Il était une fois la fantasy !
30 juin 2009 par Richard Ely
Cet article se veut un point de repère pour tous ceux que la fantasy interroge. Cette courte présentation permet, en quelques pages, de décrire le genre, ses principaux courants, les éléments qui le définissent. Ce texte démontre également que la fantasy traverse tous les médias : livres, bande dessinée, jeux, cinéma, peintures… Elle se fait la muse des auteurs et artistes d’aujourd’hui et la richesse en images qu’elle véhicule semble inépuisable. Là où la critique ne voyait dans la fantasy que la représentation fortement stéréotypée du Bien et du Mal dans un contexte barbare, apocalyptique ou médiéval, les auteurs contemporains rétorquent avec brio en complexifiant les personnages et les univers. La fantasy urbaine, la dark fantasy et autres branches fuient les stéréotypes et leurs œuvres élargissent le débat. On retrouve enfin toute l’espièglerie de l’être de faerie et on apprécie le trouble du héros malgré lui.
Vous trouverez en ces pages une multitude de références pour consolider vos connaissances de ce genre en plein essor. Que vous soyez amateur de mots, de cases ou d’images, vous trouverez ici de quoi alimenter votre passion.
Il me reste simplement à vous souhaiter la bienvenue dans les Royaumes de la fantasy et de ses fervents chevaliers que sont la littérature, la bande dessinée, le cinéma et les jeux. Bon voyage dans les contrées de l’extraordinaire et du merveilleux !
Origines de la fantasy
Issu à la fois du Merveilleux et du Fantastique, le genre Fantasy apparaît au XXe siècle.
Le terme anglais « fantasy » signifie tout simplement « imagination ». Ce genre puise ses origines dans les mythes, le folklore légendaire, les contes de fées. On le dénomme parfois médiéval-fantastique en rapport au cadre très souvent moyenâgeux de ses récits.
La fantasy nous invite à explorer un monde supposé réel. L’univers décrit est accepté sans autres explications.
La Fille du Roi des Elfes (The King of Elfland’s Daughter) de Lord Dunsany (1924) peut être considéré comme l’un des premiers ouvrages fondateurs du genre.
La Fantasy connaît ses premiers succès en littérature : Conan le Barbare de Robert E. Howard dans les années 30, le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien dans les années 50.
L’engouement du public pour ce type d’histoires aboutira à nombre d’œuvres littéraires, cinématographiques, musicales ou graphiques.
high fantasy : J.R.R. Tolkien
Evoquant la lutte entre le Bien et le Mal, la high fantasy présente un monde féerique avec ses civilisations, ses peuples, ses langages, etc.
Roman exemplaire du genre, Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien (1954-1955) nous conte les aventures d’un semi-homme, Frodon le Hobbit qui aura pour mission de détruire l’Anneau Unique, symbole du Mal.
Passionné très tôt par les civilisations anciennes et les langues imaginaires, John R.R. Tolkien (1892-1973) trouva dans les contes de fées, la mythologie celte et les sagas nordiques l’inspiration pour sa Terre du Milieu, qu’il ne cessera jamais d’enrichir.
Le succès du Seigneur des Anneaux engendra de nombreuses adaptations. Citons par exemple le film d’animation de Ralph Bakshi (1978), la trilogie cinématographique du néo-zélandais Peter Jackson qui connut un succès international (2001 à 2003).
high fantasy
Ce courant majeur de la fantasy prend ses racines dans les mythologies et le folklore et nous entraîne dans des mondes où le Bien et le Mal s’affrontent sur fond de magie. L’oeuvre de J.R.R. Tolkien et sa trilogie du Seigneur des anneaux en établiront les fondements.
S’inspirant des légendes arthuriennes, Marion Zimmer Bradley écrira Les Dames du Lac en adoptant le point de vue des femmes : Viviane la dame du lac, la fée Morgane et Guenièvre, épouse du roi Arthur.
En s’attachant à la présentation d’un monde, de ses croyances, de sa géographie, des auteurs tels que David Eddings, Robin Hobb, Roger Zelazny, Terry Goodkind, George R.R. Martin, Robert Jordan créeront de véritables univers peuplés de races diverses, avec leur histoire, leurs langues et leurs cultures.
La parodie et l’humour sont aussi du voyage dans les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett.
heroic fantasy : Robert E. Howard
Dans les années 30, Robert E. Howard (1906-1936) allait ériger le modèle du héros barbare évoluant dans un monde en déclin et chargé d’érotisme. Les aventures de Conan le Barbare posaient les bases de l’heroic fantasy.
Mercenaire solitaire, guerrier implacable, agissant avec honneur face à une civilisation décadente, Conan affrontera mages, sorcières démons et autres monstres. Par Crom !
Dans les années 70, Barry Windsor Smith, John Buscema et d’autres contribueront à l’énorme succès du barbare en bande dessinée.
La version cinématographique frappera les années 80, une époque où le culte du corps prenait son essor. Le héros aux muscles d’acier fut parfaitement incarné par Arnold Schwarzenegger. Une série télévisée présentera dans le rôle-titre Ralf Moeller, un autre Monsieur Univers.
heroic fantasy
Cette branche importante de la fantasy se caractérise par un style simple et direct. Encore appelée Sword and Sorcery, l’heroic fantasy s’inspire des grands récits médiévaux et épiques. Au sein d’un monde chaotique et violent, sur fond de magie et de sciences occultes, le héros-barbare affronte pêle-mêle sorciers, ensorceleuses et différentes créatures fantastiques.
Publiés dans les années 30, Conan le Barbare de Robert E. Howard et Le Cycle des Epées de Fritz Lieber constituent les oeuvres fondatrices du genre.
L’heroic-fantasy continue d’explorer les aventures de héros emblématiques tel que Druss dans Legende de David Gemmell ou Elric dans le cycle éponyme de Michael Moorcock…
dark fantasy
Des éléments fantastiques, surnaturels et terrifiants s’immiscent dans la fantasy et il n’est pas rare aujourd’hui d’y croiser des vampires ou des loups-garous.
Décrivant un univers onirique mais sombre, parfois apocalyptique, ce courant de la fantasy réduit la séparation nette entre le Mal et le Bien.
Les héros apparaissent plus fragiles ou plus ambigus ; ils ne sont plus totalement invincibles.
Storm Constantine, Glen Cook, Stephen R. Donaldson se chargeront d’explorer ce côté plus obscur « à la Lovecraft ».
urban fantasy
Eléments magiques et créatures féeriques sont introduits dans un contexte urbain contrairement à la fantasy des origines qui se plaçait presque toujours dans un univers médiéval et peu développé technologiquement. Cette fantasy contemporaine utilise nos villes, Paris, New-York, Londres, comme cadre d’événements surnaturels.
Neverwhere et American Gods de Neil Gaiman illustrent cette fantasy urbaine au sein de laquelle nous retrouvons des œuvres de Peter S. Beagle, Stephen Brust, Emma Bull, Charles de Lint.
Ce sous-genre a ouvert la voie à une fantasy plus originale. En introduisant la fantasy en ville, les auteurs y ramènent une part de rêve que nos cités grisâtres ont tendance à nous faire oublier.
La quête et le héros
Guerrier sans peur, jeune apprenti-magicien ou femme marquée par le destin, le héros grandira au fil de sa quête qui peut être la recherche d’un objet, son propre apprentissage ou l’affrontement ultime avec les forces démoniaques.
Le héros est rarement solitaire. S’il l’est parfois au début, il est vite rejoint par des compagnons, protecteurs ou protégés. Autre attribut du héros de fantasy, son arme : épée légendaire, hache au double-tranchant ou bâton de sorcier !
Frodon, le fragile hobbit de J.R.R. Tolkien ; Conan, le héros barbare de Howard ; Druss, le guerrier de David Gemmell ; le géant Fafhrd et le Souricier Gris de Fritz Leiber ; Elric le Nécromancien de Michael Moorcock ; Aléa de Henri Loevenbruck… Autant de héros charismatiques malgré des apparences fort différentes et des caractères parfois bien opposés.
Le Bien et le Mal
La fantasy campe fermement sur des valeurs premières et clairement définies : l’amour, la mort, le courage, l’amitié…
La majorité des œuvres proposent d’ailleurs une vision très dichotomique du monde : d’un côté le Bien où se rangera le héros, de l’autre le Mal qui sera combattu et vaincu.
Proches des contes de fées, ces récits nous rassurent en même temps qu’ils nous font nous évader. Cela explique en partie le succès du genre aujourd’hui. Les codes sont facilement perçus par le lecteur qui trouvera dans le récit de fantasy classique des repères solides et une morale sans ambiguïté.
Cette séparation du bien et du mal peut aboutir parfois à une trop forte caricature des personnages comme pour les héros et vilains de comics américains par exemple.
Les auteurs contemporains proposent de plus en plus une lecture différente, plus complexe, plus fragile des personnages.
La magie
La magie noire ou blanche est un élément essentiel de la fantasy.
Très souvent, le mage est un homme. Repéré pour son potentiel magique, il sera dirigé vers une école afin de parfaire son éducation. Harry Potter (J.K. Rowling) à l’école des sorciers. Ged (Terremer, Ursula Le Guin) sur l’île de Roke. Le maladroit Rincevent à l’Université Invisible (Les Annales du Disque-Monde, Terry Pratchett).
Les Mages tirent leur puissance de la compréhension du monde qui les entoure. La magie dans Le Secret de Ji de Pierre Grimbert est la manipulation des éléments et de leur équilibre. Gandalf est un veilleur doté d’une connaissance ancienne et secrète (Le Seigneur des Anneaux, J.R.R. Tolkien).
Lorsqu’un Mage atteint un certain degré de connaissance, il n’est pas rare de le voir changer de nom ou d’apparence : Gandalf qui passe du Gris au Blanc, Pug qui d’apprenti à maître, sera désormais appelé Milamber (Les Chroniques de Krondor, Raymond Feist).
En littérature
Le premier roman de fantasy publié en France en tant que tel fut Elric le Nécromancien de Michael Moorcock aux éditions Opta en 1969.
Quelques auteurs français s’y essayeront comme Hughes Douriaux avec La biche de la forêt d’Arcande. Mais la France doit sa fantasy principalement aux jeux de rôles d’où est issue la vague des auteurs des années 90. Citons Mathieu Gaborit et ses Chroniques des Crépusculaires, Pierre Grimbert et ses Enfants de JI, David Calvo, Fabrice Colin…
A côté de cette « école », des auteurs vont proposer des histoires inspirées des contes bretons ou d’autres sources légendaires : Jean-Louis Fetjaine et sa trilogie des elfes, la tétralogie de Soze de Georges Foveau.
Plusieurs maisons d’édition françaises se spécialisent en fantasy. Des revues se font l’écho du genre : Khimaira, Faeries…
En bande dessinée
La BD franco-belge voit apparaître des oeuvres fortement inscrites dans la Fantasy.
La Quête de l’oiseau du Temps de Loisel et Le Tendre (Dargaud), au début des années 80, donnait l’occasion au genre de faire son entrée de façon fulgurante.
Les Chroniques de la Lune Noire de Froideval, Ledroit, Pontet (Dargaud) introduisait plus de violence et une belle dose d’érotisme.
L’humour allait prendre le dessus avec des séries comme Lanfeust de Troy de Tarquin et Arleston (Soleil) ou Donjon de Trondheim et Sfar (Delcourt).
La fantasy demeure une source d’inspiration inépuisable :
Thorgal (Lombard) et Le Grand Pouvoir du Chninkel (Casterman) de Rosinski et Van Hamme, Fuzz et Fizzbi de Thierry Cailleteau et Ciro Tota (Glénat), l’Epée de Crital de Crisse et Goupil (Vent d’Ouest), Les Lumières de l’Amalou de Claire Wendling et de Christophe Gibelin (Delcourt), …
Au cinéma
La Fantasy au cinéma naît véritablement en 1981, quand Conan le Barbare de John Milius débarque sur les écrans. Fleuron du genre, Conan annonce l’arrivée d’un type de film complètement nouveau: brutalité sanguinaire, héros et batailles légendaires.
Pendant que l’Italie tourne en dérision le genre, Les Barbarians en 1987, l’Amérique centre ses efforts sur le spectacle et la féerie : Dark Crystal de Franck Oz et Jim Henson, créateur du Muppet Show (1982), L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen (1984), Legend de Ridley Scott (1985), Willow de Ron Howard (1988)…
Avec Les Maîtres de l’Univers (1987), le genre s’essouffle déjà et la Fantasy n’intéressera plus que la télévision : Xena, Hercules.
Les Chroniques de la Guerre de Lodoss confirment l’apport de la Fantasy dans les mangas japonais.
La trilogie du Seigneur des Anneaux (de 2001 à 2003) de Peter Jackson donnera au genre ses lettres de noblesse.
Dans les jeux
L’arrivée des jeux de rôles, vers la fin des années 60, donne l’idée à Gary Gygax de créer un wargame basé sur le Seigneur des Anneaux. Appelé ChainMail, on y trouve déjà des créatures fantastiques, de la magie et des héros.
Le succès fulgurant de ce jeu de rôle lui permet, ensuite, de publier, quelques années plus tard, avec une nouvelle équipe, le désormais incontournable Donjons et Dragons, dont le succès est toujours exemplaire de nos jours.
L’engouement est tel que des clubs de fans se créent, des revues naissent et de nouvelles franchises apparaissent. Ainsi, y trouve-t-on Tunnels & Trolls, Chevalerie et Sorcellerie, Palladium, RuneQuest, sans oublier, plus proche de nous, le jeu tiré de la BD Lanfeust de Troy.
Peintres et illustrateurs
Domaine privilégié doté d’une imagerie superbe, sous les pinceaux de Boris Vallejo, Luis Royo, Cabral Ciruelo et autres, la fantasy nous présente des héros tout en muscles, des femmes peu vêtues ou des dragons effrayants.
L’incontournable Frank Frazetta signera de magnifiques couvertures de Conan. Brian Froud emprunte un chemin plus féerique et folklorique alors qu’Alan Lee et John Howe donnent au genre tout son caractère médiéval et magique.
En France, Philippe Caza illustre nombre de couvertures de classiques du genre… Philippe Druillet collabore régulièrement au cinéma…
La nouvelle génération n’est pas en reste, Sandrine Gestin, Séverine Pineaux, Didier Graffet, Michel Borderie, Krystal Camprubi en témoignent.
Pour un aperçu des artistes français oeuvrant dans l’imaginaire, il existe un site : http://www.artetfact.org





