’imagine que cette manière de peindre mes p’tites pépètes s’est installée doucement, et renforcée avec le temps. Au début, on puise aux essentiels, Rackham, Froud et compagnie, sans copier forcément on s’inspire inévitablement de toute cette iconographie… Et puis, avec le temps, en construisant mon propre univers, pierre après pierre, ou livre après livre, j’ai installé ma vision de cette Féerie où j’aimerais me retrouver. Je crois que mon dessin est la rencontre de l’illustration pure avec celle de la bande dessinée. La BD m’a toujours accompagné, et découvrir le trait d’un Esteban Maroto, Frazetta, Nino, Fernando fernandez ou josé Ortiz en passant par Wally Wood, Jeff Jones ou Wrightson, a forcément influencé mon propre trait; c’est ce que j’ai essayé d’expliquer avec simplicité dans mon «Sketchbook»… Des petites fées aux rondeurs très «humaines» ou des lutins aux faciès goguenards ne sont que l’aboutissement logique de toutes ces inspirations de jeunesse. Qu’est-ce qu’un style finalement, sinon la somme de ce que l’on aime d’emblée dessiner et ce que l’on rejette presque automatiquement d’un point de vue graphique…
Quelques pages se font plus sombres, plus heroic-fantasy aussi. Un côté moins connu de ton oeuvre. Est-ce quelque chose qui te démange, d’explorer les ombres, les guerriers ou les dragons ? Ou juste de petites incursions ?
Hé bien à dire vrai, oui! ça a souvent été de pair avec mon travail sur le livre. Mais j’abordais les aspects fantastiques, fantasy et autres au niveau des couvertures que j’élaborais pour d’autres maisons d’édition comme Fleuve Noir, fut un temps… Et ces incursions dans d’autres univers thématiques étaient un vrai régal… D’ailleurs, un projet poussant l’autre, c’est souvent faute de temps que l’on se retrouve à devoir choisir très vite une direction de travail… Jusqu’à présent, à part les couvertures et le travail d’écriture que j’avais fait pour le livre «l’Univers des Dragons» aux éditions Maghen, je n’avais jamais eu vraiment le temps de me poser et de réfléchir sérieusement à un livre qui aborderait d’emblée, tous les aspects sombres de la Féerie ou de la Dark Fantasy… Avec mon prochain, ce sera chose faite!
La collection au Lombard implique-t-elle ton départ définitif d’Au Bord des Continents ? Que retiens-tu de cette aventure bretonne ?
Sans parler de départ définitif. Nous avons d’ailleurs discuté il y a quelques temps, d’un projet qui pourrait se concrétiser; disons que j’avais envie de voir si l’herbe était plus verte ailleurs! En apparté, je dois confesser que je suis un dessinateur de BD frustré. Pour diverses raisons, je n’ai jamais sauté le pas mais ce n’est pas l’envie qui me manquait… À ce propos, il se trouve que… mais j’en dirai un peu plus à un autre moment…
Il faut, je pense, remonter à ma prime enfance: dès l’âge de 8,9 ans parallèlement à des lectures plus conventionnelles, j’ai commencé à lire, à dévorer même devrais-je dire, tout ce qui pouvait, en matière de BD, me tomber entre les mains! Et je parle là de ce que l’on appelait à l’époque, les “petits formats” ; Mon Journal, Impéria, Châteaudun, Arédit, Lug,et j’en passe… et puis Pif, Spirou, Tintin, Pilote sont venus par la suite.
Aussi, l’idée de faire partie de cette belle maison d’édition ancrée depuis 60 ans dans l’art de la BD qu’est Le Lombard était par trop tentante, “pensez: la maison d’Hergé et de Tibet, de Dany et Dupa, de Rosinski et même de Franquin!”
Comme Le Lombard avait envie de développer une collection de “beaux-livres illustrés”; j’ai été frapper à sa porte…et vous connaissez la suite!… L’équipe est vraiment sympa et enthousiaste et franchement, je ne regrette nullement ce choix. Mais Breton je suis, et Breton je reste, et d’autres projets de livres, d’autres collaborations verront le jour sans nul doute, que ce soit en Bretagne ou ailleurs.
Tu as donc d’autres projets signés chez eux ?
En fait oui, et je travaille déjà sur le prochain livre depuis quelques temps, surtout pour ce qui est de l’écriture. Une entreprise ardue je dois l’admettre, pas tant pour ce qui relève du verbe, mais plus dans la manière d’envisager ce livre qui va explorer, comme je l’ai dit plus haut, une féerie beaucoup plus sombre… Le fait de coiffer ces deux casquettes que sont le dessin et l’écriture n’est pas toujours, comme on pourrait le penser, une sinécure! Et le défi majeur, en l’occurrence, sera d’arriver à y distiller assez d’humour et de fantaisie au coeur de toute cette noirceur, que ce soit dans les dessins ou dans le texte, pour ne pas effrayer mon public! Je vais vraiment devoir me faire violence tant l’humour et le farfelu sont devenus un modus operandi dans ma façon d’envisager “ma” Féerie, mais là, les thèmes abordés risquent d’être un sacré écueil à toute velléité de fantaisie ( je garde quand même bon espoir )…
Pour la suite, j’ai deux autres projets sur lesquels je travaille, dont un justement qui s’ancre de plain-pied dans ma terre chérie de Bretagne. C’est pour l’instant à peine plus qu’une idée qui chemine dans ma caboche… mais je la laisse faire son bonhomme de chemin et on verra si de tout cela surgit quelque chose d’assez abouti pour s’installer dans un livre!…
Et pour terminer cette belle rencontre, une dédicace toute spéciale pour le Peuple féerique qui remercie très chaleureusement son auteur.
Une interview réalisée par le Peuple féerique en juin 2012.

















Voici un ouvrage qui ne devrait pas tarder à rejoindre ma collection…
Je me suis fais un superbe cadeau !…
Ce livre est extraordinaire, il nous invite à rêver, à sourir, à aimer et à observer la nature autrement….
Merci Monsieur Moguérou !
Merci beaucoup pour cette interview. J’ai hâte d’avoir ce livre entre mes mains…
Simplement et éternellement fan…!
Merci pour cette interview ! Je suis séduite par ces magnifiques dessins !
Les illustrations sont magnifiques !